21/08/2014 – 07H00 Bretagne (Breizh-info.com) – Après avoir détaillé hier les différentes possibilités qui s’offraient à la maman pour vivre l’accouchement dans une maternité, nous nous penchons aujourd’hui sur les alternatives qui existent et qui tendent à se développer bien que mal acceptées par le corps médical traditionnel (qui a désormais un soucis de rentabilité économique).

Des alternatives intéressantes

Pour un accouchement naturel en milieu hospitalier : la salle physiologique

Certaines maternités disposent de salle physiologique, salle nature, pôle physiologique, ou encore espace physiologique de naissance. Elles sont destinées aux grossesses ne présentant pas de risques particuliers.

Dans ces lieux, pas de péridurale possible  : l’accouchement se fait naturellement donc avec une surveillance du rythme cardiaque fœtal intermittent, des positions que la mère choisit, des déambulations possibles et des bains de relaxations pour détendre les muscles. 

Ces espaces sont intégrés dans la maternité pour qu’en cas d’urgence la mère et/ou son bébé puissent être transférés dans les services adéquats qui se situent dans le même établissement.

En Bretagne, six maternités disposent de cette installation :  

Centre Hospitalier Broussais de Saint-Malo 

C.H.R.-hôpital Sud de Rennes

Centre Hospitalier de Chateaubriand

Clinique Jules Verne de Nantes

Centre Hospitalier de Lannion Trestel 

Centre Hospitalier des pays de Morlaix (salle de prétravail avec baignoire et ballon)

(source CIANE juillet 2013 http://ciane.net/Ciane/SallesNatures)

Et pourquoi pas dans l’eau ? 

Les accouchements aquatiques sont aujourd’hui couramment pratiqués dans plusieurs pays d’Europe dont les Pays-Bas, la Belgique, le Royaume-Uni, et ailleurs dans le monde au Canada ou encore en Australie.  

En France seules 8 maternités le proposent dont le Centre Hospitalier de Guingamp concernant la Bretagne.

L’association française de Naissance aquatique (AFNA) évoque sur son site Internet tous les bienfaits de ce type d’accouchements par rapport aux accouchements non aquatiques : taux de césariennes et d’épisiotomie moins élevés, diminution du besoin de péridurale chez la femme, du recours aux forceps ou ventouse, diminution du temps d’accouchement et de l’intensité des contractions. 

Le ressenti des mères est également positif, car c’est un choix décidé, non imposé. 

Ce type d’accouchement ne s’impose pas encore en France rencontrant des obstacles notamment par les gynécologues obstétriciens qui mettent en avant un manque d’Études sur le sujet et une potentielle dangerosité pour le fœtus d’être en contact avec des micro-organismes pathogènes rejetés dans l’eau par la mère.

http://www.accouchement-dans-leau.com

accouchement

Le label « amis des bébés »

Pour obtenir ce label, une maternité doit respecter 12 recommandations principalement relatives à la favorisation de l’allaitement maternel, à la cohabitation mère – enfant et au peau à peau dès la naissance. 

En 2012, 50 % des maternités possèdent ce label au Danemark, 45 % en Irlande, 30,8 % au Royaume-Uni et 3 % en France.

Fin 2013, en France on compte 20 services labellisés, dont 2, en Bretagne :  

Centre hospitalier de Ploermel labellisé en 2011 pour 5 ans.

Centre hospitalier de Vitré labellisé en 2013 pour 5 ans.

On pourrait donc penser que ces maternités laissent un peu plus de place à l’écoute de la mère que les autres. À noter que d’autres hôpitaux n’ayant pas ce label peuvent également avoir une politique d’encouragement de l’allaitement.

Accoucher à domicile (AAD)

Aux Pays-Bas ce sont près de 34 % des accouchements qui se déroulent à domicile que ce soient des accouchements inopinés ou des accouchements accompagnés par une sage femme.

En France, c’est 1 %.

Il est légal d’accoucher à domicile avec une sage-femme libérale ayant effectué le suivi global de la femme enceinte. Des listes sont disponibles sur Internet, mais elles changent régulièrement. En effet, les sages femmes pratiquant l’AAD sont rares : peu d’assureurs concèdent à assurer cette pratique. Quant aux autres, leurs tarifs d’assurance responsabilité civile professionnelle proposent des tarifs invraisemblables: au minimum 20 000 euros à 25 000 euros/an. En 2008, le revenu mensuel moyen des sages-femmes libérales est estimé par le gouvernement à environ 28 000 euros/an.

