Les Rives contraires de Marguerite Stern ou l’histoire émouvante d’une noyade lente et d’une femme qui refuse de couler – Chronique

On a déjà beaucoup parlé du livre Les Rives contraires, signé Marguerite Stern, et à commander chez Magnus, comme d’un livre politique. Comme du récit d’un “basculement”. Comme de la confession d’une ancienne Femen passée “de l’autre côté”. Comme d’un manifeste contre le transactivisme ou comme d’un acte de rupture avec la gauche radicale.

C’est une lecture très superficielle. Car le livre de Marguerite Stern n’est pas d’abord un livre politique. Ce n’est pas un tract. Ce n’est pas une conversion. Ce n’est même pas vraiment un règlement de comptes.

C’est le récit d’une noyade lente.

Et d’une femme qui, pendant des décennies, refuse de se laisser engloutir. Ce qui frappe à la lecture, ce n’est pas l’évolution idéologique. Ce n’est pas la phrase sur le “moment où l’on ne peut plus mentir”. Ce n’est pas la dénonciation de la propagande trans, ni la critique du gauchisme et de ses conséquences. Tout cela existe, bien sûr. Mais ce n’est pas le cœur du livre.

Le cœur du livre, c’est l’enfance.

archives personnelles de Marguerite Stern

Une enfance qui, de l’extérieur, pourrait sembler normale. Presque heureuse. Et qui, pourtant, laisse transparaître un malaise diffus. Une fissure. Quelque chose qui s’est passé, mais aussi quelque chose qui ne va pas. On sent, au fil des pages, que la petite fille ne se sent pas à sa place. Ni dans son corps, ni dans son environnement, ni dans le monde qu’on lui présente.

Et cette sensation ne la quittera jamais vraiment. Il y a chez Marguerite Stern – un pseudonyme donc, ce qui en dit déjà un peu sur la crise d’identité traversée jeune – une tension permanente : l’impression d’être en déséquilibre, de devoir lutter pour rester à la surface. Elle plonge, elle remonte, elle replonge. Elle cherche des prises. Des cordes. Des mains. Parfois elle en trouve. Parfois elle s’agrippe à ce qui passe.

Un amour platonique. Un jeune homme qui devient un point d’ancrage. Puis un clan. Les Femen.

Là encore, on aurait tort de réduire cela à une adhésion idéologique pure. On sent très bien que l’engagement est aussi un refuge. Un cadre. Une tribu. Une manière de donner un sens à une existence qui vacille. Le militantisme devient une bouée.

La prison en Tunisie, les actions coup de poing, la mise en danger permanente : tout cela relève autant de la ferveur politique que d’un besoin d’adrénaline, d’une lutte contre l’effondrement intérieur. Elle ne cherche pas seulement à changer le monde. Elle cherche à se sentir vivante.

Le livre est traversé par une violence masculine omniprésente : abus, harcèlement, agressions. Oui, il est question d’hommes extra-européens à plusieurs reprises. Mais ce qui domine, ce n’est pas une grille ethnique. C’est une expérience du corps exposé, du corps attaqué, du corps vulnérable. Pour elle, ce sont des hommes, avant tout. C’est son regard, et ça n’est sans doute pas au lecteur de juger.

La jungle de Calais est un moment clé. Beaucoup y verront un symbole politique. On peut y voir autre chose : une fuite en avant. Aller au-devant du chaos. Se jeter dans la misère du monde pour oublier la sienne. Se convaincre qu’aider les autres permettra de colmater la brèche intérieure. Mais rien ne colmate vraiment.

Les engagements successifs apparaissent alors comme des couches superposées sur une blessure plus profonde. Des leurres parfois. Des épreuves souvent. Des tentatives sincères, mais qui ne guérissent pas le mal-être. Et c’est là que le livre devient poignant.

Marguerite Stern ne se présente jamais en héroïne triomphante. Elle montre ses failles. Ses séjours en psychiatrie. Ses moments de bascule. Elle frôle l’effondrement à plusieurs reprises. D’autres, à sa place, auraient sombré dans la toxicomanie lourde. Dans l’alcoolisme. Dans la dérive sans retour. Peut-être dans le suicide.

Elle ne s’effondre jamais totalement. Elle plie, mais ne rompt pas.

