Qui finance les “définanceurs” ? Les zones d’ombre autour d’un acteur clé de la lutte contre la “désinformation” en Europe

Depuis l’entrée en vigueur du Digital Services Act (DSA), l’Union européenne s’est dotée d’un arsenal inédit pour encadrer les contenus en ligne. L’objectif affiché est de lutter contre les discours illégaux et la désinformation. Mais derrière cette architecture réglementaire s’est progressivement constitué un écosystème d’organisations privées chargées d’identifier, signaler ou marginaliser les contenus jugés problématiques. Parmi elles, un nom revient régulièrement : le Global Disinformation Index (GDI).

Officiellement présenté comme une structure indépendante évaluant la fiabilité des médias en ligne, le GDI a vu son rôle et ses méthodes de plus en plus discutés, notamment à la lumière de ses sources de financement.

Du signalement à la “dé-monetisation”

Contrairement aux autorités publiques, le GDI n’a pas de pouvoir direct de censure. Son levier d’action repose sur l’économie de l’information : il établit des listes de sites considérés comme risqués en matière de désinformation, lesquelles sont ensuite utilisées par des annonceurs ou des plateformes publicitaires pour éviter d’y placer des publicités.

L’effet est potentiellement décisif. De nombreux médias en ligne non adossés à de grands groupes dépendent des revenus publicitaires pour survivre. Être placé sur une liste noire publicitaire peut entraîner une chute brutale de financement, sans décision judiciaire ni procédure contradictoire publique.

Cette stratégie de “dé-monetisation” s’inscrit dans une logique plus large promue au niveau européen, notamment dans le cadre du Code de bonnes pratiques sur la désinformation, renforcé avant l’adoption du DSA.

Un positionnement étroit avec les institutions européennes

Créée en 2018, au moment même où la Commission européenne formalisait ses premières initiatives structurées contre la désinformation en ligne, l’organisation a rapidement noué des liens avec l’écosystème bruxellois. Des données issues du registre de transparence de l’UE font état de rencontres régulières entre ses représentants et les cabinets de commissaires impliqués dans les questions numériques et de régulation des plateformes.

Par ailleurs, le GDI a participé à des travaux liés à l’Observatoire européen des médias numériques (EDMO), lui-même financé par l’Union européenne. Avec le renforcement du Code de pratiques et son articulation avec le DSA, ces structures jouent un rôle croissant dans l’interprétation des obligations imposées aux grandes plateformes.

La question sensible des financements publics

Le débat s’est intensifié lorsque plusieurs gouvernements ont été identifiés comme bailleurs de fonds de l’organisation. Des financements britanniques et américains ont été évoqués dans le passé, avant d’être progressivement interrompus à la suite de controverses politiques. En parallèle, des contributions provenant d’institutions européennes et d’autorités nationales, notamment en Allemagne, ont été mentionnées dans des documents publics.

Or, c’est précisément cette dépendance à des financements publics qui nourrit les interrogations. Une organisation qui évalue la fiabilité des médias et influence indirectement leur viabilité économique peut-elle être considérée comme totalement indépendante si elle perçoit des fonds d’États ou d’institutions supranationales engagées dans des politiques de régulation du discours ?

La question n’est pas juridique, mais politique : dans un contexte où la liberté d’expression constitue un principe fondamental, la frontière entre lutte contre la désinformation et encadrement idéologique des opinions est scrutée de près.

Autre élément soulevé par plusieurs observateurs : la lisibilité des flux financiers. Certaines versions antérieures du site de l’organisation mentionnaient explicitement des financeurs publics. Ces listes ont depuis évolué ou disparu, laissant place à des formulations plus générales.

Aux États-Unis, des documents fiscaux publiés par une entité affiliée ont également suscité des commentaires, notamment en raison du faible niveau de détail sur l’identité des donateurs. Même si ces pratiques peuvent rester conformes au droit applicable, elles contrastent avec les exigences de transparence souvent invoquées à l’égard des médias évalués.

Un débat au cœur de la régulation numérique

La controverse autour du financement et du rôle du GDI s’inscrit dans un débat plus large sur la gouvernance de l’espace numérique européen. Le DSA impose aux grandes plateformes de lutter activement contre les contenus illicites et les manipulations informationnelles. Pour y parvenir, elles s’appuient en partie sur des partenaires extérieurs : signalements d’ONG, analyses d’experts, mécanismes de coopération.

Mais lorsque ces partenaires interviennent à la fois comme évaluateurs, comme acteurs de plaidoyer et comme bénéficiaires de financements publics liés à la régulation, les lignes se brouillent.

La question centrale reste donc entière : dans la lutte contre la désinformation, comment garantir à la fois efficacité, pluralisme et indépendance ? Et, plus largement, qui surveille ceux qui prétendent surveiller l’information ?

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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