Château d’Ancenis : restauration ou saccage ?

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18/09/2015 – 09H00 Ancenis (Breizh-info.com) – Les journées du Patrimoine approchent et avec elles la fin du chantier de restauration du logis Renaissance du château d’Ancenis, qui sera inauguré en grande pompe. Un très beau monument de l’architecture bretonne dont la restauration pose cependant question. Ne serait-ce que pour certaines solutions retenues, qui conduisent à se demander si les architectes se sont rendus compte qu’ils restauraient un château du XVIe, et non qu’il construisait un bâtiment moderne dans un site historique.

Le logis Renaissance a été construit au XVIe sur le site du château d’Ancenis, fondé en 984 sur le site d’un probable sanctuaire paléochrétien, et dont les autres vestiges parvenus jusqu’à nous (pont-levis couvert disposé en chicane, galerie voutée, coudée, avec herse, remparts) datent du XVe, avec quelques adjonctions postérieures, dont la chapelle (1603) du logis Renaissance et le pavillon Marie Fouquet sur la tour d’entrée (seconde moitié du XVIIe), ainsi qu’une aile entre la tour d’entrée et la Loire (XIXe).

Les travaux de restauration du logis Renaissance, alors dans un état lamentable depuis plusieurs années, ont été lancés au printemps 2013. Ils ont été menés par les architectes Pascal Prunet et Xavier Ménard. Les mêmes qui ont réalisé le bâtiment résolument moderne qui ne fait pas le moindre effort  pour s’intégrer au site : béton à tous les étages, formes cubiques, toiture plate, hauteur plus grande que le rempart juste à côté, et lambris de bois au milieu du calcaire et du granit. L’affaire a été portée devant la justice et la cour d’appel a jugé le permis illégal ; le conseil général a formé un recours en cassation. La stabilité du bâtiment, qui abrite déjà plusieurs services du conseil général pour lesquels il a été bâti, pose question puisqu’il s’est très rapidement fissuré même sans avoir été terminé.

Le logis restauré – blanc immaculé – ne manque pas de rappeler le dieu romain Janus. Du côté de la cour il a été restauré de la façon la plus respectueuse de l’histoire : les fenêtres à meneaux ont été rétablies, ainsi que leurs fines sculptures, elles sont garnies de vitraux blancs et pourvues de volets intérieurs en bois. Les portes anciennes ont été restaurées, les larmiers, sculptures et autres frontons minutieusement rétablis, et l’escalier qui desservait à l’origine le premier étage reconstruit dans son état d’origine.

De l’autre côté, en revanche, le château semble tourner le dos à la ville. S’il n’y a rien à redire sur la partie sommitale – couverture, cheminées, fronton des lucarnes, pignon de la partie est et baies de celui-ci – le choix de carreaux pleins, comme sur un bâtiment moderne lambda, pose question. Pourquoi ne pas avoir rétabli les fenêtres historiques à meneaux ? Surtout que l’enjeu esthétique est particulièrement fort : le logis voisine avec l’entrée fortifiée (dans un état désastreux malgré une restauration en 1994 pour la partie médiévale et 1999 pour le pavillon XVIIe situé dessus), et se trouve face à l’axe central de la ville, qui relie la gare au pont Bretagne-Anjou sur la Loire. Pourquoi surtout avoir choisi des carreaux recouverts d’un film avec des stries horizontales façon code-barres ? Pour faire preuve de modernité ?

A l’intérieur, l’impression que la restauration a deux visages se confirme. Et pas seulement à cause du contraste entre les belles fenêtres du côté sud et celles du côté nord, qu’un ouvrier qualifie de « scandaleuses. Comme le bâtiment du conseil général d’ailleurs ». Les désordres structurels ont été supprimés et les murs et plafonds ont été restaurés dans un strict respect de l’état du XVIe, comme on peut le constater sur les plans détaillés visibles dans la base vie des ouvriers (située dans un ancien bâtiment de l’école des sœurs, promis à la démolition). Ces plans sont couverts de mentions pour rétablir des cheminées dans l’état du XVIe, démurer des baies fermées au XIXe, décaisser (dehors) et rétablir (dedans) les sols historiques, etc.

Mais l’architecte a aussi fait le choix de la « mise en oeuvre [côté ville] de menuiseries métalliques au nu extérieur du mur, avec vitrages sérigraphiés évoquant la texture de l’enduit de façades », à savoir les fameuses stries façon code-barres et « créer des passages (90 cm de large minimum) compris linteaux et jambages métalliques (tôles acier galvanisés) à mettre en oeuvre ». Ces vitrages sérigraphiés ont été réalisés par une entreprise bretonne  dont le site et le catalogue ne laissent pas franchement supposer qu’ils équipent autre chose que des bâtiments neufs, modernes et industriels. On ne peut s’empêcher de remarquer qu’un particulier qui ferait ça dans son château du XVIe siècle s’attirerait illico presto une crise de l’administration des Monuments historiques.

