Raphaël Ayma, activiste provençal de 23 ans et porte-parole du mouvement identitaire Tenesoun (« Bâtir quand tout s’écroule » en provençal, symbolise une génération Z profondément marquée par le déclassement civilisationnel et économique, ainsi que par la question écologique. Parti d’un engagement à gauche durant les Gilets jaunes, il a opéré une mue idéologique vers une droite identitaire et européiste assumée, maîtrisant à la fois la métapolitique et l’action de rue. Passé par le Rassemblement National, où il a exercé comme attaché parlementaire avant son exclusion en 2024, il est aujourd’hui au cœur de la mobilisation post-Quentin Deranque.
Au lendemain de la grande marche à Lyon le 21 février, devant plus de 3200 personnes, il a dénoncé « le système qui a rendu possible la mort de Quentin » et appelé à l’« union sacrée » des forces radicales. Nous l’avons rencontré pour comprendre sa démarche.
Breizh-info.com : Raphaël, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Qui êtes-vous, quel a été votre déclic militant, et comment le drame de Quentin a-t-il renforcé votre engagement ?
Raphaël Ayma : Je m’appelle Raphaël Ayma, j’ai 23 ans, je suis né dans le sud-est de la France. J’ai quelques origines espagnoles du côté de mon père et j’ai grandi entre les deux pays, quelque part entre la Provence, l’Andalousie et Madrid – je crois que c’est quelque chose qui a renforcé mes aspirations européennes. Je me suis passionné pour la politique dès l’adolescence. En fait, l’environnement familial s’y prêtait. Ma grand-mère maternelle a l’esprit militant. Je dois cependant vous avouer qu’elle l’a du « mauvais côté » : c’est une communiste du siècle dernier, du genre qu’on ne fabrique plus. Elle a été militante dans sa vie aussi et c’est elle qui m’a transmis la passion pour la chose publique. Nous discutions tout le temps de politique et je me suis engagé assez naturellement, comme une évidence, à seize ans.
C’était inenvisageable pour moi de ne pas « faire » de politique. Je déteste par-dessus tout l’inaction et je veux avoir un contrôle sur les choses du monde. J’ai commencé à seize ans, dans des milieux de gauche – aux Jeunesses Communistes. Mais j’ai rapidement ressenti une rupture entre les passions gauchistes de mes camarades d’alors et mes propres aspirations. L’absence de discipline, les tabous autour des questions migratoires ou identitaires. Je savais déjà pour le Grand Remplacement. Je le voyais autour de moi. C’était très charnel. L’assassinat de Samuel Paty a été un déclic et une rupture. Conscient des enjeux identitaires derrière son assassinat, j’ai basculé à droite, dans le camp identitaire.
Je n’ai pas perdu ma fibre sociale de mon époque de gauche. J’aime mon peuple ardemment et j’inscris mon engagement d’abord dans la défense des miens, par amour profond de mes compatriotes. Je suis rentré à Tenesoun vers dix-neuf ans, organisation identitaire dans laquelle j’ai rapidement occupé un poste de porte-parole. Avec ce militantisme, j’ai rencontré du monde : dont Quentin. La mort de Quentin m’a touché car, comme je le disais dans mon discours à la manifestation d’hommage, des Quentin j’en croise tous les jours. C’est des jeunes de vingt ans qui comme moi ne se font pas à la laideur du monde, au statu-quo, à l’apathie ambiante. Quentin, c’est le visage d’une jeunesse que l’on a sacrifiée et qui a dû s’engager pour défendre son existence. Dominique Venner disait : exister, c’est combattre ce qui me nie. Quentin était de ceux qui combattent. Derrière l’individu, je vois toute cette jeunesse française et européenne qui lui ressemble.
Breizh-info.com : Vous êtes particulièrement actif à différents niveaux métapolitique (réseaux, marchés, conférences, hommages). Comment voyez-vous son rôle dans le renouveau provençal et européen, surtout depuis le 12 février ?
