À Brest, la campagne municipale a brusquement basculé dans la tambouille la plus cynique. Distancé au premier tour par Stéphane Roudaut, arrivé en tête avec 30,24 % des voix, le maire socialiste sortant François Cuillandre, crédité de 23,80 %, a choisi de se maintenir en se jetant dans les bras de La France insoumise, dont la liste menée par Cécile Beaudouin a recueilli 15,39 %. En quelques heures, ce qui était encore présenté comme impossible est devenu réalité : une fusion entre socialistes, écologistes et insoumis, au prix de toutes les contradictions, de tous les reniements et de toutes les humiliations.
Le plus révélateur n’est d’ailleurs pas seulement l’accord lui-même, mais la vitesse avec laquelle il a été conclu. Ce dimanche encore, une telle alliance paraissait inimaginable. Ce lundi, elle était ficelée. En réalité, tout cela confirme une vérité simple : quand le pouvoir municipal vacille, les grands principes disparaissent.
Une alliance de survie, pas une alliance de conviction
Ce rapprochement n’a rien d’un projet cohérent pour Brest. Il s’agit d’une opération de survie politique. François Cuillandre ne s’allie pas avec LFI parce qu’il aurait soudain découvert une communauté de vues profonde avec les Insoumis. Il le fait parce qu’il a peur de perdre. Tout le reste n’est qu’habillage.
Car enfin, que met-on ensemble dans cette coalition de circonstance ? Des socialistes qui, hier encore, tenaient LFI à distance. Des élus et militants qui se sont affrontés sur le futur stade Arkéa Park, sur la gratuité des transports, sur la sécurité, sur la manière de gouverner la ville. Et surtout un maire sortant qui, pour tenter d’enrayer sa chute, consent à offrir douze places éligibles dans les quarante premiers noms à la formation de Jean-Luc Mélenchon.
Douze places. Voilà le prix du maintien.
Les Insoumis, eux, ont parfaitement compris le rapport de force. Partis de sept places proposées, ils ont fait monter les enchères et imposé leur poids. Ils n’entreront certes pas officiellement dans l’exécutif, promet-on. Ils auront leur groupe autonome, voteront comme bon leur semblera, joueront les “vigies constructives”. Mais cette fiction ne trompe personne : si Cuillandre l’emporte grâce à eux, la majorité municipale sera politiquement otage de LFI.
Le grand écart sur la sécurité
Cette fusion est d’autant plus grotesque qu’elle intervient après un revirement majeur de François Cuillandre sur la sécurité. Pendant des années, le maire sortant avait refusé la création d’une police municipale, expliquant que ce n’était pas au maire de suppléer l’État. En 2022 encore, il s’y opposait clairement. En 2024, il moquait le “concours Lépine de la police municipale”. Et voilà qu’en janvier 2026, sentant le vent tourner, il promet soudain 50 policiers municipaux.
Ce revirement était déjà un aveu de faiblesse. L’alliance avec LFI le transforme en caricature. Car La France insoumise, elle, reste hostile à cette orientation. Brest assiste donc à un spectacle absurde : un maire sortant qui retourne sa veste sur la sécurité pour rattraper son retard, puis s’allie avec une formation qui combat cette ligne.
Dans ces conditions, qui peut encore croire à la sincérité de François Cuillandre ? Qui peut croire qu’un tel assemblage produira autre chose que de la paralysie, des querelles internes et du marchandage permanent ?
Le retour des vieilles figures de l’extrême gauche brestoise
Mais il y a plus grave. En s’alliant à LFI, François Cuillandre ne conclut pas seulement un accord électoral abstrait. Il réouvre la porte à tout un milieu militant dont Brest connaît depuis longtemps les outrances, les provocations et le sectarisme.
Parmi les noms qui réapparaissent dans le paysage figure notamment celui de Julie Le Goïc, figure bien connue de l’activisme d’extrême gauche brestois. Or chacun se souvient des polémiques qui ont entouré cette élue. En 2016, Breizh-info avait révélé le tweet ignoble qu’elle avait publié quelques heures après l’assassinat islamiste du père Hamel, tournant en dérision le prêtre égorgé. À l’époque déjà, le scandale avait été immense. Et déjà, François Cuillandre s’était signalé par sa prudence embarrassée, refusant de condamner avec toute la netteté qu’exigeait pourtant la gravité des faits.
Ce n’était pas un simple “dérapage” isolé. C’était le symptôme d’une culture politique faite de haine antichrétienne banalisée, de militantisme agressif, de provocations permanentes et d’impunité morale. Julie Le Goïc, par ailleurs, s’était aussi illustrée dans l’agitation migratoire et les coups de force militants à Brest. C’est ce milieu-là, encore une fois, que le système Cuillandre consent aujourd’hui à réintégrer dans son périmètre, du moment que cela peut sauver le fauteuil du maire.
La gauche modérée humiliée, la gauche radicale récompensée
Il y a dans cette séquence une leçon plus large. À chaque fois, la gauche dite modérée explique qu’elle doit faire barrage, rassembler, empêcher la droite de gagner. Et à chaque fois, ce “rassemblement” se fait dans un seul sens : vers l’extrême gauche. Ce sont les modérés qui se couchent. Ce sont les plus radicaux qui imposent leurs conditions. Ce sont les socialistes qui avalent leurs promesses d’hier. Et ce sont les Insoumis qui avancent.
La preuve en est déjà donnée par les départs et les crispations à gauche même. Le PRG a refusé cette alliance. D’autres, chez Place publique ou ailleurs, regardent l’opération avec dégoût. On les comprend. Car il ne s’agit pas ici d’une union de convictions, mais d’un cartel de conservation du pouvoir.
François Cuillandre voulait-il vraiment éviter une victoire de la droite ? Sans doute. Mais plus encore, il voulait éviter sa propre défaite. À force de tout ramener à sa survie personnelle, il offre à LFI ce qu’elle n’aurait jamais obtenu seule : une centralité politique et des élus en nombre.
Un système à bout de souffle
Le plus frappant, au fond, c’est que cette fusion révèle un système usé jusqu’à la corde. Après un quart de siècle de pouvoir municipal, François Cuillandre ne propose plus une vision. Il assemble des morceaux. Il bricole. Il additionne des voix. Il achète du temps. Il promet à tous ce qu’il refusait hier encore. Et il appelle cela la démocratie locale.
Mais Brest mérite mieux qu’un maire accroché à son poste au point de s’acoquiner avec ceux qu’il tenait hier pour infréquentables. Brest mérite mieux qu’une majorité introuvable où les socialistes promettent la police municipale pendant que leurs nouveaux alliés la combattent. Brest mérite mieux qu’une coalition où les ambitions individuelles et les calculs de boutique tiennent lieu de projet.
En vérité, cette alliance PS-LFI n’est pas un front républicain, ni un élan de rassemblement. C’est un aveu. L’aveu qu’à Brest, le système Cuillandre n’a plus de souffle, plus de boussole, plus de colonne vertébrale. Il ne lui reste qu’une obsession : durer. Même au prix du déshonneur politique.
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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