À quelques semaines du Salon de l’agriculture et à l’approche des élections municipales, le mouvement Terre de Liens publie la cinquième édition de son rapport sur l’état des terres agricoles en France, intitulé Agriculture et alimentation : une faim de démocratie locale. Le constat est sévère : la France dispose des terres nécessaires pour nourrir sa population, mais son organisation agricole l’en empêche de plus en plus.
Une agriculture puissante… mais déconnectée des besoins locaux
Selon le rapport, 70 % des fermes françaises relèvent d’un modèle intensif et commercialisent exclusivement en filières longues, majoritairement tournées vers l’exportation ou l’industrie agroalimentaire. Près de la moitié des terres agricoles produisent pour les marchés extérieurs, tandis que 43 % des surfaces seraient dédiées à l’exportation.
Cette spécialisation dessine une carte agricole éclatée : grandes cultures dans le Bassin parisien, élevages intensifs dans l’Ouest, monocultures viticoles ou arboricoles ailleurs. Résultat : des territoires capables de produire massivement certaines denrées, mais incapables de répondre à l’ensemble des besoins alimentaires locaux.
Le rapport souligne ainsi que la moitié des départements disposent d’une capacité de transformation alimentaire insuffisante au regard de la consommation de leur population, alors même que leur potentiel nourricier en surfaces est parfois excédentaire. L’exemple de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur est éclairant : malgré une agriculture dynamique, seuls 12 % des besoins alimentaires de la population seraient couverts par la production régionale.
Des campagnes surproductives, mais des habitants en précarité
Le paradoxe est d’autant plus frappant que la précarité alimentaire progresse. Huit millions de personnes déclarent ne pas toujours avoir assez à manger. Plus de 21 000 communes ne disposent d’aucun commerce alimentaire, soit 62 % d’entre elles.
Dans le même temps, la concentration des productions entraîne une pression accrue sur les sols, l’eau et la biodiversité. Un quart de la population vit dans une commune où les traitements pesticides ont augmenté ces cinq dernières années. Les collectivités doivent ensuite financer des traitements de l’eau coûteux, supportés in fine par les ménages.
À cette pression environnementale s’ajoute un effondrement du tissu agricole. Entre 2020 et 2023, 40 000 fermes ont disparu. La taille moyenne des exploitations est passée de 28 hectares en 1988 à 68 hectares en 2020. Les terres restent agricoles, mais les fermes familiales disparaissent, absorbées par des structures plus grandes et plus mécanisées.
Démocratie alimentaire : un rendez-vous manqué ?
Le rapport insiste également sur la question démocratique. La loi d’orientation agricole de 2025 définit la souveraineté alimentaire sous l’angle productif et exportateur, sans évoquer explicitement le droit des citoyens à définir leur système alimentaire.
Les projets alimentaires territoriaux (PAT), créés en 2014 pour territorialiser l’alimentation, se sont multipliés (450 recensés), mais la participation citoyenne y reste limitée et les actions relevant réellement de la « démocratie alimentaire » ne représentent qu’une part marginale.
Pour Terre de Liens, l’enjeu dépasse la seule production. Il s’agit de reconnecter agriculture, transformation et consommation à l’échelle des bassins de vie, de soutenir des filières locales de transformation, et d’orienter le foncier vers une agriculture nourricière et diversifiée.
Municipales 2026 : un levier local décisif ?
Le rapport s’adresse clairement aux futurs élus municipaux. Urbanisme, restauration collective, gestion de l’eau, soutien aux filières locales : les collectivités disposent de leviers juridiques et politiques pour agir.
À travers l’exemple de communes ayant acquis des terres pour installer des maraîchers bio ou structuré des filières de proximité, Terre de Liens défend l’idée qu’une relocalisation partielle des systèmes alimentaires pourrait renforcer l’emploi agricole et agroalimentaire, améliorer l’accès à une alimentation de qualité et préserver les ressources naturelles.
En creux, le rapport pose une question politique : la France veut-elle continuer à produire toujours plus pour exporter, au risque de vider ses territoires et d’importer ce qu’elle consomme, ou redonner aux terres agricoles une vocation d’abord nourricière ?
À l’heure où des centaines de milliers de conseillers municipaux vont être renouvelés, la bataille des terres et de l’alimentation pourrait bien se jouer, non pas dans les grands discours nationaux, mais dans les conseils municipaux et intercommunaux.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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