C’est un chantier hors norme, à la fois spirituel, patrimonial et profondément enraciné dans la transmission. À l’abbaye de Abbaye de Fontgombault, dans l’Indre, l’association SOS Calvaires s’est engagée depuis un an dans la restauration complète d’un ancien chemin de croix situé de l’autre côté de la Creuse, sur les terres du monastère.
Une vidéo récemment publiée par l’association plonge au cœur de ce projet ambitieux, mené par les « bâtisseurs » et les « consolatrices » de SOS Calvaires, réunis exceptionnellement les 17 et 18 janvier pour un week-end de travail commun.
Une abbaye millénaire, un patrimoine à relever
Fondée au XIe siècle, l’abbaye bénédictine de Fontgombault abrite aujourd’hui plus de cinquante moines. C’est dans ce cadre paisible, chargé d’histoire, qu’un Christ monumental de 2,35 mètres, retrouvé en forêt sur une croix en très mauvais état, a relancé l’idée de restaurer l’ancien chemin de croix.
À l’origine, les moines avaient sollicité l’association pour sécuriser plusieurs calvaires situés sur la commune. Mais sur la colline boisée dominant la Creuse, les bénévoles découvrent bien davantage : des vestiges de stations anciennes, des pierres éparses, et les traces d’un parcours spirituel tombé dans l’oubli.
Après des recherches menées avec l’archiviste du monastère, l’accord du père abbé est donné. Le chantier est lancé. Sa durée estimée : trois ans, à raison de week-ends réguliers, soit une quinzaine à une vingtaine de jours effectifs de travail cumulé.
80 arbres abattus, 119 marches à poser
Le travail engagé est colossal. En un an, près de 80 arbres ont été abattus, non par choix esthétique mais pour sécuriser le site, certains menaçant de tomber ou étouffant les anciennes croix encore visibles. Cinq ou six stations subsistent encore en état.
La prochaine étape : rendre l’accès possible. Pas moins de 119 marches doivent être posées pour permettre aux pèlerins et visiteurs de gravir le parcours. Un chantier physique, exigeant, qui nécessite « des bras forts », comme le rappellent les bénévoles.
Les nouvelles croix, taillées par l’artisan Guillaume Quin, seront progressivement implantées. Point d’orgue du projet : le 14 août 2027, date prévue pour la pose de la grande croix de la 12e station, haute de plus de huit mètres, surmontée d’un Christ refondu en aluminium en partenariat avec une fonderie travaillant avec l’association.
Bâtisseurs et consolatrices réunis
Le week-end de janvier avait une dimension particulière. Pour la première fois à Fontgombault, les bâtisseurs — engagés sur le terrain — et les consolatrices — spécialisées dans la restauration d’objets religieux — ont œuvré simultanément.
Dans l’enceinte de l’abbaye, une quinzaine de consolatrices ont organisé un atelier géant ouvert au public. Chapelets, bénitiers, crucifix : des habitants du département de l’Indre, parfois venus d’une heure de route, ont apporté leur petit patrimoine religieux pour apprendre à le restaurer eux-mêmes.
Depuis cinq ans, les consolatrices transmettent ce savoir-faire minutieux. Cette rencontre avec les bâtisseurs symbolise une cohésion recherchée par l’association : unir restauration monumentale et restauration intime, terrain et transmission.
Une mobilisation ouverte à tous
L’association insiste : le chantier est régional, porté par l’antenne de l’Indre, mais ouvert à tous ceux qui souhaitent s’engager, même ponctuellement. Le travail s’inscrit dans le temps long, au rythme des saisons et des disponibilités bénévoles.
Au-delà du simple chantier, c’est une dynamique de revalorisation du patrimoine chrétien local qui est à l’œuvre. Le projet de Fontgombault illustre une volonté de faire revivre des lieux oubliés, parfois défigurés par le temps, et de redonner sens à des symboles ancrés dans l’histoire des campagnes françaises.
L’inauguration officielle du chemin de croix restauré est annoncée pour août 2027. D’ici là, les bénévoles lancent un appel : venir travailler, apprendre, transmettre.
« Rejoignez-nous », conclut la vidéo. À Fontgombault, la pierre, le bois et la foi se conjuguent à la sueur des bénévoles pour faire renaître un patrimoine que beaucoup croyaient perdu.