Et heureusement. Car l’intérieur du château inquiète. Outre les fenêtres sérigraphiées, qui font regretter les baies à six carreaux que les sœurs avaient mises dans la seconde moitié du XIXe, l’architecte a choisi on ne sait pourquoi, pour chauffer les salles, de mettre des murs radiants le long des murs de refends. Discrétion garantie. Et côté nord, pour les passages qui ont été créés, des portes pare-flammes tout à fait modernes, dont certaines ont même des petits carreaux superposés. Pourquoi chercher à les faire dans le style des portes existantes au sud, décidément ? Encore heureux, les ascenseurs (résolument gris) ont été planqués dans un recoin. L’auteur du projet a-t-il eu un doute salvateur ? Soyons modernes, mettons-les au milieu des salles, si possible dans des colonnes de verre et de zinc ! Avec les murs radiants en fond et les « vitrages sérigraphiés évoquant la texture de l’enduit de façade »(blanc), ils ne dépareront pas. Pour un bureau installé dans un bâtiment de la Reconstruction dans le centre-ville de Nantes. A la rigueur.

Dans l’escalier en colimaçon, on trouvait avant la restauration une porte exceptionnelle, car elle était doublement courbée, selon la courbe de la tour et celle de l’arche surbaissée du passage. Disparue. Bien qu’il était prévu de la conserver. Une autre porte historique est doublée par une porte moderne lambda. L’accès aux combles est barré par une grille. Elle aussi résolument moderne, genre zoo ou prison. Juste avant la chapelle, on ne sait trop pourquoi, la porte d’accès sud XIXe – à quatre grands carreaux – a été conservée. Dans sa teinte d’origine. Gris. Et même la fenêtre à petits bois qui y était aussi a été préservée. Et peinte en gris. L’architecte a même fait l’effort louable de refaire une porte historique et de rétablir une baie au nord qui avait été transformée en porte au XIXe, de façon pas très réussie d’ailleurs. Comme prévu, la sacristie ajoutée encore plus à l’est au XIXe et complètement ruinée a été détruite, et les baies restaurées avec des vitraux blancs. En revanche, le très beau retable en plâtre avec une statue de la Vierge, posé au XIXe, a été retiré. Il était pourtant en bon état. Si bon d’ailleurs que les ouvriers ont réussi à le démonter – bien que ce genre de retable n’est pas du tout fait pour – et le transporter à travers tout le château dans l’aile située entre la tour d’entrée et la Loire. Qui est dans un état pas franchement satisfaisant. Quel est l’avenir de ce retable envoyé en exil ?

Le clou de la restauration « respectueuse de l’état historique» de la chapelle, ce sont encore les luminaires. Qui ressemblent à deux boîtes de conserve blanches empilées et pendues sans façon au bout d’un long fil. D’ailleurs l’éclairage du château mériterait peut-être qu’on s’y attarde plus. Contentons-nous de relever encore trois endroits où la solution choisie jure avec le bâtiment. Dans la cour, où les luminaires sont fixés sur des socles gris et pas du tout discrets : pourquoi choisir des spots enterrés, décidément, puisque le site architectural est déjà défiguré par un bâtiment moderne ? Dans l’escalier en colimaçon, où les luminaires rappellent là aussi des petites boîtes de conserve. Gris sombre. Et enfin au-dessus du second étage, juste sous les combles de la partie pourvue d’un pignon, où sous le plafond on trouve carrément des néons. Ainsi que des fils électriques extérieurs qui vont à des interrupteurs de chantier. On ne sait pourquoi, les fenêtres à meneaux pourvues de vitraux et de volets intérieurs en bois ont quand même été mises. Dont une dans le local ventilation, qui disparaît presque tant il y a de tuyaux.

Le choix des fournisseurs aussi pose question. Au vu du coût des chantiers sur les Monuments historiques pour le contribuable, l’on s’attend logiquement à ce qu’ils profitent au maximum à l’économie française et mettent en valeur le savoir-faire national. Au lieu de ça, ces luminaires qui ne cadrent guère avec le style Renaissance du château sont italiens. Dans la cour, ce sont des luminaires 1737 expo du fabricant Disano. Dans l’escalier, ce sont des appliques iRoll du fabricant Iguzzini ; et notre reporter a pu voir le déchargement d’une camionnette complète de spots Palco moyens MJ93 (fiche technique ) qui seront, on ne le doute pas, très discrets et vraiment dans le style du château sur leurs rails électriques situés en plein milieu des plafonds XVIe. Selon les ouvriers, le reste des luminaires est aussi de fabrication italienne.

