Iran. Dans quel piège les États-Unis sont-ils tombés? (L’Agora)

L’attaque de l’Iran apparaît comme une sorte de va-tout. Nous pouvons nous demander quel aura été l’intérêt des États-Unis dans cette guerre. De manière éclatante elle met en évidence une contradiction absolue avec les intentions précédemment émises par le président Trump. Il n’a cessé de les répéter, dans ses discours, dans le document National Security Stratégy (la doctrine Trump), dans son désir affiché de paix en Ukraine, ou de les mettre en avant dans son souhait d’obtenir le prix Nobel de la paix, ou encore dans sa propre création, pour Gaza et le Proche et Moyen-Orient, du Conseil de la Paix, le Board of peace. Il faut souligner également que la guerre de douze jours avait cessé parce que les États-Unis considéraient les objectifs suffisamment traités et qu’il n’y avait que des désagréments à poursuivre cette opération. Elle se situait bien dans la même optique que l’opération brève et sans risque contre la présidence vénézuélienne. Elle demeurait en dessous du seuil capacitaire de l’armée étatsunienne et n’hypothéquait pas la nouvelle doctrine. Mais un engagement aussi important et lointain que celui du début de ce début de mars 2026, discrédite les attendus abondamment affirmés de la doctrine Trump.

En géopolitique la nature d’un gouvernement n’est pas déterminante pour déclencher un conflit contre lui. Bien des dictatures existent dans le monde sans pour autant que les relations diplomatiques et économiques aient cessé avec elles. Il serait surprenant que les relations internationales répondent de nos jours, davantage que par les passé, à des considérations morales. Les accusations de terrorisme demeurent accessoires. Depuis longtemps l’Iran, comme d’autres États du Golfe et quelques entités, soutiennent ce type d’action, sans naturellement que les États n’avouent ce qui pourrait être considéré comme un acte de guerre. Pas plus que l’accusation de trafic de drogue dans l’affaire Maduro au Vénézuéla, la volonté exprimée de lutte contre le terrorisme ne tient pas. Il s’agit d’un faux prétexte.

La légèreté avec laquelle les États-Unis se sont engagés dans ce conflit ne peut qu’étonner. Les grands alliés n’ont pas été officiellement prévenus. Il est vrai qu’ils auraient tout fait pour éviter cette guerre, étant parfaitement conscients de ses conséquences déstabilisatrices, non seulement pour la région, mais également pour un monde aux relations économiques imbriquées. L’ONU a été contournée. Ce qui signifie que le Droit international se voit bafoué. Ce n’est pas la première fois. Bien entendu Washington ne pouvait courir le risque inévitable d’un véto. La Chine et la Russie n’auraient pas hésité à l’utiliser. Quant au Royaume-Uni et à la France, sans ajouter leur véto, ces deux puissances auraient exprimé leurs très fortes réserves.

Si nous essayons d’analyser ce conflit au plan géopolitique, nous n’y découvrons aucun intérêt, bien au contraire. Chine, Russie et plus généralement les BRICS+, se voient confirmés dans leur méfiance à l’égard des États-Unis et dans leur souhait de les ramener à une juste dimension. Nous pourrions aussi supposer, dans cette affaire orientale, la poursuite de la tradition impérialiste étatsunienne de contrôle de la production pétrolière. Cet argument ne tient pourtant pas dès lors que les États-Unis ont retrouvé leur autonomie de production. Nous pourrions également penser que cette action extrêmement lourde et coûteuse, vise l’approvisionnement en hydrocarbure de la Chine qui reçoit 80 % de la production pétrolière iranienne. Nous pourrions mettre cette intention dans le prolongement de l’opération au Vénézuéla dont la Chine était aussi un client majeur dans ce domaine. Mais l’argument, là non plus, ne tient pas quand nous regardons les possibilités de rétorsion de la Chine et l’importance des moyens engagés pour un hypothétique bénéfice. Les États-Unis, comme la plupart des États dits occidentaux, sont tributaires des productions industrielles chinoises et surtout des terres rares raffinées dont ce pays détient un quasi monopole. Quant à la Russie, elle reçoit, certes, une approbation politique et des drones, de la part de l’Iran; mais cette arme n’est pas déterminante dans le conflit ukrainien, d’autant moins qu’elle s’avère davantage la marque d’une proximité que d’un réel besoin. Dans un conflit avec l’Iran, les États-Unis nepeuvent avoir comme stratégie une simple banderille contre la Chine, mais ce sont bien eux qui prennent le risque d’un chantage à l’approvisionnement stratégique de la part de Pékin.

Bien plus délicate s’avère la contradiction entre la situation générale des États-Unis et les nécessités et énormes contraintes du conflit engagé, s’il devait durer.

