L’Irlande aime se présenter comme une démocratie exemplaire, une terre de droits humains, de progrès social et de compassion. À Bruxelles comme dans les forums internationaux, Dublin donne volontiers des leçons de morale, s’érige en modèle humanitaire, illumine ses bâtiments pour des causes lointaines et parle le langage policé de la vertu contemporaine. Mais derrière cette vitrine soigneusement entretenue, une autre réalité persiste, plus sombre, plus dérangeante : celle d’un État incapable de protéger ses propres enfants, et qui a fait de l’excuse une politique publique.
L’an dernier, une fillette de dix ans, placée sous la responsabilité des services sociaux, a été violée par un homme que les autorités avaient pourtant décidé d’expulser du territoire. L’affaire aurait dû provoquer un séisme politique. Elle n’a suscité qu’un communiqué contrit, une formule toute faite, et un mot devenu rituel : « regrettable ». Pas de débat national d’urgence. Pas de démissions. Pas de remise à plat du système. L’émotion fut rapidement encadrée, puis disqualifiée.
Ceux qui s’indignaient ont été sommés de se taire. Leur colère a été qualifiée d’exagération, d’hystérie, puis, comme souvent désormais, d’« extrême droite ». En Irlande, l’excuse arrive toujours avant la responsabilité.
Un système qui tolère l’inacceptable
Ce drame n’est pas une anomalie. Il s’inscrit dans une longue série de défaillances connues, documentées, mais jamais réellement corrigées. Depuis des années, les autorités savent que des enfants placés sont exposés à des risques graves : abus sexuels, trafic, négligence médicale, disparitions. Pourtant, les mêmes scénarios se répètent.
La chute de l’autorité de l’Église catholique, autrefois omniprésente, n’a pas conduit à l’émergence d’un système plus efficace ou plus humain. Elle a été remplacée par une administration laïque, bardée de mots progressistes, mais dont le fonctionnement rappelle trop souvent les mécanismes de l’ancien monde : opacité, inertie, absence de sanctions. Aujourd’hui, des milliers d’enfants grandissent dans des hôtels, des parkings, des structures provisoires indignes d’un pays riche. Certains disparaissent. D’autres sont exploités. Quelques-uns meurent.
Un enfant de neuf ans est récemment décédé après avoir attendu trop longtemps une opération pourtant courante. Non par manque de compétences médicales, ni faute de moyens financiers — l’État aurait pu financer des soins à l’étranger — mais parce que le système a appris à accepter la souffrance évitable.
La compassion mise en scène, l’abandon en coulisses
Chaque année, des dizaines d’enfants disparaissent des dispositifs de protection. Certains ne sont retrouvés qu’après des mois, parfois dans des réseaux criminels. D’autres ne le sont jamais. Pourtant, ces drames peinent à percer le mur de l’indifférence institutionnelle.
L’Irlande a construit un modèle où l’apparence de la bienveillance prime sur la réalité de la protection. Les communiqués, les discours, les éléments de langage comptent davantage que les résultats. La compassion est devenue un spectacle, un décor destiné à l’extérieur, pendant que l’intérieur se fissure.
Lorsque la colère populaire surgit, elle n’est pas entendue. Elle est disqualifiée. L’indignation ordinaire est assimilée à de la haine. La critique devient suspecte. Les mots servent à étouffer les faits.
Des quartiers sacrifiés, une colère méprisée
Les conséquences de ces politiques défaillantes se concentrent toujours aux mêmes endroits : quartiers populaires, zones déclassées, territoires déjà fragiles. Logement, immigration, insécurité, addictions : tout s’y accumule. Puis viennent les caméras, qui filment les dégâts sans jamais interroger les causes. Les habitants deviennent des clichés. Leur détresse est réduite à une étiquette idéologique.
Lorsque des émeutes éclatent après des agressions impliquant des enfants, le pouvoir ne s’interroge pas sur la rupture morale qui a eu lieu. Il cherche immédiatement un responsable extérieur. Les manifestants pacifiques, les mères, les enseignants, les riverains sont invisibilisés. Les projecteurs se braquent sur quelques scènes de violence, opportunément utilisées pour délégitimer toute contestation.
La violence devient alors un outil politique : elle permet d’effacer les échecs de l’État et de transformer la demande de protection en faute morale.
Cette défiance se traduit aussi dans les urnes. Lors de la dernière élection présidentielle, la participation a été historiquement faible. Et parmi ceux qui ont voté, un nombre record de bulletins ont été volontairement invalidés. Ce n’est pas de l’indifférence. C’est un rejet. Le refus de cautionner un système qui joue la comédie de la compassion tout en se dérobant à la responsabilité.
Altérer son bulletin n’est pas sortir de la démocratie. C’est exiger qu’elle fonctionne à nouveau. C’est un geste que l’on ne peut ni censurer, ni détourner, ni caricaturer.
Une crise morale avant d’être politique
Le problème irlandais n’est pas une montée fantasmée d’un extrémisme populaire. Il est beaucoup plus profond. Il réside dans une bureaucratie froide, polie, indifférente, qui perd des enfants, brise des familles et traite l’indignation comme une pathologie.
Un pays obsédé par son image ne peut pas faire le bien. Un État qui redoute plus le scandale que l’injustice choisira toujours l’optique plutôt que la vérité. Et un système fondé sur l’excuse permanente finira toujours par sacrifier les plus faibles.
L’Irlande n’a pas besoin de nouvelles valeurs. Elle en proclame déjà trop. Elle a besoin de courage : celui de regarder ses échecs en face, de nommer les causes, de sanctionner les responsables, et de protéger réellement ceux qui n’ont pas de voix.
Un pays incapable de protéger ses enfants n’est pas compatissant. Il est en train de se briser. Et l’Irlande, malgré ses discours, commence à manquer sérieusement de cache-misère.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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