Le site anglo-saxon Zoomer Historian publiait le 25 janvier 2026 un long récit consacré à Garfield Todd, ancien Premier ministre de la Rhodésie du Sud (1953–1958), figure atypique et aujourd’hui largement oubliée d’un épisode central de l’histoire de l’Afrique australe. À travers ce portrait, c’est tout un dilemme politique qui réapparaît : que devient un projet “libéral” lorsqu’il se heurte à une société fragmentée, à la montée de la violence, et à des acteurs révolutionnaires qui ne recherchent pas la coexistence, mais la conquête du pouvoir ?
Le texte est engagé, polémique, parfois excessif dans son vocabulaire, mais il déroule une chronologie riche : l’arrivée d’un homme “moral”, porté par une vision missionnaire et réformatrice, puis sa marginalisation, sa rupture avec son propre camp, et, finalement, son affrontement avec la réalité brutale d’un changement de régime.
Un missionnaire devenu Premier ministre
Garfield Todd est présenté comme un néo-zélandais installé en Rhodésie, d’abord missionnaire, puis entré en politique presque par accident. Quand il accède à la tête du gouvernement de la Rhodésie du Sud en 1953, au moment où se forme la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland, il n’a pas l’étoffe du chef de parti classique. Il se décrit lui-même comme un « innocent » en politique.
Mais très vite, l’homme veut agir. Il s’attaque à des équilibres que la minorité blanche au pouvoir considère comme intangibles, notamment sur la question du foncier, de la représentation politique et des barrières juridiques entre communautés. C’est là que naît la fracture : Todd porte un discours de réformes rapides, quand une grande partie de l’électorat blanc estime que l’ordre existant est la condition de la stabilité, et donc de la survie.
Réformes, crispations et montée de la violence
Le récit insiste sur un point : la Rhodésie des années 1950 n’est pas un décor figé mais un espace sous tension. Todd veut accélérer des transformations profondes : accès à certaines zones résidentielles, ouverture politique, évolution des règles sociales. Mais, selon la lecture de Zoomer Historian, ces signaux ont aussi un effet pervers : ils nourrissent des attentes immédiates, impossibles à satisfaire dans une société où la transition d’un système de domination à une démocratie majoritaire ne peut être qu’explosive.
Le texte évoque des troubles, des émeutes, des crispations sur la question du métissage, et surtout la question du droit de vote et de la représentation africaine. Todd apparaît alors comme un homme qui, par conviction, va plus loin que ce que même certaines chancelleries occidentales jugent réaliste à l’époque.
Dans ce récit, la rupture politique arrive logiquement : isolé, contesté, Todd perd son cabinet, puis son parti. Il est remplacé en 1958. L’“expérience libérale” s’achève, du moins à ce niveau de pouvoir.
De l’opposition intérieure à la campagne internationale
Une fois évincé, Todd ne disparaît pas. Il se repositionne, cherche à peser, multiplie les interventions et les voyages, se rapproche de leaders nationalistes africains, et plaide pour une pression extérieure plus forte sur le gouvernement rhodésien. Le texte insiste sur un basculement : l’ancien Premier ministre ne se contente plus de critiquer, il devient un acteur de la bataille politique globale autour de la Rhodésie.
C’est là que l’histoire devient plus sombre. Le récit affirme que Todd a entretenu des liens avec des organisations nationalistes impliquées dans des campagnes de violence et de terrorisme. Il cite des épisodes où Todd aurait apporté, directement ou indirectement, une aide logistique à des guérilleros (nourriture, équipements), tout en refusant de coopérer avec les forces de sécurité. Dans le même mouvement, sa fille, Judith Todd, est décrite comme engagée à ses côtés, y compris dans des actions de protestation et de défi à l’État rhodésien.
Ces passages, dans le texte original, sont appuyés par de nombreuses références et citations de mémoires, biographies et articles de presse. Mais l’argument central tient en une idée : Todd, persuadé d’être du “bon côté de l’histoire”, aurait fini par couvrir l’escalade d’acteurs armés dont les méthodes rendaient impossible une transition pacifique.
Après l’indépendance : le retour du réel sous Mugabe
L’étape suivante est essentielle, parce qu’elle bouscule le romantisme des récits de libération. Après l’accord de Lancaster House et l’arrivée au pouvoir de Robert Mugabe en 1980, Todd est d’abord honoré : il obtient une place au Sénat et semble croire à une ère nouvelle.
Mais le texte raconte ensuite une évolution tragique : crise économique, corruption, consolidation autoritaire, et surtout violences politiques massives, notamment lors de la répression du Matabeleland (Gukurahundi). Todd, vieillissant, s’indigne, alerte, parle à l’étranger, critique publiquement les dérives. À ses yeux, le nouvel État trahit la promesse de justice.
Le récit va plus loin en évoquant l’arrestation et le viol de Judith Todd, présenté comme un épisode d’humiliation et de terreur politique. Il insiste aussi sur la vengeance finale : Todd, après des décennies en Rhodésie/Zimbabwe, se voit retirer sa citoyenneté sous Mugabe. Il meurt en 2002. Judith, elle, se retrouve apatridée avant d’obtenir un passeport par un autre pays.
Qu’on adhère ou non à l’interprétation proposée par Zoomer Historian, la séquence a le mérite de rappeler un fait historique brutal : la chute d’un régime ne garantit pas l’avènement d’un ordre meilleur. Et ceux qui ont milité pour la rupture peuvent, à l’arrivée, se retrouver broyés par le système qu’ils ont contribué à installer.
Une leçon politique sur l’aveuglement idéologique
Le cœur du propos, derrière la polémique, ressemble à une mise en garde : quand une élite politique s’abandonne à une lecture morale simplifiée des événements, elle risque de sous-estimer la logique de puissance, la réalité des rapports de force, et la radicalité des acteurs qu’elle soutient par opportunisme ou par naïveté.
Garfield Todd apparaît ainsi comme une figure tragique : un homme persuadé d’agir au nom du bien, mais qui finit isolé, contesté, puis dépassé, avant d’être, sur le tard, témoin — et victime indirecte — de la violence du régime né de la guerre.
Photo d’illustration :DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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