Saint-Brieuc. Itinéraires Bis, une association culturelle coûteuse et contestée

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05/03/2016 04h45 Saint-Brieuc (Breizh-info.com) – Un million neuf cent mille euros par an, financés chaque année à 88% par le Département des Côtes d’Armor. Tel était le prix d’une certaine culture en Côtes d’Armor avec « Itinéraires Bis », association fondée en 2009 et mandatée par le conseil départemental pour piloter la création artistique dans le département. Dix-neuf salariés, presque des fonctionnaires de la culture, eu égard au financement public…
Plus précisément, pour le bilan 2014, le total des produits d’exploitation était de 1 928 647 € HT › dont subvention du Conseil général : 1 706 161 € HT (1 800 000 TTC) › dont subvention Drac Bretagne : 86 256 € HT (91 000 € TTC) › dont Conseil régional de Bretagne : 12 322 € HT (13 000 € TTC) › dont cotisations : 11 765 € HT › dont ressources propres et financements fléchés : 112 143 € H.

Ce fonctionnement, c’était avant que le conseil départemental des Côtes d’Armor – désormais à majorité de droite – ne décide de réduire à « seulement » 700 000 euros par an l’enveloppe attribuée à Itinéraires Bis. Pas de quoi satisfaire les membres de l’association, tout comme l’opposition de gauche au conseil départemental qui y voit, comme d’habitude, une « attaque contre la culture ». Pourtant, nombreuses sont les associations, et mêmes les citoyens, qui aimeraient bénéficier chaque année d’une enveloppe de 700 000 euros pour laisser libre cours à leurs « aspirations culturelles ».

Car quand on y regarde de plus près, Itinéraires Bis est loin de promouvoir une culture populaire, tous publics. Voilà comment se définit l’association : « Animé par la volonté d’une meilleure lisibilité, d’une meilleure cohérence et d’une plus forte synergie de l’activité culturelle sur le territoire costarmoricain, le Conseil général des Côtes d’Armor a souhaité procéder à la fusion des deux associations que constituaient l’office départemental de développement culturel et l’association départementale pour le développement de la musique et de la danse en une association culturelle unique. Cette structure unique sera un acteur de cette mission de service public qui oeuvre pour la création, la diffusion et la démocratisation culturelle et artistique. ». L’organigramme est disponible ici.

Du côté du contenu, les 5 axes de l’association s’articulent autour de

  • la création artistique
  • la diffusion culturelle
  • l’action de démocratisation culturelle
  • l’ingénierie culturelle sur l’accompagnement des projets de territoire
  • la documentation et la ressource pour les acteurs culturels et artistiques

Dans le concret, l’association publie, dans son rapport d’activité 2014, une vision plutôt militante de son activité : « D’une manière générale, l’association affirme plus que jamais son attachement à une certaine conception du service public de la culture, celle d’une culture engagée et partagée, favorisant la construction et l’épanouissement de l’individu, tout en l’aidant à la compréhension du monde et de notre société, pour le rendre plus libre. »

Elle déclare avoir touché, en 2014, 60 000 personnes dans le département, directement ou indirectement, sur une population de 617 000 habitants, soit moins de 10% de la population, dont la moitié indirectement, et cela dans 95 communes sur les 373 que comptent le département. On est donc loin, très loin, de l’accès à la culture pour tous, d’autant que sur la fréquentation, une grosse partie est composée de scolaires et d’invités, dont on peut supposer qu’ils ne se seraient pas rendus tous de leur propre chef aux différentes représentations et activités proposées.

Exemple de spectacle co-produits  :

Cie Poc (22) / BPM 2.1, à Ploufragan en 2014 , qui se présente comme suit : « Frédéric Pérant oriente ses recherches vers la musicalité de l’acte jonglé, une « nouvelle » approche de la discipline, mélange de percussion corporelle et jonglerie, incorporant les rebonds, les frappes de balles et les trajectoires dans l’écriture musicale et chorégraphique de la percussion corporelle»
Cie Les Charmilles (22) / Ras d’Eau : « Ras d’eau est une création théâtrale écrite et interprétée par Mélanie Del Din et Ali Khelil : le récit d’une rencontre sur l’ile de Lampedusa (Italie) entre une journaliste et un travailleur français issu de l’immigration. Un projet d’actions culturelles intitulé “Rencontres théâ- trales en Méditerranée” a été mis en place en parallèle à la création : ateliers de réalisation théâtrale avec des adolescents tunisiens, italiens et français.»
Cie Vis Comica (22) / Pouce !  : « Pouce est une œuvre dramatique circassienne originale contemporaine, écrite et interprétée par Nathalie Tarlet. De la campagne bretonne de Moncontour aux scènes de cabaret de Londres, New York ou Hambourg, Pouce raconte l’itinéraire d’une femme devenue clown malgré elle : un récit à la découverte de soi, dans le besoin et le désir incessibles de l’Autre, un parcours où l’art et la vie sont sur le même fil. La où le rêve se heurte au réel, l’artiste façonne sans relâche la passion ardente de son art et délivre un regard sur la vie d’artiste faite d’imprévus, de situations accidentelles et de rencontres décisives.»

