Nantes et Rennes sont dirigées par un maire socialiste et sont équipées d’une police municipale. Finalement, Cuillandre a fini par accepter ce qu’il refusait la veille.
Les choses sont claires : « J’ai fait le choix de ne pas créer de police municipale à Brest et je ne reviendrai pas sur ma décision », déclare, en septembre 2020 François Cuillandre (PS) réélu maire pour un quatrième mandat » (Ouest-France, Bretagne, jeudi 7 mars 2022). La création d’une brigade de tranquillité urbaine chargée de surveiller la voie publique serait-elle l’amorce d’une police municipale ? « “Jamais“, balaie le maire du revers de la main » (M le magazine du Monde, samedi mars 2023). L’an passé, il ironise sur « le concours Lépine de la police municipale (…) entre ceux qui la veulent armée, à cheval et j’en passe. » (Le Télégramme, Brest, mercredi 28 mai 2025) Cuillandre a évidemment raison de rappeler que c’est Nicolas Sarkozy, en 2008, qui a amputé Brest de 100 policiers nationaux. Effectivement, pendant son séjour à l’Elysée, Nicolas Sarkozy a supprimé 13 700 postes dans la police et la gendarmerie et 50 000 dans les armées. L’objectif de la politique baptisée « Révision générale des politiques publiques » (RGPP) était de réaliser des économies. Elle fut poursuivie sous Hollande sous le nom de « Modernisation de l’action publique » (MAP) et concerna essentiellement les collectivités territoriales. Depuis la situation ne s’est pas améliorée : « 319 fonctionnaires de police à Brest fin 2019, 314 fin 2024. Voilà la réalité des chiffres », explique Eric Kerbrat, secrétaire régional adjoint du syndicat Unité police (Le Télégramme, Brest, mardi 27 mai 2025)
Mais les Brestois ne connaissent qu’un seul patron à l’échelon local : le maire. S’il y a développement de la délinquance et augmentation du sentiment d’insécurité, ils en rendent responsable Cuillandre et non pas le commissaire divisionnaire (Nicolas Hoarau) qui commande la police nationale… « Que fait le maire ? », disent-ils. Et vu les insuffisances de la Police nationale en effectifs et en moyens, de plus en plus d’élus se mettent à réclamer la création d’une police municipale ; car ils savent que les Brestois veulent voir du bleu dans les rues. Et si ce n’est pas possible avec les « nationaux », va pour les « municipaux »…
Les sondages font toujours la loi
Deux éléments alimentent la réflexion de François Cuillandre et de ses alliés. D’abord le sentiment populaire qui apparaît lors des contacts sur le terrain – les électeurs vident leur sac. Ensuite les réalités sondagières – une vision « scientifique » dont tous les politiques tiennent compte. De tout cela, il apparaît que la sécurité reste la priorité pour la majorité des Brestois. C’est ce que montre un sondage commandé par le Parti socialiste. « Interrogées sur leurs attentes à l’égard de la municipalité, les 598 personnes sondées étaient 64,4 % à hisser la sécurité des biens et des personnes comme prioritaire. La seconde préoccupation, l’emploi et le développement économique, n’était cité que par 54,8 % du panel, puis l’offre de logement (51,7 %) complétait le podium. » (Ifop, Le Télégramme, Brest, jeudi 5 mai 2025). A l’échelon national, on retrouve la même tendance. Les enjeux déterminants du vote aux municipales : 76 % des personnes interrogée placent « la sécurité des personnes et des biens » en tête (Ifop, La Tribune Dimanche, 16 novembre 2025).
