Longtemps perçue comme l’invitée permanente du Tournoi des Six Nations, l’Italie semble avoir définitivement changé de statut. Solides face à l’Écosse, combatifs contre l’Irlande, les Azzurri affichent désormais une maturité tactique et mentale qui tranche avec les années de galère et de cuillères de bois. Sous l’impulsion d’une génération talentueuse et d’un encadrement structurant, le rugby italien revendique aujourd’hui autre chose qu’un rôle d’outsider courageux. Transformation durable ou embellie passagère ?
Avant le choc contre la France de ce dimanche, analyse d’une équipe qui ne veut plus se contenter d’exister, par l’Italien Alessandro Bascetta, ancien joueur de rugby, aujourd’hui formateur, éducateur et entraîneur pour divers clubs de rugby, d’abord dans le nord de l’Italie, puis actuellement à Rome ainsi que pour la Fédération italienne de rugby, pour le World Rugby et le CONI?
Il a toujours vécu et enseigné le rugby comme un outil de formation à part.
Breizh-info.com : La victoire contre l’Écosse lors du Tournoi des Six Nations 2026 a été obtenue après un match extrêmement contrôlé. À chaud, avez-vous eu le sentiment que l’Italie n’était plus l’outsider, mais une nation qui impose désormais son rythme ?
Alessandro Bascetta : Il est certain que notre jeune équipe nationale, en termes d’âge, arrive à maturité. Contre l’Écosse, nous avons démontré que nous pouvions rivaliser sous pression en sachant gérer un adversaire bien équipé et habitué à certains types de combats
Breizh-info.com : Malgré la défaite contre l’Irlande, beaucoup ont parlé d’un match inaugural, tant les Azzurri ont réussi à résister tant physiquement que tactiquement. Selon vous, est-ce le signe que l’Italie a définitivement franchi un cap mental face aux grandes nations ?
Il ne fait aucun doute que l’Italie n’a plus cette crainte révérencielle de Cendrillon du tournoi. Les performances de nos franchises de Trévise et des Zebre et les succès remportés dans les séries d’automne ont donné confiance à ce groupe d’hommes, à ceux qui les dirigent et à tout le mouvement. Il y a une atmosphère différente au sein de la Fédération, dans la cabine de la direction technique.
Breizh-info.com : Il y a quinze ans, l’Italie était presque condamnée à la cuillère de bois. Comment expliquer cette transformation spectaculaire depuis 2021 ? S’agit-il avant tout d’un changement de culture, de génération ou de méthode ?
Alessandro Bascetta : Les processus et les changements ne sont jamais immédiats, surtout dans un pays où la tradition du rugby est « jeune ». Au milieu de la deuxième décennie de notre siècle, les paramètres de sélection des jeunes d’intérêt national, les critères de sélection et le parcours de formation des joueurs d’élite potentiels ont changé. Les fruits commencent à se voir et je n’hésite pas à déclarer que c’est le groupe le plus talentueux que nous ayons jamais eu en Italie.
Breizh-info.com : Le travail des franchises italiennes, en particulier Benetton Treviso et Zebre Parma dans l’URC, a-t-il été le véritable moteur de cette croissance ? Perçoit-on aujourd’hui une continuité claire entre les clubs et la sélection ?
Alessandro Bascetta : Comme je l’ai déjà mentionné, les franchises jouent un rôle important, mais je pense que nous assistons à une croissance harmonieuse dans laquelle les franchises ne sont pas le moteur, mais plutôt la consolidation d’un mouvement qui développe enfin son potentiel.
Breizh-info.com : Sous Crowley, l’Italie a retrouvé son audace offensive. Sous Quesada, elle a gagné en solidité défensive et en discipline. Selon vous, quel a été le facteur déterminant de cette montée en puissance ?
Alessandro Bascetta : La croissance est constante et évidente. Crowley a certainement donné une empreinte offensive au jeu (enfin) déterminante pour les succès de Quesada. Aujourd’hui, regarder jouer l’Italie est agréable et divertissant, et grâce à Quesada, sacrément efficace et concret. Le plus grand mérite de Quesada, à mon avis, a été de donner de la conscience à ce groupe en renforçant les sources de jeu, le pack italien est aujourd’hui de premier niveau, et en créant un système défensif solide et compétent.
