La Macédoine du Nord entend peser dans le débat européen non pas par des déclarations d’intention, mais par des résultats mesurables. Dans un entretien accordé en marge du Budapest Global Dialogue, à The European Conservative, le ministre de la Digitalisation Stefan Andonovski a défendu une ligne pragmatique : accélérer l’intégration européenne à travers des mécanismes concrets plutôt que rechercher des symboles institutionnels.
Pour Skopje, l’enjeu n’est pas tant d’obtenir immédiatement des postes ou des droits politiques au sein de l’Union que d’être intégré, dès maintenant, dans les mécanismes économiques et techniques européens. “Nous ne voulons pas de symboles, nous voulons une intégration concrète”, résume le ministre.
Une position stratégique au cœur des Balkans
Souvent méconnue du grand public, la Macédoine du Nord occupe pourtant une position géographique centrale. “Nous sommes à un carrefour historique : les corridors Est-Ouest et Nord-Sud traversent notre territoire”, rappelle Andonovski. Cette situation place le pays au cœur des infrastructures de transport et des flux énergétiques européens.
Dans un contexte de dépendance énergétique et de diversification des approvisionnements, les Balkans apparaissent comme un passage obligé. “Les Balkans ne doivent pas être traités comme l’arrière-cour de l’Europe, mais comme une position stratégique centrale”, insiste-t-il. Gaz, électricité, corridors logistiques : la région joue un rôle clé dans la connexion entre Méditerranée, Europe centrale et espace eurasiatique.
La digitalisation comme pilier stratégique
Créé il y a deux ans, le ministère de la Transformation numérique incarne la volonté de Skopje de miser sur son capital humain. Le ministre structure son action autour de trois priorités : la fourniture de services publics numériques, la cybersécurité et l’interopérabilité des administrations.
“Il n’y a pas de digitalisation sans protection et sans confiance”, souligne-t-il. L’objectif est de permettre un échange instantané d’informations entre institutions publiques via une plateforme nationale, tout en développant un environnement sécurisé pour les citoyens et les entreprises.
Parallèlement, le gouvernement cherche à attirer des investissements dans les centres de données, l’intelligence artificielle et les capacités de calcul. La diversification des investissements directs étrangers est perçue comme un levier essentiel de croissance.
Alors que Bruxelles évoque de nouveau l’idée d’une “Europe à plusieurs vitesses”, Skopje adopte une posture réaliste. La Macédoine du Nord ne rejette pas une intégration progressive, à condition qu’elle produise des effets tangibles.
L’intégration récente dans le système SEPA (Single Euro Payments Area) constitue, aux yeux du ministre, un exemple concret des bénéfices attendus. “Nous constatons déjà des transactions plus fluides”, note-t-il. Plus de 80 % des échanges commerciaux du pays se font avec l’Union européenne, dont près de 90 % avec l’Allemagne : l’interdépendance économique est un fait.
Balkans, migrations et sécurité
Située sur les routes migratoires, la Macédoine du Nord a été en première ligne lors de la crise de 2015. Le ministre rappelle que son pays a enregistré et contrôlé les flux pour protéger l’ensemble du système européen. Être à un carrefour implique “vigilance, mais pas isolement”.
Dans le même esprit, il estime que la cybersécurité ne doit pas être pensée comme un “bunker”, mais comme un “pont résilient” permettant de connecter sans fragiliser.
Stefan Andonovski met en garde contre une Europe trop réglementaire. Selon lui, l’excès de normes risque d’étouffer l’innovation et de faire décrocher le continent face à l’Asie ou aux États-Unis. “Si nous voulons favoriser l’innovation, il faut laisser les innovateurs innover”, affirme-t-il.
Il appelle à financer des projets concrets plutôt qu’à multiplier les rapports et les stratégies sans effets mesurables. L’enjeu est de préserver la compétitivité européenne dans un ordre mondial en recomposition.
Un futur hub numérique régional ?
La Macédoine du Nord ambitionne de devenir un pôle numérique régional. Le pays dispose d’un taux de couverture internet et fibre optique parmi les plus élevés au monde et forme chaque année environ 1 500 spécialistes en technologies de l’information.
“Pourquoi pas la Macédoine ?” lance le ministre à l’adresse des investisseurs. Ressources énergétiques abondantes, jeunesse qualifiée, expérience de l’optimisation dans un contexte de ressources limitées : autant d’atouts mis en avant.
En parallèle, Skopje coopère avec d’autres pays des Balkans occidentaux sur la reconnaissance mutuelle des signatures électroniques et la suppression des frais d’itinérance. Des projets inspirés de modèles numériques avancés sont également à l’étude avec des partenaires d’Europe centrale et orientale.
Au-delà des discours, la ligne macédonienne se veut claire : ancrage européen, coopération régionale et modernisation numérique. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de concurrence mondiale accrue, Skopje entend démontrer qu’un petit État des Balkans peut devenir un acteur stratégique s’il mise sur ses compétences et son agilité.
Pour le ministre, l’avenir ne se jouera pas dans les déclarations symboliques, mais dans la capacité à produire des résultats concrets et rapides. Une vision qui résonne avec le débat plus large sur l’efficacité réelle du projet européen.
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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