Alors que la plupart des analyses militaires se concentrent sur les champs de bataille, une étude publiée début février par trois chercheurs du Modern War Institute de West Point — Macdonald Amoah, Morgan Bazilian et le lieutenant-colonel Jahara Matisek — invite à déplacer radicalement le regard. Selon eux, la prochaine guerre majeure ne se jouera pas d’abord dans le Pacifique ou en Europe de l’Est, mais dans les chaînes industrielles, les raffineries et les usines.
Leur thèse est claire : la logistique moderne commence bien avant les ports et les aéroports militaires. Elle commence dans les mines.
Une illusion stratégique : croire que la logistique commence au front
Les exercices militaires récents ont montré la fragilité des lignes d’approvisionnement en cas de conflit contre une puissance comparable. Ports ciblés, aérodromes neutralisés, routes coupées : le ravitaillement deviendrait rapidement chaotique.
Mais selon les auteurs, cette vision reste incomplète. Elle suppose que l’industrie est capable de produire en quantité suffisante pour alimenter l’effort de guerre. Or cette hypothèse est de plus en plus fragile.
La véritable vulnérabilité se situe en amont : dans la capacité à produire les munitions, missiles, composants électroniques et systèmes complexes nécessaires à la guerre moderne.
La dépendance aux matériaux critiques : un levier stratégique
L’étude souligne une réalité préoccupante : la production d’armements occidentaux dépend fortement de matériaux stratégiques dont le traitement est largement concentré en Chine.
Terres rares, gallium, germanium, antimoine, graphite, tantale… Ces éléments entrent dans la fabrication des radars, des systèmes de guidage de missiles, des capteurs, des moteurs d’avions ou encore des équipements de surveillance.
Si l’extraction mondiale peut être relativement diversifiée, le traitement intermédiaire — l’étape indispensable pour transformer la matière brute en composant utilisable — reste dominé par Pékin.
Autrement dit, un adversaire peut ralentir la production militaire américaine sans tirer un seul missile. Il lui suffit de restreindre certains flux d’exportation.
Le temps industriel contre l’urgence militaire
Les auteurs rappellent un point souvent ignoré dans les débats stratégiques : l’industrie fonctionne sur des temporalités longues.
Ouvrir une nouvelle mine peut prendre plusieurs décennies. Qualifier un nouveau fournisseur militaire peut exiger plusieurs années de procédures. Relancer une chaîne de production mise à l’arrêt n’est pas instantané.
La guerre, elle, ne laisse pas ce temps.
Les simulations évoquées par les chercheurs montrent qu’en cas de conflit de haute intensité, certains stocks critiques pourraient être épuisés en quelques jours. Mais produire davantage dépendrait d’infrastructures industrielles déjà contraintes.
Déplacer des troupes plus vite ne sert à rien s’il n’y a plus assez de munitions à déplacer.
La base industrielle comme champ de bataille silencieux
Ce que décrivent Amoah, Bazilian et Matisek, c’est une guerre en amont. Une guerre industrielle. Une compétition silencieuse où l’on façonne les conditions d’un futur conflit.
En contrôlant les matériaux critiques et les capacités de transformation, un pays peut limiter la capacité de son adversaire à convertir sa puissance économique en puissance militaire.
La logistique n’est donc pas seulement une affaire de camions, de navires ou d’avions-cargos. Elle est d’abord une affaire de politique industrielle, de permis d’exploitation minière, de choix énergétiques, d’investissement productif.
Une leçon pour l’Occident
L’analyse dépasse largement le cas américain. Les économies européennes présentent les mêmes vulnérabilités structurelles : dépendance aux importations critiques, désindustrialisation partielle, délais réglementaires lourds.
La question n’est plus seulement militaire. Elle devient civilisationnelle.
Dans un monde de rivalités de puissances, la résilience industrielle n’est plus un détail technique : elle devient une condition de souveraineté.
Les auteurs concluent que la maîtrise de cette « pré-logistique » doit désormais faire partie intégrante de la réflexion stratégique. Parler logistique sans parler industrie revient à ignorer la moitié du problème.
La prochaine guerre ne commencera peut-être pas par une frappe.
Elle commencera peut-être par une pénurie.
Photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.