Certaines sages-femmes libérales exercent donc sans assurance professionnelle spécifique à l’accouchement à domicile. Dans ce cas, les parents consentent à ce que, en cas de problème, leur recours envers la sage-femme soit limité à la hauteur des biens personnels de cette dernière.

Plateau technique (PT)

Une autre solution intéressante est la mise à disposition par une maternité, d’une salle d’accouchement pour une sage femme libérale et sa patiente.

Sauf que là encore le problème de l’assurance responsabilité civile professionnelle se pose…

De plus, les hôpitaux sont frileux à ouvrir leurs « plateaux techniques » aux sages-femmes libérales et les modalités administratives pour celles-ci sont lourdes.

La liste des sages-femmes adhérant à l’Association Nationale des Sages Femmes Libérales pratiquant l’accouchement à domicile (ou ayant accès à un plateau technique) est disponible ici  et là 

La maison de naissance 

La maison de Naissance est une institution de santé autonome et indépendante sous la responsabilité de sages femmes. Ce lieu ne concerne que les grossesses physiologiques. Elle fonctionne en lien avec le système de santé existant : services gynécologiques, obstétricaux, pédiatriques, néonatals afin de pouvoir rapidement intervenir en cas de besoin.

Sa particularité est que la femme enceinte bénéficie d’un accompagnement global : elle est suivie par la même sage femme de sa grossesse, à l’accouchement et même après. Les autres sages femmes sont également présentées afin que la femme soit entourée d’un personnel connu le jour de l’accouchement.

Ces structures existent déjà en Allemagne, Suisse, Australie, Italie, Espagne, mais pas en en France, car illégales. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) s’oppose à la mise en place de ces Institutions pour des raisons de sécurité. Selon eux, la mère et l’enfant doivent être le plus proche possible d’une structure hospitalière en cas de besoin d’intervention d’urgence. Voilà pourquoi les projets pilotes français sont tous accolés à un hôpital et les femmes ne restent dans la maison de naissance que durant le travail, mais accouchent dans la maternité attenante. On ne peut donc pas à proprement parler de « maison de naissance ». 

Le jeudi 28 novembre 2013, la proposition de loi de la sénatrice Muguette Dini (UDI) a été approuvée par l’Assemblée nationale et autorise les maisons de naissance à titre expérimental pendant une durée de 5 ans.

En Bretagne, il semblerait que l’association « maisounaiton » voit aboutir leur projet expérimental de maison de naissance en juin 2015.

Quelques données sur l’accouchement à domicile qui amènent à réflexion : 

Dans son livre « le guide la naissance naturelle », la sage femme Ina May Gaskin nous livre les données sur les accouchements qu’elle a pratiqués dans son village nommé « The farm » aux États-Unis. Durant l’accouchement les femmes peuvent boire ou manger comme elles le souhaitent, elles n’ont pas de possibilité de péridurales et la femme est soutenue tout le long de son travail par plusieurs sages femmes. En milieu familier et encouragée par des professionnels qu’elle connait, les accouchements qui se déroulent sans complications sont plus nombreux.

Au cours des années 1970 à 2010, le village a recensé 2844 grossesses. Les résultats sont surprenants :

Sur la totalité des accouchements, 94,8 % ont eux lieu à domicile, seuls 5,2 % des cas ont dû être transférés à l’hôpital. 

Sur les accouchements à domicile* :

un total de 1,7 % de césariennes

96,8 % d’accouchement par voie basse suite à un premier accouchement par césariennes

0,37 % de recours aux forceps

0,04 % de recours aux ventouses

1 % de dépression post partum

un taux de 100 % d’allaitement

La moitié des femmes ont souhaité boire et 1 femme sur 3 a souhaité manger durant le travail.

Aucune mortalité maternelle n’est recensée et 1,7 pour mille de mortalité néonatale (enfants nés vivants, mais décédés entre la naissance et le 28e jour de vie) 

*pour avoir une idée voici quelques donnée concernant les accouchements en hopitaux:

– 14 % des mères souffrirait d’une dépression postnatale. (étude publiée dans « JAMA Psychiatry”)

– 69 % sont allaités à la naissance (2012 France étude Epidémiologie en France de l’alimentation et de l’état nutritionnel des enfants pendant leur première année de vie 

– 2,3 pour 1000 de mortalité neonatale (2010 France Inserm)

Faire un choix conscient

Un accouchement est unique et doit être fait selon les besoins individuels de la mère. À elle de faire des choix conscients, de bien se renseigner sur la politique de l’hôpital où elle souhaite accoucher, de faire part de ses souhaits au personnel médical et surtout de ne pas douter de sa capacité à accoucher naturellement, les interventions médicales ne devant servir qu’en cas d’incidents graves.

Cécilia Bosson

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