9,90€, 96 pages, une question en couverture : où sont les hommes ? La revue Éléments consacre son numéro d’été, le 221e depuis 1973, à ce que la sociologie appelle pudiquement la crise de la masculinité, et que le débat public traite généralement à coups de tribunes indignées ou de virilisme numérique. Le sommaire, lui, prend le contrepied des deux.
Un dossier qui ne fait pas de cadeau au masculinisme
L’entrée en matière annonce la couleur. David L’Épée ouvre le dossier avec un texte intitulé « Faux durs », qui aligne six raisons de ne pas devenir masculiniste. Le même auteur signe plus loin une charge contre « ces hommes qui détestent les hommes ». Autrement dit : la revue refuse simultanément la caricature virile vendue par les influenceurs de la manosphère et le discours de contrition permanent qui tient lieu de position officielle dans les médias.
Entre les deux, Laurent Schang interroge la figure du super-soldat contemporain et ses éventuelles filiations avec les héros antiques, Xavier Eman s’attaque à l’horizon d’une androgynie bienheureuse présentée comme un progrès, et Thomas Gerber revient sur l’époque où les héros de cinéma avaient encore les mains sales. La thèse implicite du dossier tient dans cette dernière observation : la disparition d’un certain type de héros masculin à l’écran n’a pas produit des hommes meilleurs, elle a produit des hommes désorientés.
En ouverture de numéro, l’entretien accordé par Leonardo Orlando prolonge le sujet sur un autre terrain, celui de la théorie du genre, que le chercheur ramène à ce qu’il qualifie de terreplatisme — la formule est acide, elle est aussi assumée.
Belfast : les émeutes anti-immigration vues de l’intérieur
À la page 34, dans la rubrique « Le combat des idées », les lecteurs d’Éléments trouveront une signature qui leur est peut-être moins familière qu’aux nôtres : celle de Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-Info, sous le titre « Quand les émeutes anti-immigration rallument Belfast ».
Le sujet n’est pas traité de loin. Notre rédacteur en chef est l’auteur de l’un des seuls ouvrages en langue française consacrés à l’unionisme et au loyalisme nord-irlandais, et il s’est rendu à plusieurs reprises dans les quartiers concernés — Shankill, Sandy Row, Tigers Bay — pour y recueillir directement la parole d’habitants que la presse britannique n’interroge généralement que pour illustrer un propos déjà écrit.
Ce que l’on comprend de ces quartiers protestants ouvriers déborde largement la question migratoire prise isolément. On y trouve la crainte du déclassement, le sentiment d’un abandon politique après trente années de processus de paix, une jeunesse minée par les addictions, et des anciens combattants paramilitaires laissés sans aucun suivi. Les tensions liées à l’immigration s’inscrivent dans ce terreau, elles ne l’ont pas créé. C’est précisément le genre de nuance qui disparaît des dépêches de vingt lignes.
Que ce travail trouve place dans une revue d’idées parisienne dit quelque chose d’utile sur la circulation des sujets : l’Irlande du Nord n’intéresse la presse continentale que lorsqu’elle brûle, et rarement au-delà de la photographie d’un pneu enflammé.
Le reste du sommaire, ou l’éclectisme comme méthode
Éléments ne serait pas Éléments sans la dispersion revendiquée de ses rubriques. Alain de Benoist ouvre le numéro par un éditorial sur le libéralisme autoritaire — thème qu’il travaille depuis des années et qui a le mérite de nommer une contradiction que peu d’analystes veulent regarder en face.
Le « combat des idées » est copieux. Laurent Vergniaud enquête sur la manière dont certains réseaux recrutent les jeunes filles les plus vulnérables au sein de l’Aide sociale à l’enfance, sujet que Breizh-Info suit également de près. Julia Schiwal exécute avec méthode un livre sur « l’empathie suicidaire », dont elle juge le concept excellent et l’exécution ratée. François de Voyer se demande sérieusement si la climatisation est de droite, ce qui est moins anecdotique qu’il n’y paraît à l’heure où le confort matériel devient un marqueur idéologique. Anthony Marinier plaide pour le peuple du vélo réel — celui des routes départementales — contre l’urbanisme des pistes cyclables métropolitaines.
Un ensemble consistant est consacré aux sorcières : Guillaume Travers sur les bûchers de la modernité, François Bousquet sur Mona Chollet, et Gabriel Piniés sur ce que l’on sait réellement des Amazones. Daoud Boughezala se rend à Cholet pour y ausculter une fatigue française, Christophe A. Maxime revient sur les liquidateurs de Tchernobyl.
À signaler surtout, pour qui s’intéresse à l’histoire des idées : la réédition annoncée du maître-ouvrage d’Armin Mohler sur la révolution conservatrice allemande, saluée par Antoine Dresse, complétée par une contribution de Dušan Dostanić sur cette période où, selon la formule retenue, la droite osait encore penser l’avenir. Ajoutons Thomas Hennetier sur Michel Clouscard et le capitalisme festif, Gérard Landry sur l’écrivain islandais Arnaldur Indridason, et Gabrielle Fouquet sur le vorticisme anglais de Wyndham Lewis, Ezra Pound et Henri Gaudier-Brzeska.
Une signature bretonne au sommaire
Les lecteurs bretons retrouveront enfin Bernard Rio, qui tient l’almanach des fêtes et traditions populaires et livre ce mois-ci un texte sur saint Michel avant saint Michel — soit ce que le culte du grand archange doit à des dévotions bien antérieures aux clochers qui lui sont dédiés. L’écrivain morbihannais, connu pour ses travaux sur les traditions populaires de la péninsule, y poursuit un travail patient de mise au jour des couches successives de la religiosité rurale.
Le numéro se referme sur la chronique d’Anjou de Jean-Eudes Gannat et les éphémérides habituelles.
Éléments n° 221, « La masculinité en crise », juillet 2026, 96 pages, 9,90 €. Disponible en kiosque et sur le site de la revue.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.
