Bonnets rouges : Christian Troadec rentre dans le rang ?

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14/11/2013 – 09H00 Rennes (Breizh-info.com) –« L’extrême droite n’a pas sa place parmi les Bonnets rouges ». Dans une interview donnée hier au quotidien Libération, Christian Troadec dénonce la récupération des Bonnets rouges par ce qu’il considère comme étant des individus appartenant à l’ « extrême droite ».

Cette interview laisse perplexe de nombreux observateurs : alors que depuis plusieurs semaines, salariés, chefs d’entreprises, artisans, pêcheurs, paysans, s’unissent toutes obédiences confondues pour la défense de l’emploi et contre une fiscalité asphyxiante, le principal meneur de cette fronde bretonne tente de diviser son propre camp. Lorsque le maire de Carhaix stigmatise les interpellés du onze novembre sur les Champs Élysées – parmi lesquels des Bretons montés à Paris pour dénoncer la politique de François Hollande -, lorsqu’il dénonce les électeurs du Front National et « les sympathisants d’extrême droite », il tourne le dos à une partie non négligeable de celles et ceux qui ont, qu’il le veuille ou non, garni les rangs de toutes les manifestations et actions de ces dernières semaines en Bretagne.

Un sondage publié par Valeurs Actuelles (07/11/2013) indique que 35 % des Bretons, hors Loire-Atlantique, se sentent « assez proches » ou « très proches » des idées du Front National contre 34 % pour l’ensemble de la France.

Pourquoi dès lors, le leader de cette révolte économique et sociale sans précédent se prend-il à faire du Mélenchon dans le texte – l’identité bretonne en plus – au risque de diviser profondément un mouvement contestataire qui, de par sa diversité et son mot d’ordre fédérateur – emploi et fiscalité – est à même de réunir toutes les sensibilités politiques?

Pour comprendre les raisons de l’engagement de Christian Troadec, il est intéressant de revenir sur le parcours de cet autonomiste de gauche – surnommé « le baron du Poher » – qui, durant sa jeunesse, n’avait jamais caché ses sympathies « plutôt de droite ». Mais pour être élu dans un secteur votant traditionnellement à gauche, comme le Poher, le fondateur des Vieilles Charrues a vite compris que les alliances et les négociations se passaient à gauche, voir très à gauche, raisonnement compréhensible à l’époque pour un militant engagé au service de la Bretagne et des Bretons. C’est ainsi que Christian Troadec a été élu maire de Carhaix en 2001 puis en 2008 sur une liste « gauche alternative » et également conseiller régional sous la même appellation, alliance entre « Les verts » et « L’Union Démocratique Bretonne ».

Dans une région fortement touchée par le chômage et la misère sociale dans les années 90 et début 2000, mais peu encore par l’immigration, l’insécurité ou encore la drogue, les scores électoraux des différents mouvements dits de droite dure ou d’extrême droite (des nationalistes bretons aux nationalistes français) n’ont jamais été significatifs.

Les mouvements de gauche en Bretagne ont ainsi régné de façon sans partage sur la vie culturelle, associative et politique de la région, les Bretons ne se sentant pas ou peu concernés par des problèmes qui existaient depuis des décennies dans le sud de la France ou dans les grandes villes françaises. Un député comme Marc Le Fur, représentant de la « droite populaire », semble aujourd’hui bien seul en homme de droite affirmé parmi l’ensemble des élus bretons.

Mais les maux des grandes villes et les conséquences de la crise mondiale, économique et sociale arrivant à grande vitesse, sur toute la Bretagne, désormais les attitudes changent et les Bretons sont désormais nombreux à ouvrir les yeux : la crise identitaire et sociale fait rage, les langues se délient, les idées évoluent : sauf pour Christian Troadec, manifestement resté dans le 20e siècle, enfermé dans son fief du Poher, et qui déclare vouloir parler « à la société dans son ensemble » tout en voulant regrouper « différentes sensibilités politiques, à condition qu’elles ne soient pas d’extrême droite. ».

Christian Troadec, de la création du festival des Vieilles Charrues à la lutte pour la sauvegarde de la maternité de Carhaix en passant par les luttes actuelles pour l’emploi en Bretagne, s’est toujours battu pour défendre et développer la Bretagne. Son statut de tribun et de combattant acharné lui a donné toute légitimité pour être le meneur naturel de la nouvelle contestation bretonne. A condition de ne pas tomber dans le piège que lui tend le pouvoir.

Or le mouvement des Bonnets rouges, parce qu’il est inclassable, dérange profondément la classe politique, médiatique et syndicale traditionnelle. Le gouvernement, avec Manuel Valls à la manœuvre, a bien compris le danger. Très habilement, comme il l’avait déjà fait au printemps dernier avec le mouvement anti-mariage gay, il agite l’épouvantail de l’ « extrême droite », un terme stigmatisant redoutablement efficace pour déconsidérer et paralyser un mouvement contestataire idéologiquement peu aguerri.

L’opération serait-elle en train de réussir ? Aujourd’hui le seul discours audible du maire de Carhaix est sa dénonciation de l’« extrême droite ». La crise économique bretonne, la défense de l’emploi, la lutte contre l’écotaxe sont passées au second rang. M. Valls peut bien dormir tranquille : concentré de politiquement correct, Christian Troadec, dépassé par l’ampleur qu’a prise le mouvement des Bonnets rouges, est semble-t-il rentré dans le rang. Un pari risqué, toutefois, pour le baron du Poher. Les échéances électorales en Bretagne dans les années qui viennent pourraient en effet connaitre des évolutions bien différentes de celles du passé.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2013, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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