Des lycéens demeurés ou l’échec d’une génération (et pas celle que l’on croit) [L’Agora]

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Les émeutes lycéennes – qui n’ont plus de lycéen que le nom – ont mis la France à feu et à sang. Le bilan comptable de cette poussée d’acné collective ? Plus de 750 policiers et 200 manifestants blessés, 78 enseignants transformés en cibles mouvantes et 24 établissements scolaires partiellement ou totalement réduits en cendres. Coût de la bravade ? Quelque 40 millions d’euros. Tout cela pour défendre des revendications qu’on nous dit légitimes, mais devenues totalement inaudibles, noyées dans la casse et le saignement de nos oreilles à l’écoute du trop grand nombre de manifestants incapables d’aligner trois mots de français correct – toute catégorie sociale confondue.

Que jeunesse se passe… vs réalité

Certes, il faut que jeunesse se passe. L’ardeur, l’impétuosité, le manque de retenue et l’illusion de la toute-puissance sont le propre de l’adolescence. Quoi de pire en effet que ces jeunes mous, apathiques, anxieux de tout, bêtement ravis d’imiter les Hikikomori japonais qui s’enferment dans leur chambre pour éviter toute interaction et signent par là même leur renoncement à la vie ? Face à cette déchéance passive, la rébellion contre l’autorité est infiniment plus saine (entendons-nous bien : je n’évoque pas ici des racailles de banlieue ou des casseurs professionnels venus piller, détruire, agresser profs et passants, mais des élèves qui manifestent). Or, ce que nos intellectuels en chambre et nos profs « cool » – les premiers complices du désastre – refusent de comprendre, c’est que cette rébellion exige des limites pour avoir du sens (1). Sans un mur de « non » érigé par les adultes, la transgression tourne à vide ; elle n’a plus aucun sens.
Malheureusement, l’enthousiasme que l’on pourrait éprouver face à une telle jeunesse qui descend dans la rue et donc renoue avec le commun,  s’évapore à la première interview : le vide abyssal des propos tenus laisse pantois. Comment prétendre défendre des classes surchargées ou des locaux vétustes en y mettant le feu ? Une fois la fumée éteinte, il ne reste que la complainte larmoyante sur les emplois du temps trop lourds. Nos chères têtes blondes pleurnichent qu’on leur en demande trop, alors que le classement PISA et toutes les études de niveau démontrent l’effondrement intellectuel programmé de l’école française. Ils se plaignent qu’on leur en demande trop, mais la vérité est qu’on ne leur en demande pas assez.
Quant à la litanie des droits, que dire… Ils exigent le droit à ceci ou le droit à cela, mais ce n’est ni la clim, ni des locaux flambant neufs qui garantissent le seul droit fondamental : celui de recevoir une instruction de qualité. Le vrai coupable, c’est le sabotage d’une Éducation nationale qui a renoncé à leur apprendre à lire, à compter ou à penser. Tout est objet de plainte chez ces manifestants, sauf l’essentiel. Ils exigent tout et n’importe quoi, nous assomment de slogans débiles, mais rejettent le savoir, l’effort et cette discipline indispensable pour s’élever — à commencer par la discipline envers soi-même.
Or, comment leur en vouloir ? Peut-on vraiment reprocher à ces enfants-rois de ne pas savoir réfléchir quand l’école – et les parents – ont sciemment oublié de leur apprendre à le faire ?

Ce que nous avons fait…

Avouons-le : s’il nous semble avoir été moins bêtes qu’eux à leur âge — ce qui est plausible, vu que nous savions au moins lire et nous concentrer plus de trente secondes d’affilée —, la responsabilité de ce gâchis incombe à notre propre génération.

Qui leur sert quotidiennement le refrain des droits par-ci, des droits par-là, sans jamais évoquer les devoirs ? Qui a collé un écran entre les mains de ces chérubins dès la maternelle ? Qui laisse des gamins de douze ans se faire décérébrer par les algorithmes toxiques de TikTok, par des influenceurs cons comme des manches à balai et une pornographie en libre accès, sans lever le petit doigt ? Qui ose encore s’imposer sans craindre de froisser la petite sensiblerie de son rejeton ?

Pour incarner le parent « cool », par simple ou sous prétexte stupide qu’« il faut bien vivre avec son temps », des générations de parents ont bazardé l’autorité. Cette autorité qui guide, qui forme, qui élève, est désormais estampillée « fasciste ». On en voit le résultat aujourd’hui. Exit la culture de l’effort et de l’excellence, on a même renoncé à s’améliorer : « Venez comme vous êtes », qu’ils disent…

Sans oublier ce narcissisme exacerbé du « moi, je ». Ce lorgnage exclusif sur son propre nombril est le produit direct de notre époque. Comment ces jeunes auraient-ils pu évoluer autrement ?

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… et ce que nous n’avons pas fait

Ces jeunes ne sont que notre miroir en pire : l’incarnation parfaite de notre démission parentale. Nous avons abandonné l’éducation de nos enfants à un corps enseignant massivement acquis aux dogmes gauchistes – déconstruction des normes sociales, culture de l’excuse et du moindre effort, déresponsabilisation, culpabilisation des Européens, etc – trop heureux de fuir nos propres responsabilités, comme nous avons abandonné à une classe politique pourrie jusqu’à l’os la faculté de prendre les décisions, toutes les décisions, pour la société.

Notre génération aurait dû au moins bloquer le pays en 2005 quand le verdict du référendum sur la Constitution européenne a été cyniquement piétiné par le pouvoir. Nous devrions au moins descendre dans la rue à chaque fois qu’un de nos enfants est sacrifié sur l’autel du fiasco multiculturaliste, et à chaque nouvelle vague d’immigration qui menace la survie de notre pays. Nous devrions au moins nous faire entendre à chaque fois que des milliards s’envolent vers l’Ukraine pendant que nos services publics crèvent. Nous devrions au moins faire bloc derrière nos agriculteurs asphyxiés par les traités de libre-échange scélérats et derrière nos ouvriers condamnés au chômage par les délocalisations.

Alors, que cette génération — la nôtre et celle qui nous a précédés — ne vienne pas offrir des leçons de morale au spectacle désolant de sa descendance perdue dans un monde de plus en plus hostile. Des leçons de morale creuses, puisqu’elle n’a, jusqu’à présent, rien fait d’autre que lui préparer le terrain…
Mais terminons par une note positive : s’il est très tard, il n’est pas trop tard. Pour descendre dans la rue, pour commencer à s’engager et reprendre notre destin en main. L’avenir de la France ne dépend que de cela : que les hommes et les femmes de notre pays cessent d’être les spectateurs de leur propre déclin pour redevenir les acteurs de leur histoire.

Audrey D’Aguanno

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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