Il y a là matière à réflexion. C’est l’adjoint Glen Dissaux (Les Ecologistes) qui est le premier à gauche à s’inquiéter de la montée de la délinquance et à briser le tabou : « On a cranté la réponse durant ce mandat, avec la création d’une brigade de tranquillité urbaine. Ma conviction, c’est qu’il faut passer à la vitesse supérieure. Je suis donc favorable à une police municipale, pour doter les agents d’un vrai statut, de moyens et d’une formation approfondie dans la gestion des conflits ou encore l’accompagnement des victimes. » (Le Télégramme, Brest, vendredi 6 mai 2025) Adjoint en charge de la tranquillité urbaine, Yohann Nédélec (PS) suit le mouvement : « Chaque groupe politique a ses moments de travail et de réflexion, nos collègues écologistes ont manifestement bien travaillé ce sujet et c’est bien là le sens d’un parti. Il ne fait pas mystère que je suis plutôt en phase avec eux (…) Etre pour comme je le suis, ne signifie pas être démagogue comme certains. » (Le Télégramme, Brest, mardi 20 mai 2025). Un autre adjoint, Fortuné Pellicano (PRG), est catégorique : « On ne doit pas se priver de mettre en place une police municipale qui, dans le respect des valeurs républicaines et humanistes auxquelles nous sommes viscéralement attachés, assurerait des missions pour soulager l’important travail de la Police nationale. Cela permettrait à cette dernière de se consacrer à des actions conformes à ses compétences et de combattre plus efficacement une délinquance qui se développe à notre grand regret. » (Le Télégramme, Brest, mercredi 2 mai 2025)
50 agents, c’est moins cher que 150
Mais il faut croire que la pression était trop forte : la population et ses alliés ont contraint François Cuillandre à annoncer la création d’une police municipale, alors qu’il est candidat pour un cinquième mandat. Décision qui figurera dans le programme de la liste « La gauche unie pour Brest ». Cette police municipale sera composée « à terme » de 50 agents. « Un changement de pied contraint et forcé par “un contexte qui a profondément évolué“ ces dernières années, avec notamment “la montée du narcotrafic“, “des tensions accrues sur l’espace public“ ou encore de “nouvelles consommations“, à Brest comme ailleurs. Sans compter le désengagement de l’Etat, sur fond de déficit des comptes publics, qui font dire au maire “qu’imaginer aujourd’hui la remise en place d’une police de proximité par l’Etat, c’est une vue de l’esprit. » (Le Télégramme, Brest, mercredi 7 janvier 2026)
« Les policiers municipaux ne seront pas dotés d’armes létales mais d’un bâton de défense, de menottes, d’une bombe lacrymogène et d’une caméra-piéton. Présents dans tous les quartiers, ils pourront intégrer les locaux des commissariats de quartiers actuellement sous utilisés ou désaffectés. “ Cinquante agents, c’est un dimensionnement réaliste pour un coût soutenable de 3M€ par an “, défend le maire, en pourfendant “ la surenchère de la droite “ et en particulier de Stéphane Roudaut, qui annonce vouloir monter à 150 agents. » (Le Télégramme, Brest, mercredi 7 janvier 2026)
« Cette liste propose également la création d’une police des transports, avec 15 agents, à l’échelle de Brest métropole. Elle sera créée pour renforcer la présence dans les bus, tramways et stations, tôt le matin ou tard le soir. Elle pourra également verbaliser si besoin, ce qui n’était pas le cas de la brigade de tranquillité urbaine actuelle (20 agents). Le coût de cette police des transports est estimé à 900 000 €. » (Ouest-France, Bretagne, mercredi 7 janvier 2026)
On cherche un nouveau thème de campagne
Pourtant, il n’y a pas si longtemps que cela, François Cuillandre affirmait haut et fort : « Je suis fier d’être à la tête de la dernière ville de plus de 100 000 habitants à ne pas avoir de police municipale. » C’était lors d’une réunion du conseil municipal consacrée à la sécurité en février 2022 (Le Télégramme, Brest, mercredi 7 janvier 2026). Stéphane Roudaut, qui dirige la liste de droite aux prochaines élections municipales, voit là « un revirement opportuniste » (Ouest-France, Bretagne, mercredi 7 janvier 2026). « Un tournant dans le western préélectoral. Une volte-face comme la politique en a le secret. Sous la pression des faits divers, de la société, de ses propres troupes, mais aussi du scrutin de mars prochain, François Cuillandre a changé de fusil d’épaule sur la question de la police municipale », écrit le journaliste Arnaud Morvan (Le Télégramme, Brest, mercredi 7 janvier 2026). A coup sûr, les plus embêtés dans ce « revirement opportuniste » sont les candidats de droite. La création d’une police municipale était leur cheval de bataille – un sujet porteur électoralement ; toutes les occasions étaient bonnes pour reprocher à Cuillandre son refus d’en créer une. Catastrophe ! ils ne pourront plus attaquer Cuillandre sur un terrain qui sent la facilité. Trouver un autre thème de campagne qui soit aussi percutant sera difficile.
Bernard Morvan
Crédit photo :Thesupermat/Wikimedia (cc)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle. Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.