Les États-Unis sont un pays malade. Leur société est fracturée, soumise à tous les facteurs de détérioration de son unité. Elle connaît le communautarisme, l’appauvrissement, la violence, l’accroissement des ravages de la drogue, de l’obésité, l’immigration, la baisse du niveau général de l’instruction, ou encore le déclin démographique notoire surtout dans la communauté blanche. Le pays subit une crise économique et spécialement financière. Avec une dette monstrueuse, il se trouve à la merci d’un effondrement du dollar. Il doit faire face à la dédollarisation accélérée que les BRICS+ conduisent avec efficacité. D’ailleurs le président Trump et son entourage ont tellement bien compris cette situation qu’ils ont voulu réorienter la politique du pays vers lui-même. C’est le « América first » ou encore le MAGA, bien décrits dans le corollaire Trump à la doctrine de Monrœ. Avec ce constat les interrogations sur cette intervention, en contradiction avec les orientations souhaitées, ne font que s’accentuer.

En conséquence des difficultés évoquées, ajoutons que l’armée étatsunienne se trouve dans une situation où elle n’est plus en mesure de répondre sans inquiétude au développement militaire de nombreuses puissances moyennes et encore moins de faire face à un ensemble qui regrouperait, de manière indirecte, Russie et Chine et quelques autres États, à l’instar de ce que fait l’OTAN en Ukraine. Le désengagement en Ukraine n’est rien d’autre que du réalisme. Ce conflit a épuisé les réserves de munitions tout à la fois des États-Unis et des membres de l’OTAN. La situation des arsenaux se montre tendue. Les provisions de missiles, de drones, de munitions lourdes, de systèmes anti-missiles, et de moyens de détection, se sont dangereusement réduits alors que du côté russe, en économie de guerre, les moyens bien plus performants que ceux de l’OTAN, sont de plus en plus engagés contre l’Ukraine. Ce différentiel de qualité et de quantité est aujourd’hui net. Il ne pourra être comblé qu’au prix d’un effort considérable de réformes, de recherche et d’investissements. Il nécessitera du temps et de profondes modifications de la pensée militaire et de l’organisation des industries de défense et de toute évidence un aggiornamento économique. Sous cet aspect le déclenchement de cette guerre contre l’Iran demeure aussi une grande interrogation.

Il faut ajouter qu’un certain nombre de hauts responsables militaires étatsuniens ont averti les autorités politiques de l’état des armées et du risque que représenterait un conflit long. Perspective au demeurant impossible car cette intervention si elle devait se prolonger nécessiterait l’aval du Congrès et la démonstration que l’Iran représentait une menace pour les États-Unis. Ce n’est absolument pas le cas. J’ajoute que certains commentateurs, fins connaisseurs de l’armée étatsunienne pour y avoir servi et s’y intéresser toujours, expliquent que cette armée, malgré des effectifs encore nombreux, ne pourrait mettre à terre que des forces de l’ordre de 120 000 hommes. face aux effectifs des gardiens de la Révolution et de l’Armée régulière iranienne, c’est insignifiant. En réalité l’action, comme à l’accoutumée, avec ce pays ne peut reposer que sur les bombardements et l’espoir fumeux d’une révolte contre le régime. Qui plus est la population étatsunienne se montre à 75% hostile à cette guerre. Le président Trump ne peut ignorer ces aspects. Une guerre longue s’avère impossible ou extrêmement risquée.

Alors pourquoi cette aventure ?

Il faut sans hésitations regarder du côté du gouvernement israélien dont la destruction de l’Iran des mollahs est l’objectif. Sans nul doute Netanyahou a exercé une considérable pression pour mettre le président Trump en contradiction avec sa propre philosophie politique. Il s’est appuyé sur le groupe de pression juif et pro-sioniste aux États-Unis représenté par l’AIPAC. Ce lobby a fait dire autrefois aux roi Hussein de Jordanie que « les États-Unis ne peuvent se mouvoir qu’à l’intérieur des limites concédées par l’AIPAC et par Israël. » Trump, proche du milieu juif, n’a pu que céder aux demandes d’Israël et des financiers. En réalité l’État profond, combattu par Trump, le deep state, incluant le système bancaire Rothschild, largement à l’origine de l’État hébreux, a piégé le président et son administration. Notons que 20% des plus grandes fortunes étatsuniennes sont détenues par des familles de religion juive, alors que les juifs ne comptent que 6 millions de personnes dans la population du pays. Leur action au profit d’Israël est soutenue par la partie bibliste des WASP, se considérant comme le « second peuple élu ». Mais au nom de quoi Israël a t-il impliqué les États-Unis dans ce conflit alors qu’il est assuré de leur protection?

En fait les justifications se trouvent dans l’idée qu’Israël se fait de son rôle et de la menace qui pèse sur lui. Il veut demeurer la première puissance régionale. Il ne peut donc admettre de contestation. Or l’Iran aux ambitions nucléaires avérées, était sur le point de franchir un seuil avant la guerre de douze jours, du moins c’était l’intention propagée. Il était donc indispensable de ruiner définitivement cette ambition. Israël, pour sa survie, se devait de rester la seule puissance nucléaire de la région. La détention en solo de l’arme nucléaire, dans un non-dit contribuant à la dissuasion, contribue de toute évidence à sa sécurité. Ce principe ne pouvait souffrir de contestation. Pourtant, au cours des négociations antérieures au déclenchement de l’agression, les Iraniens avaient accepté de confier l’uranium enrichi à une puissance tierce. Israël n’a pas voulu croire à la sincérité des négociateurs iraniens. Une autre idée, sous-tendant la politique d’Israël à l’égard de ses voisins, se trouve également dans un autre non-dit. Il s’agit de l’espoir de la reconstitution du Grand Israël, allant « du Nil à l’Euphrate ».

