Colonisations africaines oubliées : Bernard Lugan revisite un pan méconnu de l’histoire du continent

Les Éditions du Rocher publient un nouvel ouvrage de Bernard Lugan, historien spécialiste de l’Afrique, consacré à une question rarement abordée dans le débat public : les colonisations internes au continent africain bien avant l’arrivée des puissances européennes.

Dans ce livre de 236 pages, accompagné d’un index et de 32 cartes en couleur, l’auteur entend rappeler que l’histoire africaine ne se résume pas à la seule séquence coloniale européenne du XIXe et du XXe siècle. Selon lui, pendant des millénaires, des peuples africains ont conquis, dominé, déplacé ou asservi d’autres peuples africains, produisant des recompositions territoriales et humaines de grande ampleur.

Des dynamiques de conquête internes au continent

L’ouvrage met en lumière une série de mouvements historiques souvent peu évoqués dans les synthèses grand public. Bernard Lugan revient notamment sur :

– la conquête des Sahariens noirs par des groupes berbères,
– l’expansion des peuples bantuphones à travers l’Afrique subsaharienne,
– la domination arabe sur les Berbères,
– les conquêtes peules au Sahel,
– l’empire de Rabah,
– l’expansion tutsi au Rwanda,
– la double colonisation de Madagascar par des populations venues d’Indonésie puis d’Afrique,
– ou encore la progression zanzibarite en Afrique orientale et dans la cuvette du Congo.

Le sud du continent n’est pas absent de cette fresque : l’auteur évoque les affrontements et dominations impliquant Shona, Sotho, Damara, Zulu, Ndebele ou Herero.

À travers ces exemples, Bernard Lugan décrit un continent traversé par des dynamiques de conquête, d’asservissement, d’esclavage et de déplacements de populations bien avant la période coloniale européenne.

Une thèse qui interroge le récit dominant

L’ouvrage avance également que la colonisation européenne – située par l’auteur entre 1890 et 1960 – ne s’est pas traduite, dans la majorité des cas, par un remplacement démographique des populations locales. Même dans les territoires où il y eut peuplement européen, comme en Algérie ou en Rhodésie, les colons seraient restés très minoritaires.

L’auteur soutient en outre que l’introduction de pratiques médicales, de campagnes de vaccination, d’infrastructures hospitalières et d’une relative pacification aurait favorisé l’essor démographique des populations africaines sous domination européenne.

Ces analyses s’inscrivent dans une volonté assumée de « rééquilibrer » un récit historique qu’il juge partiel ou orienté, en rappelant la complexité et la profondeur des dynamiques politiques internes au continent africain.

Le livre se déploie en treize chapitres thématiques, allant du « grand remplacement des Sahariens noirs » à l’étude des cas du Liberia et de la Sierra Leone – présentés comme des territoires où d’anciens esclaves noirs auraient eux-mêmes exercé une domination coloniale.

Cette construction permet à l’auteur d’aborder l’histoire africaine sur la longue durée, en mobilisant cartes et exemples régionaux pour illustrer les évolutions démographiques et politiques.

Un débat historiographique toujours vif

Les thèses de Bernard Lugan, connues pour susciter discussions et controverses dans le monde académique, participent d’un débat historiographique plus large sur la place respective des dynamiques internes africaines et de l’expansion européenne dans la formation des États et des sociétés contemporaines.

Avec cet ouvrage, les Éditions du Rocher proposent une lecture qui entend replacer la colonisation européenne dans une histoire africaine plurimillénaire marquée par ses propres conflits, expansions et recompositions. Un livre qui s’inscrit dans un débat toujours sensible sur la mémoire, l’histoire et les héritages politiques du continent africain.

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Photo : DR

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6 réponses à “Colonisations africaines oubliées : Bernard Lugan revisite un pan méconnu de l’histoire du continent”

  1. Jotglars 66 dit :

    On voudrait nous faire croire qu’en Afrique, ils étaient bons et gentils entre eux, un monde de bisounours, sans aucune guerre tribale que les méchants colonisateurs sont venus perturber dans ce havre de paix africain ! Et ces historiens gauchos revisitant l’histoire à leur idéologie en oubliant le récit de Bernard Lugan.

  2. Lukaz dit :

    Généralement Bernard Lugan se comporte en véritable historien, s’attachant plus à la recherche de la vérité qu’à la conformité à la bien-pensance du moment. C’est évidemment difficile à comprendre pour des messieurs-dames au cerveau incapable de penser au-delà de ce qui paraît acceptable par la doctrine bobo.

  3. André dit :

    Moi qui croyais dur comme fer que seuls les blancs bien blancs se tapent dessus et tapent sur les autres. Que les Incas, Amérindiens, Africains, Nippons, Asiatiques et que sais-je encore vivaient dans une béatitude sans nuage que les méchants blancs ont sournoisement brisée par pur intérêt économique. Ma déception est immense.

  4. Yvette Mme Prétet dit :

    Lors de la  »colonisation arabe » ,au septième siècle, les Arabes  »obligeaient » les Berbères à se convertir à l’islam et ceux qui ne voulaient pas être musulmans devenaient des esclaves qui étaient chargés de construire les monuments des musulmans(mosquées, etc.)..En Espagne  »colonisée » par les Arabes: seuls les non musulmans devaient payer des impôts!..

  5. guillemot dit :

    Autrefois le Quai d’Orsay ( démantelé par Macron ) était un modèle pour la diplomatie et les personnes qui y exerçaient étaient des gens respectables, respectés et surtout très compétents.Et qu’avons nous à la tête de ce prestigieux ministère, un Jean-Noêl Barrot et avant un Stéphane Séjourné , personnages insipides et sans saveurs et surtout sans colonne vertébrale. Un conseiller comme Bernard Lugan pour les questions africaines , ce serait autre chose mais ….il ferait de l’ombre à l’autre.

  6. Yvette Mme Prétet dit :

     »On » a également oublié l’esclavagisme des musulmans qui a commencé bien avant celui des Européens!..

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