L’association aide également, entre autres, au développement de la galerie du Dourven, lieu de production et de diffusion de l’art contemporain, un « art » qui est loin de faire l’unanimité

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Cette année à partir de Mi-Mars, se tiendra le festival Pas Sages, qui se définit ainsi : « Pas Sages, Le Festival, seconde édition d’un festival pas comme les autres qui adopte le point de vue de la jeunesse pour aborder la matière artistique et la partager avec les autres générations. Des spectacles, des ateliers, des rencontres, avec des ados, pour des ados et leur famille, leurs amis, leurs voisins indique le sous-titre du festival. Pourquoi s’adresser ainsi prioritairement à ceux que l’on appelle les « jeunes » ? Parce qu’il s’agit d’un enjeu de société majeur ! Comment, en effet, dans le contexte que nous traversons faire l’impasse sur l’état du monde ! Impossible de s’en tenir à des propos lénifiants. Ne pas se contenter d’accuser. Ne pas se comporter en victime, trop simple ; chacun porte sa part de responsabilité, aussi infime soit-elle. Alors ? Se tenir à l’écart des postures d’autodéfense simplificatrices et démagogiques, et s’interroger avec exigence sur la place de chacun. Pour ce qui nous concerne, celle de l’art et de la culture dans le monde d’aujourd’hui. Plus que jamais convaincue du rôle essentiel tenu par l’art et la culture dans la construction de l’individu, l’équipe d’Itinéraires Bis s’attache, ici comme ailleurs, à créer des espaces de rencontre entre les artistes, les œuvres et les habitants de nos territoires, notamment les jeunes.»

La programmation est par définition discutable. Ce qui l’est moins, c’est encore une fois l’argent public qui est dépensé pour ce faire. Hélène, qui est à la fois peintre et comédienne dans les Côtes d’Armor, nous écrit : « le gros problème, ça n’est pas que ces spectacles existent ; c’est que sans aides publiques, ils n’existeraient plus. Or qui dit aide publique dit orientations idéologiques, car la culture est loin d’être neutre.» Nous lui avons adressé les différentes programmations d’Ititnéraires Bis, voici sa réponse : « il y a du bon, et aussi beaucoup, selon mes goûts, du moins bon, voire du pas bon du tout. Mais encore une fois, le soucis c’est que cela soit subventionné. Où est le théâtre classique ? Où est l’aspect éducatif, historique qui peut conjuguer histoire , culture, art, et patrimoine breton par exemple ? ».

Ce qu’Hélène demande, elle qui parvient à vivre de ses créations, sans subvention « c’est simplement que sur un territoire donné, la population puisse choisir ce qu’elle veut voir, créér, et financer. Ca n’est pas du tout le cas avec le système mis en place par les collectivités aujourd’hui, où la culture subventionnée devient la règle. Le fameux DIY (do it yourself) n’existe plus, il n y a plus aucune rébellion dans l’art et la culture. Ceux qui ont l’impression d’être anticonformistes sont en réalité les plus englués dans le système et la façon de pensée dominante ». Intéressant.

Cette affaire – qui tend à devenir source de polémique locale, la gauche s’arrogeant comme habituellement le monopole de la culture, de l’art et de la création – rappelle fortement un faux scandale qui avait éclaté à Quimper, lorsque le maire Ludovic Jolivet avait annoncé revoir l’attribution des subventions à Très Tôt théâtre

Alain Cadet, président du conseil départemental, a de toute façon tenu à clarifier les choses : 7,3 millions d’euros sont consacrés à la culture dans le budget voté par le département, sans que l’on connaisse les priorités

Crédit photo : DR
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Une réponse

  1. Salut Breizh-info ,j’aime bien vos infos elle sont pertinentes ,elles me sembles assez neutres sur le plans politique dans le sens ou vous toucher tout les sujets avec il me semble une grande indépendance ,bravo a vous continués comme cela et bonne journée ,Patrick Soumagnas

Les commentaires sont fermés.

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