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25/03/2016 – 18h00 Rennes (Breizh-info.com) –Les manifestations Loi Travail se suivent et se ressemblent. La mobilisation continue de s’essouffler – les syndicats gardent leurs forces pour la « grande journée de mobilisation » du 31 mars, et les manifestations dans les deux principales villes bretonnes sont émaillées de véritables scènes d’émeutes organisées par des casseurs issus à la fois de l’extrême-gauche et des quartiers sensibles. On peut se douter que pour eux, la loi Travail n’est qu’un prétexte pour s’approprier la ville, comme à Nantes, ou… piller un magasin Lacoste comme à Rennes.

Si le 9 mars il y avait entre 224.000 et 500.000 manifestants en France, dont 30.000 en Bretagne historique, le 17 mars ils n’étaient plus que 70 à 150.000 sur le territoire national dont  15.000 en Bretagne. Ce 24 mars ils étaient 43.000 à 70.000 dans l’ensemble de la France, dont 5000 à Paris selon la police, 2000 à Tours, 3000 à Toulouse ou encore 1200 à Lyon. Les manifestations de Lyon et de Paris ont été émaillées de heurts, notamment dans le 19e arrondissement de Paris aux abords du lycée Bergson; une enquête a été ouverte après qu’un jeune ait été frappé par un policier, en marge des échauffourées devant l’établissement.

En Bretagne, 6000 personnes ont manifesté à Nantes – dont près de 5000 dans le calme – et 3500 à Rennes – dont 3000 dans le calme. Par ailleurs, 30 personnes ont manifesté à Quimperlé, 600 à Saint-Nazaire, 120 à Quimper, 300 à Brest, 70 à Morlaix – les lycéens n’étaient pas de sortie –, 60 à Lannion et 200 à Saint-Brieuc. Par ailleurs, 50 dockers et employés du port manifestaient à Lorient ; à Ploumagoar près de Guingamp, ce sont 30 salariés de Lidl qui ont débrayé et manifesté devant leur entrepôt.

Magasin Lacoste à Rennes : 30 secondes, 30 casseurs, 5000 € de préjudice

Si les défilés dans la « province » bretonne se passaient dans le calme, ce n’était pas le cas ni à Nantes ni à Rennes. Vers 12h15, le magasin Lacoste situé Place du Parlement a été envahi par une trentaine de casseurs cagoulés et gantés qui s’étaient glissés dans le défilé. Plus de 5000 € de vêtements ont été volés en une demi-minute : polos, survêtements, manteaux parmi les plus chers. Une vendeuse de 27 ans et une stagiaire de 17 ans ont été bousculées par les voleurs et admises à l’hôpital.

« On imagine mal l’extrême-gauche rennaise s’adonner au vol des vêtements de marques », précise une source proche de l’enquête. « Il s’agit plus probablement de voleurs issus des quartiers sensibles rennais qui avaient bien préparé leur coup à l’avance – ils avaient l’air de connaître les lieux, au vu de leur rapidité d’action et le fait qu’ils savaient où étaient les vêtements les plus chers – et s’étaient glissés dans le défilé pour faire leur coup en profitant du désordre ambiant ».

Par ailleurs des échauffourées ont éclaté à plusieurs endroits du centre-ville vers 14h (place de la Préfecture, rue des Fossés, Place Saint-Melaine, rue Le Bastard) après qu’un face à face tendu se soit déroulé entre CRS et manifestants place de la Mairie de 13 h à 13h30. Un manifestant a été interpellé. Une agence de la Caisse d’Epargne située en ville a vu ses vitrines maculées de peinture blanche. La Police Nationale d’Ille-et-Vilaine a aussi diffusé sur son compte Twitter une photo des saisies faites dans la manifestation : matraques télescopiques, casques, cailloux en nombre, barils, gants de travail épais (pour relancer les bombes de gaz lacrymogène), pétards, foulards, barres de fer… ça se passe de commentaires. Cependant, la rédaction de Radio Campus affirme que la violence n’est pas seulement du côté des manifestants : elle a diffusé un communiqué pour dénoncer l’agression par un CRS d’un de ses journalistes qui filmait une interpellation musclée.

Vers 15 heures, les manifestants se sont enfin dispersés. Dans le courant de l’après-midi, un important dispositif policier était mis en place aux abords de la place du Parlement de Bretagne et de la Préfecture. La faculté de Rennes II a pu quant à elle fermer ses bâtiments et vider le campus vers 19 heures. A la même heure, une manifestation sauvage a réuni 200 personnes place des Lices. Elles ont fini par être repoussées et ont abandonné le terrain une heure plus tard.

Nantes : scènes d’émeute en ville, 19 interpellés dont 11 mineurs

A Nantes, ce sont de véritables scènes d’émeute en ville qui ont eu lieu, d’abord dans les quartiers Nord en matinée, puis aux abords de la Préfecture à midi, du pont de la Motte Rouge face à l’hôtel de police vers 13 h 30, du rond-point du Petit Port vers 14 h 30 et de la fac (campus Tertre) jusqu’à 16 heures. Les raisons étaient les mêmes que lors des débordements du 17 mars : la conjonction de la mobilisation de militants d’extrême-gauche (étudiants ou non) très énervés et de lycéens issus de quartiers sensibles, essentiellement du nord (Boissière) et de l’ouest (Bellevue) de la capitale bretonne.

En tout 19 personnes âgées de 15 à 34 ans ont été interpellées. Parmi eux, une femme âgée de 25 ans et 11 mineurs. Au cours des échauffourées, quatre policiers ont été blessés ainsi qu’un manifestant, porteur d’un mégaphone, qui essayait de calmer les casseurs. Il s’est pris un pavé dans la tête.

