La Tanzanie a replongé dans la violence à l’issue de l’élection présidentielle du 29 octobre dernier. Des manifestations portées notamment par une jeunesse urbaine mobilisée contre la corruption et pour davantage de libertés ont été sévèrement réprimées. Plusieurs organisations évoquent plus d’un millier de morts en moins d’une semaine, certains bilans officieux avançant des chiffres encore supérieurs.
À l’issue du scrutin, la présidente Samia Suluhu Hassan a été créditée de 97,66 % des suffrages selon les résultats officiels. Quelques semaines plus tôt, l’ONG Index on Censorship l’avait désignée « tyran de l’année 2025 », dénonçant un climat de restriction des libertés publiques et de pressions sur l’opposition.
Violences électorales : un contraste régional marqué
Les comparaisons régionales alimentent déjà les débats. Au Cameroun, les tensions post-électorales d’octobre ont fait plusieurs dizaines de morts sur plusieurs semaines. À Madagascar, des manifestations étudiantes ont également été dispersées au prix de victimes, mais dans des proportions bien moindres.
Plus au nord et à l’est du continent, l’histoire récente est jalonnée d’épisodes autrement plus meurtriers. Le Kenya avait connu, après l’élection de 2007, des affrontements intercommunautaires et une répression qui firent plus d’un millier de morts. En Égypte, la dispersion des rassemblements d’août 2013 s’était soldée par des centaines de victimes en quelques jours.
Les guerres civiles offrent un contraste tout aussi saisissant. Le conflit en Sierra Leone dans les années 1990, celui du Liberia, ou encore la guerre au Soudan du Sud ont causé des dizaines, voire des centaines de milliers de morts. En Éthiopie, la guerre du Tigré entre 2020 et 2022 aurait entraîné un bilan humain estimé à plusieurs centaines de milliers de victimes.
Le cas des Grands Lacs et les ingérences extérieures
La région des Grands Lacs reste emblématique des rivalités internationales. Au Rwanda, le génocide de 1994 et les guerres qui ont suivi en République démocratique du Congo ont durablement déstabilisé l’espace régional. L’ancien secrétaire général de l’ONU, Boutros Boutros-Ghali, avait publiquement mis en cause le rôle des grandes puissances dans la gestion de la crise rwandaise.
Depuis, l’est congolais demeure le théâtre d’affrontements récurrents, alimentés par des enjeux miniers et géopolitiques majeurs. Plusieurs rapports internationaux évoquent l’implication de puissances étrangères dans les équilibres régionaux, sur fond de rivalités économiques.
Performances économiques : des dynamiques différenciées
Au-delà des drames humains, les trajectoires économiques divergent également selon les zones linguistiques héritées de la colonisation. Les données publiées récemment par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international montrent qu’un groupe de pays d’Afrique subsaharienne francophone affiche, sur la période 2014-2025, une croissance moyenne supérieure à celle du reste du continent, ainsi qu’une inflation et un endettement globalement plus contenus.
Dans le même temps, l’indice de perception de la corruption de Transparency International classe plusieurs États francophones devant des pays anglophones plus peuplés et plus riches en ressources naturelles. Les écarts demeurent importants en matière d’industrialisation, de stabilité monétaire ou d’inégalités sociales selon les régions.
Ces contrastes ne suffisent pas à résumer la complexité africaine. Chaque pays suit sa propre trajectoire, entre héritages coloniaux, choix politiques contemporains, pressions démographiques et jeux d’influence internationaux. Mais la tragédie tanzanienne rappelle une réalité persistante : dans plusieurs États d’Afrique orientale et australe, les cycles électoraux continuent de s’accompagner d’une violence politique massive, dont les premières victimes sont souvent les jeunesses urbaines mobilisées pour davantage de transparence et de libertés.
La situation en Tanzanie, si les chiffres avancés se confirment, constituerait l’un des épisodes les plus meurtriers liés à un scrutin en Afrique depuis plus d’une décennie. Elle pose à nouveau la question centrale de la consolidation démocratique sur le continent et de la responsabilité des acteurs nationaux comme internationaux dans la prévention de ces drames.
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[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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