Raphaël Ayma : J’ai tendance à penser qu’il ne faut pas faire de distinction entre politique et métapolitique. L’action de la mouvance identitaire est politique par essence. Certaines voudraient diviser l’action politique entre celle des intellectuels, dans des think-thank et des structures identitaires activistes, qui elle serait métapolitique ; et celle des partis institutionnels, elle « réellement » politique. Je ne crois pas que nous ne fassions pas de la politique. Au contraire : peut-être que notre démarche, idéologique, hyperactive, militante, totale, est infiniment plus politique que celle des vieilles structures partisanes. Attention : je ne m’oppose pas à l’idée d’occuper le terrain électoral.
Au contraire ! Je crois même que nos propres structures, dans un avenir proche, auront vocation elles aussi à se présenter aux élections, selon la logique maurrassienne du « Par tous les moyens, même légaux ». Je pense que notre action a un rôle primordial de sociabilisation de la « France de droite » : le Rassemblement National possède un électorat captif qui est inactif politiquement entre deux échéances électorales. Je m’inscris dans une autre démarche. Selon moi, la prise du pouvoir est certes centrale, mais ce qui est accompli sur le chemin pour y accéder est tout aussi important. On ne gouverne pas un pays parce qu’on accède à son institution suprême ou que l’on occupe la majorité des sièges du parlement : on gouverne un pays parce qu’on a changé son imaginaire culturel, que l’on a convaincu intimement sa population, qu’on a préparé en amont la prise du pouvoir. L’action politique c’est celle qui vise au changement concret de la société : pas la seule victoire électorale.
J’estime donc que notre action est parfois plus politique que celle des partis, en ça qu’elle contribue à créer de la vie autour de nos idéaux. Notre mouvance est en ébullition. C’est elle qui fait naître le climat dont les élus patriotes bénéficient ensuite.
Breizh-info.com : Tenesoun porte « Bâtir quand tout s’écroule ». Après le drame national autour de Quentin, comment envisagez-vous l’avenir des mouvements de droite et de la défense identitaire européenne ?
Raphaël Ayma : Je crois que l’un des effets secondaires de la mort tragique de Quentin est d’avoir mis la lumière sur l’existence de notre mouvance, que le grand public méconnaissait. Les mouvements activistes, identitaires, qui essaiment partout en France et en Europe sont l’expression d’une double volonté : celle de combattre le remplacement des peuples européens, ne pas laisser cet état de fait s’installer ; et celle de faire de la politique autrement, de façon plus active, plus concrète. C’est pour ça que ces mouvements attirent la jeunesse en masse ! Ils sont cent fois plus vivant que ne le seront jamais les organisations de jeunesses des partis politiques conventionnels.
Les politiciens aiment bien cette marotte : comment intéresser les jeunes à la politique ? Poussez la porte d’un local identitaire, et vous la verrez, cette jeunesse qui s’intéresse au monde qui s’entoure. A l’heure actuelle, la mouvance identitaire est probablement la famille politique avec la sociologie la plus jeune et hyperactive qui soit. Les initiatives se multiplient. Les locaux ouvrent sans s’arrêter. Les colloques, les manifestations, les médias, les initiatives se décuplent. Je pense que notre mouvance est une vague qui déferle partout. Nous sommes le visage de la nouvelle Europe.
Breizh-info.com : Quentin Deranque, 23 ans, catholique, étudiant en maths, est mort le 14 février des suites de son lynchage le 12. Que représente Quentin pour vous et pour votre génération ? Qu’avez-vous ressenti en prenant la parole à Lyon ?
Raphaël Ayma : Comme je le disais plus haut, Quentin représente l’archétype du jeune de la vingtaine – il avait 23 ans au moment de sa mort – qui ne tolère pas la laideur du monde, ni le statu-quo dans lequel nos élites politiques souhaitent nous plonger. Il était à contre-rebours, sur tous les points : catholique dans une époque désacralisée, engagé dans une époque apolitique, altruiste dans une époque égoïste, volontaire dans une époque paresseuse. Quentin, c’est le visage d’une jeunesse toute entière : probablement est-ce pour cette raison que son assassinat a eu tant d’écho. J’ai ressenti, en prenant la parole à Lyon, beaucoup d’émotion. Une émotion sincère déjà, parce que je connaissais Quentin.
