Livre « Réunifier la Bretagne ». Yves Lebarhy n’est pas historien

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15/05/2015 – 08H30 Bretagne (Breizh-info.com) – Sept membres du collectif « géographes de Bretagne » et un dessinateur caricaturiste (Nono) ont uni leurs efforts pour rédiger et illustrer « réunifier la Bretagne » (Skol Vreizh, premier trimestre 2015). Que des universitaires apportent avec vigueur leur concours à la défense des intérêts bretons, le fait mérite d’être salué.
Malheureusement, ces esprits scientifiques ne peuvent s’empêcher de sombrer dans les travers du Mouvement breton.
Le plus fameux consistant à mettre sur le dos du maréchal Pétain la responsabilité de la division de la Bretagne. En réalité, cette division existait avant 1940 et elle s’est perpétuée après 1945.

Yves Lebahy, agrégé de géographie, enseignant du master professionnel d’aménagement maritime et littoral à l’université de Bretagne-Sud-Lorient, président de l’association « Géographes de Bretagne » n’est pas historien et ça se voit. Il écrit donc : « En cela, l’amputation en 1941 de la Loire-Inférieure, n’est qu’un épiphénomène à l’échelle du temps long : elle n’en reste pas moins un traumatisme. Ce redécoupage sera toujours vécu comme une agression . Car cette ablation relève d’une défiance profonde de l’Etat français à l’égard d’une « province » qu’il craignait. La Loire-Inférieure, ouvrière et progressiste au début du 20ème siècle, pouvait contaminer le reste de la Bretagne par ses idées sociales. Il fallait s’en détacher.
C’était aussi l’occasion de mieux assujettir la région à un ordre centralisé » (page 25).

Fort logiquement, une caricature de Nono vient appuyer cette déclaration. On y voit un vieux militaire (Philippe Pétain) montrant la carte de Bretagne et déclarant : « Loire Inférieure parce que bretonne et communiste ! Elle va contaminer le reste de la Bretagne ! ». Tout est dit.

Pourtant, dans un article du 2 juillet 2014 intitulé « Non, Pétain n’a pas séparé la Loire-Atlantique de la Bretagne » j’avais déjà expliqué ce qu’il en était réellement :

Si tous les découpages régionaux sans exception, ont séparé Nantes et Rennes, la délimitation territoriale change d’un débat à l’autre. Le premier est l’oeuvre d’un ministre du commerce nommée Etienne Clementel. Il crée les groupements économiques régionaux (5 avril 1919) pour reconstruire le pays et de réorganiser l’économie. Le groupement économique régional de Nantes comprend les dix chambres de commerce de Laval, Le Mans, Angers, Cholet, Saumur, Tours, Lorient, La Roche sur Yon, avec Nantes pour centre.

Le groupement économique régional de Rennes comprend les sept chambres de commerce de Brest, Morlaix, Quimper, Saint-Brieuc, Fougères, Rennes, Saint-Malo, avec Rennes pour centre.
Dans la foulée, « les comités consultatifs d’action économique, institués dans chaque région de corps d’armée, deviennent les comités économiques constitués par les groupement des chambres de commerce. » « Ils continuent à fonctionner sous la présidence du préfet du chef-lieu de la région ».

En 1926, Raymond Poincaré, président du Conseil, crée les syndicats « interdépartementaux ». Le décret du 28 septembre 1938 donne naissance à 19 « régions économiques ». « La 5ème région économique (centre administratif Nantes) est formée par les chambres de commerce de : Laval, Le Mans, Nantes, Saint-Nazaire, Angers, Cholet, Saumur, Tours, la Roche-sur-Yon ». « La sixième région économique, centre administratif Rennes, est formée par les chambres de commerce de : Brest, Morlaix, Quimper, Lorient, Saint-Brieuc, Fougères, Rennes, Saint-Malo. » Il y eut ensuite le découpage de 1938, celui de 1941 qui crée le « préfet régional », celui de 1944 qui insistitue le commissaire régional de la République, celui de 1954 qui met en place « les comités d’expansion économique », celui de 1956 qui dessine 22 régions, est destinée à favorisé la planification, enfin celui de 1960 qui institue la « circonscription d’action régionale » voulue par Michel Debré.
A chaque fois, la Bretagne est coupée en deux.

Où en est-on aujourd’hui ? Quel est le support juridique du découpage régional actuel ? La réponse est dans le décret n°60-516 du 2 juin 1960 portant harmonisation des circonscriptions administratives.
C’est ce que nous rappelle Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, dans l’exposé des motifs du projet de loi relatif à la délimitation des régions qui vient d’être déposé au Sénat.« Le périmêtre actuel des régions est issu de la définition, à partir des départements, des circonscriptions d’action régionale par le décret 60-516 du 2 juin 1960 portant harmonisation des circonscriptions administratives.
Ce découpage initial a été maintenu, par renvois successifs à ce périmètre original, par l’article 1er de la loi N°72-619 du 5 juillet 1972 portant création et organisation des régions, qui inscrit leur périmètre sans la loi , par l’article 59 de la loi n°82-213 du 2 mars 1982, relative aux droits et libertés des communes, des départements et des régions, qui en fait des collectivités territoriales. »

Toutes ces étapes nous éloignent évidemment de « la Loire Inférieure et progressiste au début du 20ème siècle, qui pouvait contaminer le reste de la Bretagne par ses idées sociales. Il fallait l’en détacher ». Simple lieu commun sans fondement historique.

En attendant, le futur découpage régional à compter du 1er janvier 2016 est rectifié par la loi, ce qui complique sa remise en question.

Bernard Morvan

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4 réponses à “Livre « Réunifier la Bretagne ». Yves Lebarhy n’est pas historien”

  1. Cyrille Gabory dit :

    Je ne suis pas certain de comprendre ce que cet article essaye de démontrer !

  2. josse dit :

    La palabre française et une et indivisible nous fatiguent! gneugneu etc… le prestige de cette concierge!

  3. ArturusRex dit :

    Sans oublier qu’on pourrait faire une anthologie de textes de notables nantais qui rejetaient (rejettent, n’est-ce pas Jean-Marc ?) la Bretagne historique comme indigne de l’importance de Nantes-capitale-du-Grand-Ouest. Enflure qui a bien servi les intérêts des Rennais, peu soucieux de passer sous la coupe de Nantes !

  4. Yann LeBleiz dit :

    Yves le Barhy n’est pas historien, so What, les Bretons n’auraient pas le droit de s’exprimer?
    La mise à l’écart du Pays Nantais est un projet français de longue date, pour une raison : « Nantes est la capitale de la souveraineté bretonne et les Bretons pourraient bien s’en souvenir, ce qui en République une et indivisible est politiquement inacceptable. »
    De plus, Nantes est la ville principale de la région la plus riche de Bretagne et il ne faudrait pas que cette région investisse dans le retour d’une prospérité économique des autres régions de Bretagne!
    Le débat sur Pétain est hautement secondaire!
    L’important est la volonté des Bretons de faire vivre un projet qui s’appelle Bretagne!
    Un contraste avec le projet France qui n’intéressent les Français eux-mêmes que de moins en moins!

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