Ce qui est fascinant, c’est que sa “transition politique” apparaît presque secondaire. Elle n’est pas la cause première du récit. Elle en est une conséquence. À mesure qu’elle remonte vers la surface, elle réalise que son combat initial n’était pas d’abord extérieur. Il était intérieur.

Elle comprend que la société idéale qu’elle poursuivait ne la sauvera pas. Que la pureté idéologique ne répare pas une identité fracturée. Que le réel résiste aux slogans. Que les abstractions consolantes ne tiennent pas face aux faits.

Le fameux “basculement à droite” est moins un choix doctrinal qu’un effet de rejet. Une mise au ban. Une violence inouïe venue de son propre camp. Harcèlement, menaces, appels au meurtre. Non pas pour avoir trahi un principe fondamental, mais pour avoir prononcé une phrase : « une femme trans n’est pas une femme ». À partir de là, tout s’effondre.

Mais ce n’est pas elle qui change brutalement. C’est le camp qu’elle croyait sien qui la rejette. Dans le livre, elle ne renie pas son passé. Elle ne renie pas ses combats contre les violences faites aux femmes. Elle ne renie pas sa sincérité. Elle ne renie pas non plus les personnes qui ont partagé « son plus bel âge », c’est à dire l’âge de la jeune adulte qu’elle fût.

Elle constate simplement qu’on ne lui laisse plus le droit de penser. Le livre montre une femme devenue publique presque malgré elle. Une femme qui a trop cherché à aider les autres pour ne pas se noyer elle-même. Et qui découvre que la tribu peut devenir meute.

Ce n’est pas un récit de revanche. C’est un cri.

Un cri d’épuisement. Un cri de lucidité. Un cri d’isolement.

Ce qui rend le texte passionnant, c’est qu’il ne cherche pas à convaincre. Il expose. Il met à nu. Il montre le parcours d’une jeune femme qui, pendant vingt ans, tente d’habiter le monde sans jamais s’y sentir vraiment chez elle. On peut être en désaccord avec certaines de ses actions passées, notamment l’injure faite au suicide de Dominique Venner. On peut contester ses conclusions. On peut ne pas être d’accord ses rapprochements entre immigrationnisme et transactivisme. Mais on ne peut pas nier la cohérence intime du parcours.

Le livre ne dit pas : “regardez comme j’avais tort et comme j’ai raison maintenant”. Il dit : “regardez ce que j’ai traversé pour survivre”.

Les rives contraires, ce ne sont pas seulement celles de la gauche et de la droite. Ce sont celles du désespoir et de la résistance. Du fantasme et du réel. De l’idéalisme et de la fatigue. Marguerite Stern ne semble jamais totalement à l’aise ni dans sa tête, ni dans son corps, ni dans le monde qui l’entoure. C’est peut-être cela, la ligne rouge du livre. Cette sensation persistante de décalage. De non-coïncidence avec soi-même.

Et pourtant, elle avance. Elle change d’outils. Elle change de lectures. Elle change de fréquentations. Mais elle ne renie pas son passé. Elle le relit. Elle le réintègre. Elle le comprend autrement.

Au fond, ce livre n’est pas un livre sur la droite. Il n’est pas non plus un livre contre la gauche. C’est un livre sur la survie.

Sur la manière dont une femme tente, par tous les moyens, de ne pas disparaître. Sur la façon dont on peut se tromper, se brûler, se radicaliser, se corriger, sans cesser d’être sincère. Sur le prix psychique d’une vie militante menée comme une guerre permanente. Et sur ce moment précis, fragile, dangereux, où l’on décide de ne plus mentir — ni aux autres, ni à soi-même.

On peut lire Les Rives contraires comme une autobiographie politique. On peut le lire comme le récit d’une dissidente. On peut le lire comme un texte polémique. Mais dans ce cas, on se trompe lourdement.

Car si on accepte de dépasser le bruit, on y découvre autre chose : l’histoire d’une enfant qui n’a jamais cessé de chercher une main pour la sauver, tout en tendant les siennes aux autres.

Et c’est cela qui rend le livre si troublant. Parce qu’il ne parle pas d’un changement de camp. Il parle d’une femme qui a refusé de couler.

YV

Pour commander le livre, c’est ici

Photo : DR

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