On peut en revanche saluer d’avoir eu recours au breton Arvor Automatismes pour les ascenseurs (19 850€). Seulement cette société basée dans les Côtes d’Armor dépend d’une entreprise espagnole, MP Corporacin Activos Industriales Sociedad Limitada, basée à Séville. Résultat des courses : de nombreuses boîtes estampilées « Muy Fragil » balancées sur la décharge du chantier, et même une liste de colisage en espagnol, avec les coordonnées d’un établissement à Saragosse et du siège de Séville de la société-mère espagnole. Dessus, on trouve mention d’une porte palière modèle Massen et de ses accessoires : marche-pied, vis d’assemblages, lames télescopiques etc.

On pourrait aussi s’attarder sur les tuyaux en plastique, qui portent fièrement l’indication qu’ils ont été fabriqués par la société espagnole Tuyper. Il faut croire qu’il n’y a pas de fabricants français de tuyaux ? Ah si : Nicoll basé à Cholet, ce qui est tout de même plus près d’Ancenis que l’Espagne et dont toutes les usines sont en France. Pas d’usine d’ascenseurs ? Ah si Et même des sites de grandes entreprises de renommée mondiale. Pas d’usine de luminaires ? Thorn avec son usine normande, Generalux à Poitiers ou le chartrain Sarlam filiale du géant limougeaud Legrand, sont là pour démontrer le contraire.

Certes, des entreprises bretonnes ont remporté douze des vingt lots du chantier – dont deux (maçonnerie et carrelage) l’ont été par l’implantation nantaise du géant de la restauration du patrimoine Lefèvre qui a été fondé en 1944 dans le Val d’Oise. Cela ne fait plus que dix. Outre les deux lots (métallerie et vitrage) de l’entreprise Larcher implantée en Ille-et-Vilaine, on notera deux lots de peinture, confiés à l’entreprise ancenienne Hillaire, la couverture en tuile de la maison dite des Rosiers (une bâtisse XIXe conservée qui abritera l’accueil, les sanitaires et le local ventilation du futur ensemble patrimonial) faite par l’entreprise Gueber de Vallet, les menuiseries, cloisons et plafonds traités par une autre entreprise ancenienne, Subileau, l’électricité faite par l’entreprise Atlant’elec des Sorinières, le chauffage, la ventilation et la plomberie par le castelbriantais Alexen, et enfin la voirie et les espaces verts faits par l’entreprise Hervé TP, de Juigné les Moutiers.

Bref, peut mieux faire. Le fait que des entreprises bretonnes doivent restaurer le patrimoine breton, ce qui semble logique – surtout que ces entreprises ne manquent pas – n’est pas une évidence pour les décideurs du projet. Pas plus que le fait que le patrimoine français doit profiter de l’excellence française. Ou que des portes de bureaux et des luminaires industriels – voire des néons – ne peuvent pas aller avec un château Renaissance. Affaire de goût, bien sûr.

En 2010, le coût prévisionnel de la restauration du logis Renaissance du château tutoyait les 5 millions d’euros, avec la bagatelle de 4 618 759€ très précisément. Le conseil municipal du 30 septembre 2013 revoyait ce montant à la hausse, avec une estimation de 5 056 322,50€ TTC précisément. Lors du conseil municipal du 7 avril 2014 le montant grimpait encore, pour atteindre 5 098 060 € TTC. Puis 5 206 802,11 € TTC en mars 2015. Dont 500 764, 75€ TTC facturés par l’architecte Prunet pour sa contribution, comme nous l’apprennent les décisions du maire dans le compte-rendu du conseil municipal du 22 septembre 2014.

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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4 Commentaires

  1. Faire le procès de ces pseudo-architectes qui ont manifestement oublié les notions de base de l’esthétique, du patrimoine, de l’Histoire et autre, j’en conviens. Parler des fournisseurs de spot et de tuyau….quel intérêt? Il me semble que le constat est suffisamment éloquent et le fait qu’ils aient opté pour des fournitures moins chères (qui paye ça après tout? vous contribuables bretons) n’a rien de choquant à mon gout.

      • A part ça, il y a quelque chose qui s’appelle les appels d’offre avec ses règles afférentes, c’est bien le problème…..
        Ce serait tellement mieux de gré à gré, entre gens de bonne intelligence, n’est-ce pas?

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