J’ai retrouvé ma conversation avec lui, par messages, quelques heures avant le discours. Ça m’a beaucoup marquée. Mais j’ai aussi ressenti les émotions qui traversaient la foule. Beaucoup de peine, une saine colère et une volonté d’engagement. Quentin n’était pas apathique : il vivait, il vivait pleinement à travers ses engagements. Je pense qu’il laisse derrière lui ce message : n’acceptez jamais le cynisme ambiant. Comme le poème de Dylan Thomas : « Don’t go gentle into that good night, rage, rage, against the dying of the light ».
Breizh-info.com : A Lyon, vous avez appelé à l’« union sacrée » et déclaré « s’organiser par nous-mêmes, pour nous-mêmes ». Pourquoi ce mot d’ordre est-il devenu après la mort de Quentin ? Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de radicalité après vos discours ?
Raphaël Ayma : Quentin était un militant nationaliste et catholique. Le faire passer pour autre chose est selon moi une erreur. Si la gauche a tuée Quentin, lui a frappé à la tête avec tant de haine, c’est parce qu’elle déteste profondément ce qu’il représente : un Français nationaliste, identitaire, radical dans ses principes, pieux. C’est ça qu’elle veut effacer. Par conséquent, quand je dis que nous devons nous organiser par nous-mêmes et pour nous-mêmes c’est parce que je pense que notre mouvance politique est une tendance à part entière, que la gauche craint. Elle la craint parce qu’elle sait qu’elle est efficace, puissante politiquement. L’assassinat de Quentin est un assassinat politique : lui rendre hommage, c’est aussi perpétuer le combat pour lequel il a sacrifié sa vie. Et ce combat, c’est celui de notre mouvance. Notre mouvance a ses tendances : en France, il y a des royalistes, des identitaires, des nationalistes-révolutionnaires. La marche d’hommage était à cette image.
On y voyait toutes les tendances de la droite radicale, mais aussi des électeurs du Rassemblement National, des sympathisants, des familles, des catholiques. Je crois que tout ces gens là ont plus de points communs qu’ils n’ont de différence. Tout mon militantisme va vers cette voie : aucune tendance de notre mouvance ne « triomphera » sur l’autre. Nous perdons trop de temps en guerres intestines. Nous devons nous unir, faire front, se constituer en véritable tendance à part entière. C’est le prérequis à l’efficacité politique. Ma rencontre avec Quentin était à cette image. Je l’avais rencontré avec quelques militants d’Action Française que j’avais contacté lors d’un passage à Vienne.
Il n’était pas militant chez eux, simplement sympathisant et moi, je ne suis pas royaliste. Il est venu quelques jours plus tard en Provence où nous l’avons accueilli. Quentin était hétérodoxe dans ses engagements. L’union est à l’image de son combat. J’aime l’image : je me sens à l’aise et au milieu des miens aussi bien avec les hooligans les plus radicaux qu’auprès des grands-mères catholiques de bonne famille. J’aime tous les visages de mon peuple.
Du reste, concernant la radicalité, ça me fait sourire comme à chaque fois que l’on m’attaque sur ce sujet. Je ne suis pas radical. L’époque l’est dans son ignominie. Je ne fais que répondre à la hauteur de ce qu’elle exige de nous.
Breizh-info.com : Quentin Deranque était l’archétype du jeune Européen engagé spontanément dans des mouvements de droite, refusant d’attendre les partis institutionnelles. Il symbolisait cette génération qui choisit l’engagement au lieu de la critique. Quel rôle concret cette jeunesse doit-elle assumer désormais ? Et comment Tenesoun accompagne-t-elle ces jeunes sur le terrain ?
