Les Editions Perrin ont publié le 16 octobre un ouvrage intitulé « La dynastie rouge. Corée du Nord 1948-2014 » écrit par Pascal Dayez-Burgeon. Agrégé d’histoire, diplomate, directeur adjoint de l’Institut des sciences de la communication du CNRS,  celui-ci a résidé en Corée de 2001 à 2006, pays à qui il a déjà consacré plusieurs livres, dont une Histoire de la Corée.

Dans cet ouvrage, il dresse le portrait de la dynastie Kim qui, bénéficiant notamment des conséquences du début de la « guerre froide », a pu prendre le pouvoir en Corée du Nord en 1948 avec à sa tête Kim Il-sung, dirigeant de 1948 à 1994. Lui ont ensuite succédé son fils Kim Jong-il, décédé en 2012, puis le benjamin Kim Jong-Un, dont la récente disparition pendant 40 jours a provoqué un petit vent de panique dans son pays.

L’ouvrage, de 320 pages, permet de comprendre les rouages de cette dynastie Kim érigée au rang de Dieu vivant par le peuple nord-coréen, non sans une bonne dose de répression et de propagande en tout genre. Si l’auteur n’exprime aucune complaisance vis à vis de ce régime, on sent néanmoins son côté « vieux communiste » qui ressort, pour expliquer que ce régime n’est en réalité plus vraiment communiste, mais presque fasciste et nationaliste (!) et cela afin de tenter de dédouaner une idéologie qui aura fait des centaines de millions de victime au cours du 20ème siècle.

Certes, la situation nord-coréenne n’est pas aussi simple que ce que voudraient faire croire les médias et responsables politiques occidentaux, épouvantés de voir qu’un régime autoritaire puisse résister et perdurer à ce point dans le temps. Là où certains affirment que sans la Chine, le régime ne tiendrait pas une année de plus, notamment économiquement, l’auteur – bien informé, démontre que la longévité de la dynastie repose également sur la croyance du peuple nord-coréen en la force d’un sauveur, d’un guide, pour un peuple qui a enduré, depuis des siècles, de nombreuses souffrances. La référence à l’histoire, à la construction géographique et identitaire de la Corée est d’ailleurs omniprésente dans l’ouvrage. Les relations ambiguës entretenues avec les frères ennemis du Sud sont également parfaitement décrites et démontrent qu’il n y a pas le bien d’un côté et le mal de l’autre, selon la théorie chère aux Américains.

Si les Kim sont aujourd’hui considérés comme des Dieux vivants, et adorés en ce sens, n’en est-il pas, finalement, de même avec d’autres religions dans le monde, pour laquelle les croyants sacrifient, écoutent, obéissent et même tuent ?

C’est bien la question qui peut ressortir après lecture de cet ouvrage passionnant, sur un des régimes de la planète les plus fermés au monde extérieur, comme une volonté de se protéger du point de vue nord-coréen, comme une volonté d’enfermer et de maintenir son peuple en esclavage pour le reste du monde.

Les années à venir, avec un Kim Jong-Un instable, quasi obèse, capricieux, et détesté par de nombreux officiers qu’il a écarté (notamment ceux qui étaient trop proches de Pekin qui voient d’un relativement mauvais oeil le fils de Kim jong-il) , seront décisives et pourraient voir la donne changer dans ce pays qui possède par ailleurs l’arme nucléaire.

Une chose semble certaine en refermant ces pages : cette dynastie communiste, devenue quasiment monarchie de droit divin, n’aurait pas pu survivre sans le consentement d’une large partie de son peuple. Pour le plus grand malheur des opposants et des dissidents qui disparaissent en nombre, ou fuient, quand ils en ont l’opportunité.

La dynastie rouge – Corée du nord 1948-2014, Perrin, 24 euros

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