« Marine Le Pen est élue présidente de la République. » C’est sur cette phrase que s’ouvre « Marine 2027-2032. Anatomie d’un quinquennat », un ouvrage de près de 600 pages signé Mathieu d’Orval, encore à l’état de manuscrit. Le soir du 2 mai 2027 à 20 heures, l’auteur commence une expérience de pensée qui va durer 5 ans : que se passerait-il si la candidate du Rassemblement national gouvernait vraiment ?
L’auteur ne se cache pas derrière une neutralité de façade. Dès la 1re page, il assume sa joie devant la victoire qu’il décrit. Mais le livre n’est ni un tract ni une hagiographie. Il le présente comme un 3e futur, entre celui que rêvent les partisans de Marine Le Pen et celui que redoutent ses adversaires : un futur où le budget, les juges, les partenaires étrangers et les délais existent, et où les convictions doivent les affronter.
Un gouvernement de la rupture
Le manuscrit compte 85 chapitres répartis en 6 parties. Les premières décrivent la prise du pouvoir. Jordan Bardella s’installe à Matignon et un gouvernement composé de figures connues du RN se met au travail :
- Économie : Jean-Philippe Tanguy ;
- Budget : Matthias Renault ;
- Industrie : Alexandre Loubet ;
- Affaires étrangères : Sébastien Chenu ;
- Armées : Frank Giletti ;
- Justice : Jean-Paul Garraud ;
- Éducation nationale : Roger Chudeau ;
- Agriculture : Hélène Laporte ;
- Intérieur : Fabrice Leggeri, ancien directeur de Frontex, choisi précisément parce qu’il connaît la complexité de la politique migratoire.
L’ouvrage passe ensuite en revue, ministère par ministère, chacun des grands dossiers : dette, sécurité, justice, défense, immigration, nationalité, école, santé, retraites, logement, énergie, agriculture, outre-mer, numérique. Il consacre une partie aux grandes réformes (pouvoir d’achat, fiscalité, référendum, Constitution) et une autre à la place de la France dans le monde, de Bruxelles à Pékin en passant par Moscou, Alger et Jérusalem.
Partir des chiffres réels
L’auteur s’appuie sur des données réelles. La présidente imaginaire hérite d’une dette publique de 3 595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB à la mi-2026, d’un déficit de 5,1 % du PIB et d’une procédure européenne pour déficit excessif. « S’il existe un domaine dans lequel je refuse absolument de réécrire rétrospectivement le point de départ, c’est celui des finances publiques », prévient-il. Après le 1er budget, la trajectoire devient celle de la présidente ; après 5 ans, l’héritage ne peut plus servir d’excuse.
Ce qui reste et ce qui change
Dans ce scénario, la France de Marine Le Pen reste dans l’Union européenne et dans l’euro. Elle cherche à modifier l’Union de l’intérieur, par des coalitions entre gouvernements, au nom d’une « Europe des nations ». Elle reste aussi dans l’OTAN, tout en renforçant le pilier européen de la défense. Sur l’Ukraine, elle maintient son soutien à Kiev sans fermer le dialogue avec Moscou, une ligne qui contribue, selon l’auteur, à l’armistice qu’il situe en 2032. Elle conserve même la reconnaissance de l’État palestinien héritée de son prédécesseur, en l’assortissant d’exigences très strictes sur la sécurité d’Israël.
Sur l’immigration, le livre décrit une politique « plus restrictive et davantage sélectionnée », pas une fermeture totale. Les naturalisations sont durcies et les expulsions mieux exécutées, mais la France continue d’accueillir des étudiants, des chercheurs et certains travailleurs, notamment en raison du vieillissement de la population. Les peines planchers sont instaurées pour certaines récidives, en laissant au juge une marge de décision motivée.
Ce qui a échoué
L’intérêt du livre tient à son honnêteté sur les échecs. Il en dresse la liste :
- une dette insuffisamment réduite ;
- des déserts médicaux toujours là ;
- un logement encore tendu ;
- des inégalités scolaires persistantes ;
- un narcotrafic affaibli mais pas éradiqué ;
- une surpopulation carcérale qui demeure, puisqu’une politique pénale plus ferme remplit aussi les prisons.
Un chapitre est même consacré aux mesures qui n’ont jamais pu être appliquées dans leur forme maximale : la priorité nationale absolue dans tous les domaines, la primauté automatique du droit français sur le droit européen, la TVA à 5,5 % sur toutes les énergies et tous les carburants, l’exécution de 100 % des obligations de quitter le territoire, la disparition des déserts médicaux en 5 ans. Le référendum d’initiative citoyenne exige, lui, une révision de la Constitution, que le Sénat peut bloquer.
Ce qui a fonctionné
Parmi les réussites, l’auteur retient avant tout une méthode : traiter ensemble l’industrie, l’énergie, la formation et la fiscalité. Il cite aussi la réduction de certaines dépendances stratégiques, une lutte contre le narcotrafic tournée vers l’argent des réseaux, l’attention portée à l’exécution réelle des décisions, la reconstitution des capacités militaires et la relance du nucléaire, dont une partie des effets reviendra aux gouvernements suivants. Mais presque aucun de ces succès, souligne-t-il, ne correspond exactement à la mesure telle qu’elle avait été promise : les politiques qui marchent sont celles qui ont été corrigées sans perdre leur objectif.
Le RN changé par le pouvoir
Le dernier chapitre s’intéresse au RN lui-même. En 5 ans, le parti de contestation forme une génération de responsables qui savent diriger un ministère, négocier un règlement européen et arbitrer un budget. Il parle désormais de calendrier, de priorités et d’arbitrages plutôt que d’application immédiate. L’auteur y voit l’apprentissage du pouvoir, pas une conversion au système. Dans son épilogue, il conclut que Marine Le Pen garde l’essentiel de ses priorités, de la souveraineté à la maîtrise migratoire en passant par le nucléaire et la démocratie référendaire. Ce qu’elle perd, ce sont « les illusions de simplicité ». La thèse du livre tient en une formule : « La campagne sélectionne les problèmes. Le pouvoir doit les additionner. »
Un guide de référence rapide et un glossaire complètent l’ouvrage.
Le scénario n’a rien d’invraisemblable sur le plan judiciaire. Le 7 juillet 2026, la cour d’appel de Paris a condamné Marine Le Pen à 3 ans de prison, dont 1 an ferme sous bracelet électronique, et à 100 000 euros d’amende dans l’affaire des assistants parlementaires européens du FN. Sa peine d’inéligibilité a été ramenée à 45 mois, dont 30 avec sursis, et elle l’a déjà purgée, puisqu’elle avait commencé dès le jugement de 1re instance en mars 2025. Reste en suspens la date de la décision de la Cour de cassation.
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