Raphaël Ayma : Cette jeunesse doit avoir un rôle d’aiguillon. Elle doit être incorruptible. On lui dira, et on nous le dit déjà : « vous ne faites pas de la politique correctement ». Je déteste ce cynisme ambiant ! Je ne crois pas que faire de la politique soit synonyme de compromission ou de consensus. Faire de la politique, c’est imposer un agenda. Pour imposer des idées, il ne faut pas les renier. Il faut insister, mobiliser, avancer, et surtout, être extrêmement patients. Imposer nos mots d’ordres, être et durer. C’est tout l’ADN de Tenesoun et d’autres mouvements du même acabit. Si on s’institutionnalise, on ne doit le faire qu’à condition d’avoir une vraie influence sur la ligne des partis politiques.
Or, je ne crois pas que l’entrisme fonctionne – particulièrement en France, où la structure du Rassemblement National est trop verticale et rigide pour avoir une quelconque influence sur la ligne du parti – ni même que ça soit pertinent pour nous de rentrer dans le système du RN. Nous avons plus d’influence politique à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais pour rendre possible cette influence extérieure, il faut se donner les moyens. Pour se donner les moyens, nous devons être professionnels. Salarier des gens, monter des entreprises, donner des possibilités d’évolution économique au sein de la mouvance. J’aime la radicalité, mais je l’aime quand elle est intelligente. Un radical désordonné est inutile. La radicalité doit être disciplinée – vieil enseignement léniniste.
Breizh-info.com : Vous avez multiplié les hommages à Aix, Nice, Lyon. Comment expliquez-vous l’ampleur de la mobilisation et son caractère diversifiés (identitaires, royaliste, traditionaliste, nationaux-révolutionnaires) ?
Raphaël Ayma : Concernant son caractère divers, je pense que toutes les tendances de la droite radicale française se retrouvent dans Quentin et que de toute façon, la mort d’un des nôtres est une telle urgence qu’elle efface nos différences. L’ampleur de la mobilisation est étroitement liée à l’existence de la mouvance identitaire. Ce n’est pas le Rassemblement National qui a convoqué les gens dans les rues et les places de ce pays, malgré le fait qu’ils aient un tissu territorial conséquent avec leurs députés. C’est les mouvements identitaires. Nous sommes une mouvance territorialisé. Je voyais encore passer tout à l’heure un hommage qui s’organise à Mende, une petite ville au fin fond de la Lozère, sous l’impulsion des militants identitaires locaux. Qui d’autres que nous est capable de faire de la politique dans des territoires aussi reculés ? C’est l’existence de la mouvance qui rend possible le fait d’être partout, tout le temps.
Breizh-info.com : Vous maîtrisez les codes parlementaires et métapolitiques. Quels penseurs ou courants vous ont le plus influencé, et comment Quentin incarne-t-il cette synthèse ?
Raphaël Ayma : Je suis très peu idéologique – ou plutôt, je n’aime pas l’idéologisme. Je considère que la réalité est quelque chose de trop chaotique et flexible comme pour s’enfermer dans des doctrines, qui seraient comme des manuels de prêt-à-penser nous permettant d’analyser le monde. Si on me demande de me définir politiquement, je suis volontairement large : nationaliste, identitaire, patriote, catholique, qu’importe. Attention : ça ne veut pas dire que je n’ai pas des références intellectuelles, ni d’opinions fixes sur certains sujets-clés – comme l’économie ou l’écologie.
Mais je défends la capacité à s’adapter aux réalités concrètes des situations et des conjonctures. Je crois en revanche une chose : la politique doit se nourrir des réalités matérielles concrètes. Il faut partir de l’environnement pour analyser le monde. Mais je ne suis pas marxiste pour autant, mes aspirations sont antimatérialistes, idéalistes et transcendantales. Je crois à l’éternité, à l’âme, à l’immatériel, aux besoins spirituels de l’Homme, au fait que ce n’est pas la matière qui mène le monde mais quelque chose qui nous dépasse. Je suis influencé en grande partie par la Nouvelle Droite française, par José Antonio Primo de Rivera, par Rousseau, Dominique Venner, Jérôme Fourquet, Proudhon. J’apprécie Saint-Just comme j’apprécie des rois de France vertueux, je ne tranche pas sur la forme du régime, je crois qu’il existe des Républiques vertueuses et des monarchies décadentes.
