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Ce qu’il y a de bien, avec Alain de Benoist, c’est qu’il est puissamment intelligent.
Donc, lorsqu’il fait paraître un nouveau livre, on y trouve toujours du grain à moudre, de quoi nourrir sa propre réflexion et le dernier paru n’y contrevient pas.
La première partie de l’ouvrage, intitulée « Le nouvel ordre moral » montre comment la logique libérale et son processus universel de marchandisation a inversé l’ancienne morale mais pour aboutir à une emprise beaucoup plus puissante sur l’ensemble des comportements.
La niaiserie et le psittacisme remplacent la pensée, le compassionnel et la victimisation généralisée remplacent l’attention concrète aux hommes concrets, sans oublier toutes les contradictions de tant de bonnes intentions (dont il ne faut jamais oublier qu’elles pavent l’enfer) qu’il croque avec verve : « On achète des voitures ‘écologiques’ sans s’interroger sur l’utilité même de la voiture (ou sur le fait qu’un million de voitures peu polluantes pollueront toujours plus que cent voitures traditionnelles). » Plus en profondeur, il s’interroge sur le refus de la discrimination, terme qui désignait à l’origine une opération intellectuelle visant à distinguer les uns des autres les êtres et les choses et devient aujourd’hui l’immoralité suprême, le mal en soi.Cela fait longtemps qu’Alain de Benoist monte au créneau contre le refus de l’altérité et la recherche effrénée du semblable, du même. Il introduit dans ce texte préliminaire un nouveau concept, celui de mêmeté. A défaut d’être euphonique, ce néologisme frappe l’esprit et, si l’on abrite comme moi les démons de la SF et de la BD, évoque les êtres quasi transparents ou mercuriels, interchangeables, foules où rien ne distingue l’un de l’autre qu’on trouve parfois associés aux déserts extraterrestres ou aux cavernes démoniaques. Reprenant le concept de Nouvelle Classe, il note qu’elle « entend domestiquer le peuple parce qu’elle en a peur, et elle en a peur parce que ses réactions sont imprévisibles et incontrôlables. Pour remédier à cette peur, elle cherche à en inculquer une autre au peuple : la peur de déroger aux normes, de penser par soi-même, de se rebeller contre le désordre établi. » La suprême habileté des nouveaux moralistes : faire appliquer la censure par les censurés eux-mêmes, qui l’intériorisent.
Cela commence par un assez bref historique du mouvement féministe tel qu’il s’exprime surtout en Amérique du nord (Etats-Unis et Canada) et en France. Alain de Benoist souligne les divergences internes entre féministes différentialistes et féministes égalitaires, les contradictions et les excès qui, comme toute hubris, aboutissent au ridicule. En écho, relire le vieux Blaise : « L’homme n’est ni ange ni bête et le malheur veut que qui veut faire l’ange » – par exemple en déclarant que toute forme d’hétérosexualité est une aliénation de la femme, sans même parler de la maternité – « fait la bête » !Sans reprendre l’analyse très détaillée qu’il fait de ces mouvements et de leurs débats souvent assez âpres, mieux vaut laisser au lecteur le plaisir de les découvrir et d’en goûter tout le suc dans le livre, notons tout de même que, loin d’aboutir à une ligne politique claire et à un projet de société cohérent, le féminisme lorsqu’il se radicalise devient un haut lieu de la cacophonie. J’aurais parfois la dent plus dure que lui dont on sent qu’il se borne souvent à en rire mais c’est peut-être que, dans son adolescence de garçon, il n’a pas goûté la férocité des luttes entre filles, certes comme il le note le plus souvent verbales – il est rare qu’on aille jusqu’à la gifle – mais plus mortelles que les coups de poing.
Une de mes amies qui a longtemps vécu aux Etats-Unis me faisait remarquer il y a quelques années que, sans le savoir, les WASP alors dominants se soumettaient aux fonctions que les Amérindiens avaient attribuées aux divers lieux. Ainsi Manhattan restait un sas, une porte d’entrée. Ainsi Los Angeles, où les Amérindiens allaient déposer leurs maladies en particulier mentales, s’en débarrasser, est-elle devenue à la fois le lieu de prolifération de toutes les folies et d’obsession de la psychothérapie.
Or chez les sédentaires cultivateurs de maïs, Hopis ou Navajos, le système de parenté est matrilinéaire et matrilocal. L’homme va vivre chez son épouse. Pour les effets psychologiques sur les mâles, je renverrais à l’un des classiques de l’ethnologie, Soleil hopi*. D’autre part, chez les Indiens des plaines, on trouve toute une tradition de l’inversion, du changement social de sexe, ritualisée dans ces cultures traditionnelles.L’actuelle féminisation d’une partie des USA correspond assez bien, dans ses revendications comme dans ses effets, à un retour vers ce mode sociétal amérindien. Le plus étonnant, d’ailleurs, c’est que les anciens conquérants puritains marqués par le patriarcat biblique ou venus de cultures machistes comme en Italie se soient transformés comme s’ils étaient imprégnés à leur insu de l’inconscient collectif des peuples autochtones qu’ils avaient largement exterminés.Il y a là un phénomène qui mériterait une étude plus poussée. En Europe, les choses me semblent plus complexes et plus lentes à bouger en dehors de la mince pellicule de journalistes, de politiciens et d’universitaires de l’EHESS qui parle très fort et imagine des lois dans une indifférence de plus en plus coléreuse de « la France d’en bas ». Elisabeth Badinter a le verbe haut, mais qui l’écoute ?
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