Européennes : comment interpréter le vote régionaliste en Bretagne

bonnets rouges

27/05/2014 – 07H00 Bretagne (Breizh-info.com) –A l’occasion des élections européennes, un véritable test grandeur nature était possible pour les candidats autonomistes Bretons et régionalistes.
Ainsi, l’UDB, mais aussi le Parti Fédéraliste Européen et surtout « Nous te ferons Europe » de Christian Troadec se sont lancés dans la course, une dernière liste comprenant des indépendantistes bretons (breizhistance) s’étant noyée dans la désillusion électorale de son alliance avec l’extrême-gauche et le NPA en particulier.
Nous ne reviendrons pas sur les scores du Parti Fédéraliste Européen qui, malgré un programme très axé sur les régions et l’Europe, n’est pas parvenu faute de moyens financiers et de leader reconnu à dépasser quelques centaines de voix.

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Le match entre régionalistes se jouait donc entre l’UDB, qui avait mené une campagne dynamique et novatrice, avec un programme de gauche engagé et régionaliste et « Europe nous te ferons », menée par Christian Troadec, avec le Parti Breton, Breizh Europa et soutenue par de nombreux Bonnets rouges mais aussi par des mouvements indépendantistes Bretons de droite, comme Adsav!, le parti du peuple Breton.

Victoire Troadec

Il n’y aura en réalité pas eu de match, tant l’écart de voix entre la liste de Christian Troadec (76 022 voix et plus de 7% sur la Bretagne administrative + 4786 et 1,15% sur la Loire-Atlantique) et l’UDB ( 21383 voix et 2,02% en Bretagne administrative et 5800 voix et 1,39% en Loire-Atlantique) est important et la déculottée de l’UDB confirmée.
Cet écart ne peut s’expliquer par la campagne de terrain puisqu’à ce jeu c’est l’UDB qui a mené une campagne d’importance. La liste de Christian Troadec s’est contentée d’un petit blog, de quelques présences sur le marché et de communiqués Internet, tout en utilisant bien les réseaux sociaux.

Il trouve son explication en revanche dans l’analyse de la carte des résultats électoraux. La carte de France des communes mise à disposition sur le site 20minutes.fr laisse en effet entrevoir, en gris, fait unique en France, un fief de la taille d’un département quasi acquis à Christian Troadec.
Un fief méthodiquement construit autour de Carhaix, comprenant une grosse partie de la Cornouaille, mais aussi de l’Argoat, du Trégor et des Montagnes Noires. Un fief que Christian Troadec a réussi, au prix de nombreuses années d’implantation et de présence locale, à pérenniser. C’est pour ces raisons, ainsi que par un programme qui n’est « ni de gauche, ni de droite » et dans lequel   peuvent  se retrouver derrière l’idée Bretonne tout l’éventail des sensibilités, que Christian Troadec réalise sa performance électorale. Elle comptera incontestablement dans les prochaines échéances, notamment les régionales mais aussi les cantonales, certains cantons du Centre-Bretagne étant totalement acquis à M. Troadec.

Du mal à s’exporter en Haute-Bretagne

C’est  dans un parallélogramme – Guerlesquin (29) , Pommerit Le Vicomte (22) , Le Faouët (56), Briec (29) – que  M. Troadec arrive quasi systématiquement en tête. Il est d’ailleurs à noter que ses autres résultats retombent dans les scores « classiques » des mouvements régionalistes (entre 3 et 5 %). Ils diminuent au fur et à mesure que l’on va vers l’Est de la Bretagne. Les pires résultats sont réalisés en Loire-Atlantique, ce qui pourrait constituer un clair désaveu (tout comme pour l’UDB) pour une liste qui voulait mettre en avant la réunification bretonne.
Les scores cumulés (à peine 4%) des listes régionalistes en Loire-Atlantique sont en effet de très mauvaise augure en vue d’un  référendum sur la réunification bretonne.

Qu’en conclure : Le régionalisme, l’autonomisme, connaissent un net regain depuis l’épisode des Bonnets rouges dans le Finistère. Cet épisode a eu néanmoins du mal à s’exporter dans les autres départements Bretons, hormis à l’Ouest des Côtes d’Armor et du Morbihan. Ceci crée une vraie fracture entre Haute et Basse-Bretagne.
L’Ille et Vilaine et la Loire-Atlantique ne semblent pas concernés par cette volonté régionaliste bien que disposant, pour le premier, du siège du pouvoir régional . La disparition progressive de l’identité bretonne en Loire-Atlantique, voulue par les instances dirigeantes locales, ainsi qu’une hausse de l’immigration semblent en réalité en train d’éteindre progressivement le sentiment Breton de ce département, au grand désespoir des activistes Bretons.