Breizh-info.com : Après le drame de Quentin et les mises en examen liées à LFI, quelles mesures concrètes proposez-vous pour la France et l’Europe vis-à-vis du terrorisme antifasciste ?
Raphaël Ayma : Institutionnellement nous réclamons la dissolution ou l’interdiction des organisations ANTIFA, une mesure qui a été prise dans un certain nombre de pays – Etats-Unis, Hongrie…Je crois que les pouvoirs publics doivent s’interroger sur l’ampleur des réseaux antifascistes et surtout, comme ça s’est vu en France, sur la complicité de certains nombres de pouvoirs et acteurs politiques avec eux. Comment se fait-il que la collaboration entre la Jeune Garde et la mairie de Lyon était si étroite, avec des locaux municipaux prêtés au groupuscule ?
Breizh-info.com : La gauche a ses infrastructures (ONG, médias, universités, milice violente comme la Jeune Garde). Comment devons-nous travailler pour la construction d’un « Vorfeld/métapolitique » de la droite européenne (structures culturelles, économiques, métapolitiques) ? Le drame de Quentin doit-il être le déclencheur ?
Raphaël Ayma : Selon moi, les structures économiques doivent avant tout appuyer l’action politique. C’est très bien que nos militants aient des entreprises. C’est d’ailleurs vital pour certains, car pour un certain nombre d’entre nous, une fois que vous êtes diabolisés par la gauche, marginalisés socialement, sont obligés de travailler à leur compte. L’indépendance financière nous permet d’avoir une action politique indépendante.
Mais il faut se méfier d’un certain syndrome que l’on observe parfois dans la mouvance, qui consiste à s’éloigner de l’action politique à mesure que l’on monte une activité économique lucrative. C’est une voie de garage que certains empruntent et qui peut être problématique. Nous sommes avant tout des mouvements politiques. Nos mouvements doivent être de véritables écosystèmes. Plusieurs militants de Tenesoun à l’heure actuelle travaillent dans, avec ou grâce aux ressources que la politique leur apporte.
Breizh-info.com : Face au drame de Quentin, le RN a maintenu sa ligne de « dédiabolisation » (interdiction de participer aux hommages ?). Est-il encore un brise-glace utile ou est-il en train de trahir sa base ?
Raphaël Ayma : Le Rassemblement National a décidé de ne pas se rendre aux hommages pour Quentin, a même poussé le vice jusqu’à annuler le sien, en Avignon – la circonscription de Raphaël Arnault, le leader de la Jeune Garde. C’est dramatique mais ça ne m’étonne pas. Je me souviens que le RN avait manifesté pour la condamnation de Marine Le Pen, réunissant péniblement 5000 personnes à Paris. 5000 personnes, sans compter en leur sein les 120 et quelques députes du RN, avec leurs trois assistants parlementaires, tout en ramenant des bus de toutes les fédérations.
L’échec de cette manifestation est lié à une chose simple : le RN refuse de socialiser son électorat. Il ne le fait pas vivre politiquement à l’année. C’est une rupture avec son histoire à l’époque du FN. De vieux militants aixois me racontaient que dans les années 90, le FN possédait deux locaux et une revue intellectuelle à Aix-en-Provence. La France n’a plus de « parti militant », c’est-à-dire totalitaire, en ce sens qu’il a une activité dans tous les domaines de la vie, depuis le Parti Communiste Français. Quand ma grand-mère me raconte sa jeunesse communiste, elle me fait sourire : elle allait voir des films soviétiques sur la Canebière dans le cinéma du Parti, allait aux scouts communistes, a fait un voyage en RDA à la fin de ses études, vivait la vie du parti à longueur de journée, dans les différents pans de son existence. On lisait et on consommait culturellement communiste. Sans aller jusqu’aux extrêmes bolchéviques, c’est selon moi capital qu’un parti sache être plus qu’un simple bulletin dans une urne. Un parti a vocation à créer de la vie autour de lui.