Breizh-info.com : Angelo Capuozzo, Garbisi, Lamaro, Negri… Cette génération incarne-t-elle une « génération dorée » comparable à celle qu’ont connue d’autres nations avant un grand cycle victorieux ?
Alessandro Bascetta : Je retiendrai d’abord Lamara. Mais ce sont tous d’excellents joueurs, mais comme nous le savons, Capuozzo a été formé en France, Negri en Afrique du Sud et Garbisi, contrairement à beaucoup d’autres, a suivi un parcours atypique avec notre fédération, mais Lamaro est le symbole de cette génération.
Lamaro un garçon humble, volontaire et consciencieux dans tous les aspects de sa performance. La dernière fois que je lui ai parlé, il m’a dit qu’il consacrait environ trois heures à la préparation de chaque discours d’avant-match et d’après-match.
Breizh-info.com : Le rugby reste historiquement minoritaire en Italie par rapport au football. Ressentez-vous aujourd’hui un nouvel engouement autour des Azzurri ? Le pays commence-t-il vraiment à s’enthousiasmer pour le rugby ?
Alessandro Bascetta : Les Italiens ont l’habitude de prendre le train en marche. Il est certain qu’une équipe nationale gagnante attire davantage de public, en particulier au stade olympique (qui a affiché complet pour la première fois cette année pour les matchs Italie-Écosse et Italie-Angleterre), mais derrière cet engouement « de stade », il n’y a pas de véritable suivi.
En Italie, on constate une baisse du nombre de licenciés, mais surtout de pratiquants. De Rome vers le sud, on peut compter sur les doigts d’une main les structures capables de développer non pas toute une filière, mais ne serait-ce qu’une catégorie de minirugby ou de juniors. Gagner est certes important, mais en Italie, nous espérons que la nouvelle gouvernance et les réformes en cours inverseront cette tendance et redynamiseront la base de notre mouvement, composé d’enfants, de filles et de clubs liés au territoire et au développement du rugby dans celui-ci.
Breizh-info.com : Cette équipe semble jouer sans complexe contre la France, l’Angleterre ou l’Irlande. D’où vient ce changement de mentalité ? L’Italie a-t-elle enfin cessé de se considérer comme une invitée au tournoi ?
Alessandro Bascetta : Même si l’écart est encore trop important, surtout face à la France et à l’Angleterre, nous ne sommes plus les Cendrillons du tournoi et nous pouvons nous mesurer à tous. Surtout, comme l’a démontré le match en France en 2024, personne ne doit nous sous-estimer sur le terrain, car cette équipe italienne a les compétences, la ténacité et le courage nécessaires pour défier n’importe qui à armes égales.
Breizh-info.com : Pensez-vous que l’objectif réaliste à court terme soit un podium durable dans le Tournoi des Six Nations, voire un titre dans les années à venir ? Ou faut-il encore consolider certains aspects du jeu ?
Alessandro Bascetta : Pour rivaliser avec la France et l’Angleterre, nous devons augmenter de manière exponentielle le nombre de pratiquants de base et accroître la valeur de nos championnats nationaux majeurs, qui sont encore trop éloignés en termes de qualité des franchises. En termes de qualité et de profondeur, nous n’avons pas le banc ou le réservoir de nos rivaux du Tournoi des Six Nations, mais nous avons actuellement de la qualité dans le groupe dirigé par Quesada. Un podium est certainement à notre portée, une victoire est un rêve, mais nous vivons de rêves depuis notre entrée dans le plus ancien tournoi du monde.
Breizh-info.com : Enfin, en vue de la prochaine Coupe du monde, pensez-vous que l’Italie puisse dépasser ce fameux cap des quarts de finale ? Cette génération a-t-elle, selon vous, les armes pour écrire la plus belle page du rugby italien ?
Alessandro Bascetta : La nouvelle formule de la Coupe du monde qui se jouera en Australie et le groupe avec deux équipes qui passeront le tour nous donnent de grands espoirs de succès. Quesada et son équipe travaillent avec cet objectif ambitieux, mais réalisable compte tenu de la maturité prévisible du groupe qui compose les gladiateurs de notre équipe nationale. Ensuite, comme nous l’enseigne la France, une Coupe du monde de rugby a une vie instable et des blessures individuelles ou des baisses de forme peuvent conduire à des résultats imprévus. L’Italie pourrait toutefois atteindre un objectif historique et mérité.
Propos recueillis par A.D et Y.V
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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