À la fin du mois de mai 1940, alors que l’armée française vacille sous les coups de la Wehrmacht, une idée surgit dans l’urgence : transformer la Bretagne en bastion de résistance afin de maintenir le gouvernement libre et poursuivre la guerre depuis l’Empire. Ce « réduit breton », longtemps relégué aux marges de l’histoire officielle, constitue le cœur du dernier ouvrage de François Gatineau, Résister à l’Ouest (édition l’Artilleur). À travers archives départementales, témoignages et relectures stratégiques, l’auteur revient sur ces journées décisives où l’effondrement militaire s’est doublé d’une paralysie politique. Il interroge les responsabilités, les renoncements et les occasions manquées d’un État déjà gagné par l’idée de défaite.
Breizh-info.com : Votre livre revient sur l’idée du « réduit breton » proposée fin mai 1940. Pourquoi ce projet, qui n’était pas absurde sur le plan stratégique, n’a-t-il jamais réellement été mis en œuvre ?
Ce concept était loin d’être absurde mais il a été imaginé trop tard. Le 29 mai c’était déjà trop tard pour construire une ligne de défense de 200 km. De surcroit, comme le général Weygand a freiné « des quatre fers » rien n’a été entrepris sur le plan militaire. Les instructions du gouvernement aux préfets ont été à la fois tardives et imprécises.
Breizh-info.com : Vous décrivez quinze jours d’hésitations et de paralysie au sommet de l’État. Peut-on parler d’effondrement politique avant même l’effondrement militaire ?
L’effondrement militaire et l’effondrement politique sont concomitants. A compter du 25 mai, soit 5 jours après sa prise de fonction, Weygand tous les matins au Conseil de guerre il martèle qu’il faut négocier avec l’ennemi, totalement appuyé par Pétain. A compter du 10 juin il demande un armistice et les hommes politiques qui entendent cela se laissent gagner par cette idée de la défaite, à l’exception de De Gaulle et Mandel.
Breizh-info.com : Paul Reynaud, Weygand, Darlan… Les principaux responsables semblent ne pas s’opposer frontalement au projet, mais rien n’aboutit. S’agit-il d’indécision, de rivalités internes ou d’une absence de volonté réelle de continuer la guerre ?
29 & 30 Mai, Weygand ne s’oppose pas au projet. 31 Mai, Darlan le complète en incorporant Cherbourg. A partir du 1er Juin, Pétain et Weygand comprenant que l’idée de Reynaud est de replier le gouvernement en AFN, à compter de ce jour ils s’y opposent d’abord secrètement, en ne bougeant pas, et ensuite frontalement. Dès cette date, l’entente Pétain – Weygand est à l’oeuvre et ils anticipent que tous les revers militaires à venir en juin vont conduire à la démission de Reynaud. Ils ne vont donc rien faire de manière à précipiter sa chute.
Breizh-info.com : Le réduit breton devait permettre une liaison avec les Britanniques et un repli vers l’Afrique du Nord. Peut-on considérer qu’il s’agissait d’une alternative crédible à l’armistice ?
Oui cette alternative était totalement crédible. La France disposait d’un Empire et le gouvernement aurait pu s’y installer. Reynaud a manqué de volonté sur ce point. Autant le réduit breton était voué à l’échec sur un plan purement militaire, autant il était pertinent pour permettre au gouvernement d’éviter la capture et à certaines forces armées d’éviter d’être prisonnières.
Breizh-info.com : Les combats de Saumur, Lorient, Brest ou Cherbourg restent peu connus du grand public. Pourquoi ces derniers affrontements héroïques de juin 1940 ont-ils été relégués au second plan dans la mémoire nationale ?
Bonne question ! Rappelez-vous le livre de Jean Amouroux : « Quarante millions de Pétainistes » Après la guerre tout le monde a voulu oublier, voire gommer Juin 40. La « poignée miraculeuse » des résistants, comme les appelle l’historien Georges Marc Benamou a été oubliée. Dans votre travail, vous croisez témoignages et archives.