Contrairement à ce que l’on a tendance à penser, je ne condamne pas la dédiabolisation. Je comprends que le RN doive faire 50+1. Dont acte : nos chemins ne sont pas les mêmes. Un identitaire n’a pas vocation à rentrer au sein du RN. Ça ne sert à rien. Il faut être capable de s’organiser par nous-mêmes, par nous-mêmes : parce que c’est essentiel. Le RN va arriver au pouvoir à un moment ou à un autre dans ce pays. Nous devons être suffisamment organisés et puissants à ce moment-là à l’extérieur de lui pour influencer sa ligne. Sinon, il gouvernera mal. La différence entre eux et nous, c’est qu’ils sont soumis à la dictature de l’opinion publique. Nous, nous avançons notre agenda et nous sommes chaque jour moins groupusculaire.
Un seul mot d’ordre : se préparer aux temps qui arrivent.
Breizh-info.com : Quelle est votre vision de l’Europe de demain ?
Raphaël Ayma : Je pense que ma génération, ma génération identitaire, va continuer de faire ce qu’elle fait tout en rentrant dans la société. Nos militants d’aujourd’hui, de vingt ans, seront demain avocats, fonctionnaires, notables, influents, entrepreneurs. L’objectif est simple. Conservez votre radicalité et montez l’échelle sociale, organisez vous pour demain mieux orienter la société dans notre sens. Je crois que nous sommes tous individuellement promis à un destin politique important dans les enjeux qui secoueront l’Europe dans cinq ou dix ans. Notre radicalité n’est pas un obstacle, bien au contraire. La fenêtre d’Overton se déplace chaque jour. Des gens comme nous, demain, seront des députés ou des ministres. L’Europe aura notre visage. Celui de cette jeunesse radicale, joviale et souriante, qui n’aura pas compromis ses idéaux. Notre refus du cynisme sera récompensé, les injures d’aujourd’hui seront nos honneurs de demain.
Breizh-info.com : La radicalité est diabolisée, pourtant vous l’assumez à visage découvert, comment distinguer une radicalité « bâtisseuse » d’une radicalité stérile ?
Raphaël Ayma : La radicalité bâtisseuse est disciplinée, professionnelle, stratégique. Trop d’institutionnels confondent radicalité et inefficacité politique. Le problème n’est pas ce que nous sommes, parce qu’en fait, nous sommes relativement normaux, des jeunes de la vingtaine qui n’acceptent pas la folie ambiante du monde. Et nous sommes sains, socialement, individuellement, moralement. Je crois que le problème c’est notre absence de méthode, de cohérence et d’unité dans l’action. C’est quelque chose qui change. Il faut fixer un point, un objectif, le regarder, ne pas le lâcher des yeux et avancer jusqu’à lui sans s’arrêter. Rester fidèle à des principes, faire grandir nos idées en même temps que nous grandissons comme hommes ou comme femmes. Nous avons pour la plupart vingt ans, le monde de demain est à nous.
Breizh-info.com : Message final à nos lecteurs, quel est le mot d’ordre pour la génération qui refuse de se coucher ?
Raphaël Ayma : « Je sais qu’en tapant toujours sur le même clou, on peut faire s’écrouler une maison. L’histoire nous en fournit l’exemple : le refus y a toujours joué un rôle essentiel. Les Saints, les ermites mais aussi les intellectuels, les quelques personnes qui ont fait l’histoire sont celles qui ont dit non, et pas les courtisans et les valets des cardinaux. Pour être efficace, le refus doit être total. » (Pier Paolo Pasolini)
Je ne crois pas en la « sagesse » : je pense que l’on est plus proche de la vérité à vingt ans, quand nos yeux brillent, que nos visages sont jeunes et que nous ne sommes pas usés, qu’à quarante, quand la vie nous a rattrapé et nous a fait oublier nos idéaux de vingt ans. Ils confondent radicalité et droiture. Nous allons gagner parce que notre cause est juste.
Propos recueillis par Matisse Royer
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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