Plusieurs questions se posent désormais, concernant les futures échéances :

– L’UDB, malgré sa défaite cuisante et quasi systématique lorsqu’elle ne s’allie pas avec les Verts ou le PS, va t-elle continuer son cavalier seul ?
– Christian Troadec peut t-il lancer un grand parti autonomiste Breton de droite ou de centre-droit qui fédère des énergies au delà de ses fiefs traditionnels en vue des élections régionales ? D’autres leaders vont t-ils émerger ?
– La stratégie « contre le Front National » que met en avant Christian Troadec paiera t-elle vraiment à l’heure du succès  du parti de Marine Le Pen dans le Morbihan et de sa progression partout en Bretagne ? Leurs électorats  ne sont t-ils pas finalement proches, attachés aux acquis sociaux, à une forme de protectionnisme et à la défense de leur identité et de leur sécurité, notamment contre la mondialisation ?

Nul doute que, dès à présent, les forces en présence vont préparer les stratégies et les actions à mener, alors que l’échiquier politique est totalement redistribué en Bretagne.

Photo : DR
Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

3 réponses

  1. Le sentiment breton ne s’éteint pas en Haute-Bretagne. Votre article est très pessimiste. Et très décevant vis-à-vis des militants bretons. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’en Haute Bretagne, la force et le rouleau compresseur de la Région PDL sont cachés partout. Que ce soit au niveau des élus qui dépendent des subventions de la région, que ce soit au niveau de la communication, que ce soit dans les médias PQR, partout, la Bretagne est dénigrée, occultée volontairement, dépréciée. Un seul exemple : le Festival Anna Vreizh n’est presque pas financé et va se dérouler à Vallet sans aucune communication autour de cet évènement alors que de nombreux groupes de danses et bagad du 44 seront présents. Pour le 500è anniversaire, Nantes aurait du accueillir ce festival avec fastes! Même la CCI se revendique maintenant des PDL. Nous avons besoin de médiaxs tels que les votres pour exister. il aurait été bien que le Télégramme aie une version de Haute-Bretagne car que ce soit sur Presse-Océan ou Ouest France, la Loire-Atlantique est abreuvée d’informations de la Mayenne et de la Sarthe et rien ne transparaît de la région Bretagne. C’est pareil pour FR3 PDL (et paut-être même pire). L’éducation nationale n’est aps en reste car elle ne parle jamais à nos enfants de l’histoire bretonne de Nantes et de la Loire-Atlantique. C’est une vraie souffrance et un désarroi qu’en plus la Basse-Bretagne aie le sentiment que la Haute Bretagne l’abandonne…
    Nous avons besoin les uns des autres. La résistance bretonne doit s’organiser au travers de médias comme les votres ou d’organisations comme Produit en Bretagne. Ne nous abandonner pas parce que les scores sont restés faibles en Loire-Atlantique. Le sentiment breton reste même s’il est moins fort que dans le Finistère.

  2. Plusieurs remarques.

    D’abord, dire « Cornouaille, mais aussi de l’Argoat, du Trégor et des Montagnes Noires » n’a pas de sens. La majeure partie de la Cornouaille est en Argoat qui, finalement, désigne tout ce qui n’est pas le littoral (Arvor), de même que les Montagnes Noires. Dire « Haute-Cornouaille et sud du Trégor » auraient suffi. Mais ça n’est que secondaire.

    Le plus important, à mon avis, est qu’on peut voir le vote Troadec comme l’incarnation très locale et bretonne de la vague européenne des populismes. Bien qu’étant du centre, alors que les listes populistes sont très à droite, elle n’en partage pas moins des caractéristiques communes : union autour d’un chef, vote populaire, prise de parole au nom du « peuple breton », programme minimum…

  3. Le programme de M. Troadec et celui du FN sont sans doute proches sur quelques (rares) points mais il y a un sujet qui les sépare radicalement : l’immigration. C’est ce qui fait qu’une bonne partie des régionalistes, autonomistes et indépendantistes votent pour le Front National (voir le sondage réalisé pour la revue  »Bretons » en 2012). En Bretagne, comme ailleurs, l’immigration devient une préoccupation prioritaire (71% des Français le pensent en 2014) que tous les partis, à l’exception du FN, ignorent superbement.
    Mr Troadec peut-il devenir le leader d’un mouvement régionaliste de  »droite » ? Il est permis d’en douter parce que s’il est libéral et favorable à l’Union Européenne, c’est à dire favorable au libre-échange, à l’immigration et à l’atlantisme, il est aussi plutôt libertaire au plan culturel, ce qui fait de lui plutôt un homme de gauche. De droite ou de gauche, peu importe en fait, car il n’y a que très peu de différences (et aucune différence essentielle) entre ces deux familles politiques.
    Mr Troadec continuera donc de ferrailler contre le FN et pour l’immigration, à droite ou à gauche, au côté de l’UMP, du PS et des autres partis du  »système ».

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