Entre 8h 40 et 9 h 20, sept personnes sont interpellées dont 4 mineurs dans le quartier situé entre le lycée Monge et la station de tramway Recteur Schmitt. Il s’agit là des quartiers sensibles de Nantes, et notamment de la Boissière. Plusieurs lycéens issus des établissements Monge et Arago ont brûlé des poubelles et jeté des projectiles sur la police. Un lycéen est d’abord interpellé rue Bonamy avec deux couteaux et une capuche sur lui. Ensuite à 9 h un lycéen de 17 ans est interpellé pour avoir jeté un verre sur les policiers. A 9h10, un lycéen du lycée professionnel Arago, situé dans le même quartier, a été arrêté alors qu’il avait le visage masqué et portait des gants. Au même endroit, un autre lycéen, âgé de 18 ans et scolarisé pour sa part à Monge, est arrêté alors qu’il a le visage masqué, un sac plein de cailloux et porte un lance-pierre. Cinq minutes plus tard, près de poubelles brûlantes devant le lycée Monge, un manifestant âgé de 19 ans, non scolarisé, est interpellé. A 9 h 20 enfin deux lycéens âgés de 16 ans sont interpellés à Recteur Schmitt. Ils ont sur eux des gants, des barres de fer et des cailloux.

Pendant la matinée, trois cortèges sont partis des établissements situés en périphérie de Nantes : les lycées de Monge et Arago sont partis à 8 h 30, et ont rejoint le centre-ville à pied, ceux de Bellevue (lycée Camus) ont emprunté, à pied, les voies du tramway 1 à partir de 10h, bloquant la circulation, et ceux du sud de Nantes (lycées la Bourdonnière, Baugerie etc.) sont venus à pied via l’Ile de Nantes. La SEMITAN avait anticipé la mobilisation en interrompant la circulation de toutes les lignes de bus, Chronobus, Busway et Tram en centre-ville.

De 11 h à 14 h quatre autres personnes (dont 2 mineurs) sont interpellées dans le centre-ville, alors que des échauffourées éclatent rue du Calvaire, dans le quartier Bouffay et près de la Préfecture. Les vitrines d’une agence BNP situées près des magasins Decré (Galeries Lafayette) sont brisées. Rue de Strasbourg vers 11h20, un intérimaire âgé de 27 ans et une étudiante sont arrêtés par la police, alors qu’ils poussent un caddie rempli de projectiles divers, d’extincteurs et de peintures. Tous deux seraient proches de l’extrême-gauche libertaire nantaise. A 12 h 15 rue d’Orléans, un lycéen de Saint-Félix, un lycée professionnel du centre-nord de Nantes, est interpellé alors qu’il porte sur lui des pinces et une barre de fer. Vers 13 h 10 place du Pont Morand, un lycéen de 15 ans venu de Saint-Sébastien est interpellé. Vêtu d’un bonnet et d’un keffieh qui lui masquent entièrement le visage, il a dans son sac divers projectiles dont des bocaux en verre.

Alors qu’une grande partie des manifestants – dont les 3 à 4000 personnes du cortège syndical – défilent dans l’ordre et le calme – un petit millier de manifestants continue à défier la police et remonte vers le commissariat central en suivant le quai de Versailles. Vers 13 h 30, des échauffourées éclatent au débouché du pont de la Motte Rouge. Des manifestants cagoulés dépavent les voies du tramway et brûlent des poubelles. Les CRS barrent le pont puis débouchent à l’ouest, repoussant les manifestants. Un homme de 34 ans est interpellé après qu’il ait bousculé les policiers ; il avait un couteau sur lui.

Une heure plus tard, les manifestants ont atteint les abords de la faculté. Ils dressent une barricade sur le rond-point du Petit Port et caillassent la police. Une voiture tente de forcer le barrage et prend des pavés aussi. Plusieurs interpellations sont encore réalisées. Enfin vers 16 heures les CRS chargent un dernier groupe de manifestants devant le restaurant universitaire du Tertre. La faculté est bloquée, plusieurs bâtiments du campus Lettres et Sciences sont fermés sur ordre de la direction, un amphi (C, au Tertre) est occupé depuis plusieurs jours par des étudiants grévistes proches de l’extrême-gauche. Trois personnes sont encore interpellées dans ces derniers heurts à la faculté. La manifestation finit par se disperser vers 16h30.

Nouvelle journée de mobilisation le 31 mars

Alors que depuis le début du mouvement, les manifestations n’ont cessé de dégénerer à Nantes (le 9, le 17 et le 24 mars) et Rennes (le 17 et le 22 mars lors d’une manifestation sauvage en ville et sur les voies SNCF), la nouvelle journée de mobilisation prévue au 31 mars pourrait donner lieu à de nouvelles scènes d’émeutes dans les deux grandes villes bretonnes. Près de 130 défilés et rassemblements – dont 8 nocturnes – sont prévus à travers la France.

En Bretagne, des rassemblements et défilés sont prévus à Nantes (10 h 30, Commerce), Saint-Nazaire (10h30, place de l’Amérique Latine), Ancenis (RD723 à la station Esso), Châteaubriant (10h30, théâtre de Verre), Rennes (diurne et nocturne), Dinan (11h30, place de la Résistance), Saint-Brieuc (10h30, place de la Liberté), Morlaix (10h30, place de la Mairie), Brest (10h30, place de la Liberté), Carhaix (10h, espace Paul Sérusier), Pontivy (14h, la Plaine), Lorient (14h, bd Cosme Dumanoir), Vannes (14h, la Rabine), et même à Belle-Ile (14h, Port du Palais).

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