Breizh-info.com : Avez-vous découvert des éléments inédits qui remettent en cause la version classique de l’effondrement de 1940 ?
La cause de l’effondrement est multi factorielle et les différentes archives départementales consultées abondent dans ce sens. Par exemple le 15 juin en Bretagne on creuse des tranchées au sortir des écoles pour protéger les élèves des bombardements …. ou bien on distribue des masques à gaz alors que les Allemands n’utilisent pas des gaz (comme en 14-18) mais des Panzers …. Toutes les archives locales confirment l’effondrement national.
Breizh-info.com : La Bretagne aurait-elle pu devenir un bastion de résistance durable, ou le projet était-il condamné dès le départ par la rapidité de l’avance allemande ?
Le bastion n’était pas durable. De Gaulle est clair à ce sujet dans « L’Appel » . Mais le bastion aurait permis au gouvernement de partir tout d’abord en UK et ensuite en AFN. Outre le gouvernement, tous les bâtiments de la Marine Nationale auraient pu regagner l’AFN. Pareil pour tous les avions de l’Armée de l’Air. C’est d’ailleurs ce qui se passera les 17, 18 juin où le gouvernement Pétain enverra 2000 avions militaires à Alger pour les sauver.
Breizh-info.com : Vous évoquez des troupes « abandonnées à elles-mêmes ». Comment expliquer que des unités aient combattu avec une telle détermination alors même que le pouvoir politique semblait déjà résigné ?
Les troupes abandonnées à elles-mêmes étaient mal commandées à l’exemple des généraux Huntziger et Corap. Il faut cependant ne pas les accuser car ils n’ont fait qu’appliquer les directives ineptes du GQG: Gamelin tout d’abord, Weygand ensuite. Pour celles qui ont bien combattu, cela tenait exclusivement à la personnalité de leurs chefs qui n’ont pas hésité à braver les consignes ineptes de soumission que le GQG voulait imposer pour atteindre un armistice au plus vite. Votre livre s’inscrit dans une trilogie sur l’effondrement de 1940.
Breizh-info.com : En quoi Résister à l’Ouest apporte-t-il une clé de lecture supplémentaire pour comprendre cette séquence tragique ?
Mon premier livre « Les 3 jours » était uniquement à caractère politique et j’avais évoqué le réduit breton souls l’angle d’un projet politique avorté. J’ai eu des dizaines de commentaires de lecteurs qui m’ont tous dit n’avoir jamais entendu parler du réduit breton …. et c’est que qui m’a donné l’idée de me pencher sur cet épisode. Au-delà de l’histoire militaire, votre étude interroge la capacité d’un pays à tenir dans l’épreuve.
Breizh-info.com : Que nous dit l’épisode du réduit breton sur la solidité – ou la fragilité – de l’État français face à une crise majeure ?
Le réduit breton n’a jamais existé car il a été improvisé en pleine guerre. La guerre de 1940 fut perdue car elle fut menée par des militaires septuagénaires dont le modèle était la première guerre mondiale. La classe politique fut aussi incapable que les militaires à anticiper la crise majeure qui couvait depuis plusieurs années à Berlin.
Daladier a défendu becs et ongles le généralissime Gamelin qui était un incapable. Son successeur Reynaud est l’homme qui rappelle à la fois Pétain et Weygand ….. ses futurs « fossoyeurs « (selon Pertinax) Adepte du « en même temps » Reynaud appelle de Gaulle ……. mais il ne l’écoute pas Face à la crise majeure de l’époque, aussi bien les militaires que les politiques ont fait preuve de cécité. Un seul militaire avait vu juste, Charles de Gaulle, et un seul politique partageait ses vues, Georges Mandel. C’est quand même bien peu pour une nation de 40 millions de français.
Propos recueillis par YV
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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