Dans cette vision de sa situation sécuritaire il se pourrait que Netanyahou, pour convaincre Trump, ait menacé d’employer l’arme nucléaire. Ce chantage expliquerait l’engagement sans fondement des États-Unis…

Dans les faits, la puissance de l’Iran a été sous-estimée. « Décapiter » un régime à un moment donné, ne peut pas mettre à terre une organisation politique et idéologique en place depuis 47 ans, d’autant moins que le système politique et religieux se présente fortement hiérarchisé et organisé, mais que les décisions se prennent de manière concertée. Dans tous les pays et de tout temps, le règlement d’emploi des forces prévoit que si tous les chefs sont morts ou disparus, le soldat le plus courageux ou le plus apte assure le commandement. Dans un système politique il en est de même. Avant que tous les mollahs et tous les chefs militaires et para-militaires aient disparu, de l’eau coulera dans le Jourdain…

Je crois aussi que les Israéliens malgré la qualité du Mossad et de tous les appuis renseignement dont ils disposent, ont commis le pêché d’orgueil. Ils ont sous-estimé leur adversaire. Or l’Iran, héritier de la Perse, est une nation solide et ancienne. Contrairement aux annonces occidentales, elle est pleinement impliquée dans l’évolution du monde. Elle ne saurait produire des matériels militaires aussi performants s’il s’agissait d’un peuple arriéré. C’est, à titre d’exemple, un pays qui forme, par an, plusieurs milliers d’ingénieurs dans les domaines les plus avancés. Les jeunes échangent sur internet. Une nation de 90 millions d’habitants, soudée par 3000 ans d’histoire, ne s’attaque pas à la légère. C’est pourtant ce qui semble s’être passé. Enfin, les États-Unis, Israël et plus globalement le dit-Occident, ont prêté à la population iranienne une pensée « européenne ». C’était évidemment absurde. Ils ont ainsi provoqué la mort de dizaines de milliers de personnes en suscitant une révolte qui ne pouvait pas entraîner la majorité de la population. Si cette majorité n’est pas islamiste, elle demeure fidèle à son pays et se montre logiquement hostile à toute ingérence étrangère. Il faut ajouter que ce pays musulman chiite, considéré comme terroriste, reçoit dans le Madjlès, le parlement, des représentants des minorités confessionnelles zoroastriens, juifs, chrétiens chaldéens et assyriens et arméniens. Ce n’est évidemment pas une démocratie, mais ce n’est pas non plus un absolu totalitarisme.

Pour les mêmes raisons les capacités de défense du pays ont été également sous-estimées. Pourtant les analystes étatsuniens, eux-mêmes, ont reconnu que l’Iran possède le plus grand stock de missiles balistiques du Moyen-Orient. Soit environ 3000 missiles balistiques, dont la moitié de moyenne portée pouvant atteindre Israël. Il dispose de drones et de missiles de croisière. Ce pays possède aussi un des meilleurs système au monde de défense aérienne avec du matériel fourni par la Russie et la Chine. Le S300 lui permet de défendre ses sites stratégiques dans un rayon de deux cents kilomètres. L’effectif de ses forces se monte à 755 000 hommes dont une forte partie, les gardiens de la révolution, montre une fidélité sans faille au régime. L’Iran peut évidemment recevoir des coups mais il peut également faire mal. Il n’est donc pas étonnant que les bases étatsuniennes dans la région aient été touchées par des drones ou des missiles. Ce type d’action présente un double aspect. Il s’agit pour l’Iran de montrer que ses forces sont loin d’être négligeables, mais aussi de faire comprendreaux États du Golfe recevant ces bases que leur protecteur n’est pas aussi puissant qu’ils imaginent.

La question inévitable se pose… Que peut-il se passer?

Au regard des contraintes constitutionnelles pesant sur Trump, de la situation générale du pays, de l’hostilité de la population à cette aventure, de l’état des forces armées, et du risque géopolitique et humain, il serait risqué pour Trump d’aller bien plus loin que l’engagement actuel. Si tous ces paramètres sont effectivement pris en considération par l’administration étatsunienne, il est fort probable que le butoir de l’opération soit la nécessité d’obtention de l’approbation du Sénat à l’entrée en guerre, soit après deux mois d’engagement. Il est vraisemblable qu’un argumentaire hypocrite sera vite avancé expliquant que les objectifs sont atteints. En revanche l’image de Trump auprès de sa population et dans le monde risque d’en pâtir …

Cette affaire sera sans nul doute le révélateur de la faiblesse des États-Unis qui n’ont jamais gagné une guerre hormis au XIXème siècle dans leur environnement immédiat. Leur discrédit dans le monde ne fera que s’accroître. Il s’agit peut-être du chant du cygne, ou plutôt du pygargue, l’aigle emblème des États-Unis.

Henri ROURE

Illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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