13/07/2015 – 08H00 Nantes (Breizh-info.com) – Le bilan social du centre pénitentiaire (CP) de Nantes en 2014 vient de sortir. S’il témoigne d’une baisse des agressions de surveillants, il permet aussi de constater le très net sous-effectif de personnels, qui ne fait que s’aggraver tandis que la prison accueille de plus en plus de monde. Ce qui est pour le moins inquiétant.

Le CP regroupe une maison d’arrêt toute neuve, située rue de la Mainguais à Carquefou, un centre de détention situé bd Einstein au nord de Nantes et un centre de semi-liberté situé avenue de la Close, près du pont du Cens. L’agglomération nantaise accueille un autre établissement pénitentiaire , qui ne figure pas au rapport : l’EPM (établissement pénitentiaire pour mineurs) d’Orvault, où les nuits peuvent être chaudes et où les agressions de surveillants défraient régulièrement la chronique.

Théoriquement, le centre pénitentiaire dispose de 564 postes, dont 7 de direction, 46 de personnels administratifs, 11 de personnels techniques et 500 surveillants ; la gestion administrative prévoit 477 postes réels de surveillants et 545 postes en tout. La réalité est nettement moins optimiste : il y a 524 postes disponibles, dont 460 postes de surveillants pourvus, soit 40 postes de différence avec l’effectif théorique et 27 avec l’effectif réel. Cet écart ne fait que se creuser avec le temps. Si l’on ajoute les surveillants en congé maladie ou absents, la tension devient très importante. On trouve une situation similaire pour les personnels administratifs : 5 postes d’écart entre les effectifs théoriques et les effectifs pourvus.

Résultat : les heures supplémentaires explosent : 78 017 payées en 2014 contre 68 336 en 2013, soit 14% de plus en un an, avec plusieurs pointes en mai, octobre et novembre. Deux tiers de ces heures supplémentaires sont effectuées à la maison d’arrêt – lieu où se conjuguent très nettement la plupart des agressions de personnels et le sous-effectif le plus important. Pour les quatre premiers mois de 2015 la tendance est la même : déjà 24 005 heures supplémentaires payées contre 20398 sur les quatre premiers mois de 2014 soit 17,6% d’augmentation. Autre résultat : les congés maladie eux aussi augmentent. Il y a ainsi 7269 jours cumulés d’absence pour raisons de santé parmi les personnels de surveillance (+7% sur un an) et 1870,5 parmi les personnels administratifs (+85%).

Cette explosion d’absence parmi les personnels administratifs a été renforcée par un nouveau logiciel pour lequel l’établissement était un site pilote ; le logiciel n’était pas au point et a entraîné une surcharge de travail pour les personnels administratifs déjà en sous-effectif. Ce logiciel, développé par Sopra, s’appelle GENESIS et est censé regrouper et moderniser le fichier national des détenus (FND) et le logiciel GIDE qui permet de gérer la population pénale. La mise en place du logiciel GENESIS fait remonter de nombreux bugs dus à des problèmes d’état civil, mais aussi avec les virements faits par les détenus pour indemniser leurs victimes ; ceux-ci sont devenus impossibles avec le nouveau logiciel – le progrès en marche – ce qui peut bloquer les réductions de peine et les demandes de liberté conditionnelle, puisque dans de nombreux cas l’indemnisation des victimes est une des conditions imposées aux personnes condamnées (à des peines fermes ou non) par le suivi socio-judiciaire.

Les agressions de surveillants en légère baisse

Si la situation ne s’améliore pas du côté des effectifs, l’on constate en revanche un léger reflux des agressions. Ainsi, en 2014 il n’y avait « que » 97 agressions physiques de surveillants par les détenus, contre 104 en 2013, soit une diminution de 6% alors que dans le même temps la population carcérale augmentait de 10%, passant de 1156 à 1266 détenus. Le nombre d’agressions physiques de surveillants qui ont donné lieu à des arrêts de travail baisse également : s’il y en avait 34 en 2013 (32%), il n’y en a plus que 19 en 2014 (19,6%). Les trois quarts des agressions physiques de 2014 (73) ont lieu à la maison d’arrêt – c’est également cet établissement qui concentre la très grande majorité (79%) des agressions qui ont donné lieu à des arrêts de travail. Ce qui reste logique et habituel – les maisons d’arrêt souffrent le plus de surpopulation et de violence.

Du côté des agressions verbales, l’on note un net reflux – 595 en 2014 contre 758 en 2013 (-21,5%). Cependant, ces statistiques sont aléatoires car toutes les agressions verbales ne sont pas déclarées par les surveillants ; elles font partie du quotidien des prisons. Selon un surveillant nantais, « la situation reste difficile : le manque d’effectifs n’incite pas à l’optimisme ». Un autre estime que « les agressions physiques, ça va ça vient, c’est irrégulier, par vagues ; ça peut être très difficile pendant deux trois semaines et après on a un mois de calme. Les dynamiques sont difficiles à expliquer.» Toujours est-il que le manque d’effectifs croissant n’incite pas à l’optimisme.

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