Synutra Carhaix. Le silence des élus de gauche sur la Chine, les droits de l’homme, la peine de mort …

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11/04/2016 – 08H00 Carhaix (Breizh-info.com) – L’investissement économique de la Chine en Bretagne – via Synutra et les usines prévues à Carhaix – pousse les responsables politiques et économiques bretons à fermer totalement les yeux sur les aspects totalitaires de ce pays. Nombre d’entre eux – essentiellement à gauche – n’hésitent pourtant pas à s’ériger en défenseurs sourcilleux des droits de l’homme et de « l’esprit Républicain ».

« L’argent n’a pas d’odeur » dit le précepte : avant de pouvoir investir en Bretagne, Synutra a du présenter son projet à son gouvernement, et attendre son autorisation ; la venue de Synutra en Bretagne n’est possible que parce que le gouvernement chinois le veut bien. Le PDG de Synutra, Zhang Liang, est, en tant que chef d’entreprise en Chine, tête, pieds, et poings liés au Parti communiste chinois. « Il n y a aucune différence entre pouvoir politique et non politique en Chine » nous explique Jean-Luc Domenach, sinologue et politologue français joint par téléphone. « Pour pouvoir agir, en Chine comme partout dans le monde, économiquement, tout passe par l’État et donc le Parti communiste chinois qui se divise lui même en plusieurs factions » explique-t-il en concluant : « il n y a aucun problème politique en Chine, simplement des problèmes entre crapules , ce qui ne les empêche pas de réaliser de bons progrès au niveau économique ».

Pour mémoire, la Chine est un pays dirigé par un régime autoritaire (président actuel, Xi Jinping) placé sous l’autorité du Parti communiste chinois. C’est le seul parti (parmi les huit partis reconnus en Chine) à pouvoir exercer le pouvoir, et cela depuis 1949. Le préambule de la Constitution chinoise stipule que « La Chine est un État socialiste de dictature démocratique populaire, dirigé par la classe ouvrière et basé sur l’alliance des ouvriers et des paysans ». Un État socialiste responsable, depuis son avènement, de dizaines de millions de morts au sein de sa propre population. Si l’on s’en tient au régime actuel, Amnesty International rédige un rapport annuel sur la situation en Chine, notamment en ce qui concerne les droits de l’homme.

Voici comment débute le rapport 2015-2016 : « De nouvelles lois axées sur la sécurité nationale et présentant de graves dangers pour les droits humains ont été rédigées ou adoptées. Le gouvernement a lancé dans tout le pays une vaste opération de répression contre les avocats spécialistes des droits humains. D’autres militants et défenseurs des droits humains ont cette année encore été systématiquement visés par des manœuvres de harcèlement et d’intimidation. Cinq militantes des droits des femmes ont été placées en détention pour avoir voulu mener une action contre le harcèlement sexuel à l’occasion de la Journée internationale de la femme. Les autorités ont intensifié leur contrôle sur Internet, les grands médias et le monde universitaire. Les « aveux » télévisés de détracteurs du gouvernement détenus aux fins d’enquêtes se sont multipliés.
La liberté de religion a continué d’être systématiquement réprimée. Le gouvernement a poursuivi sa campagne de démolition d’églises et de décrochage de croix dans la province du Zhejiang. Dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, à majorité musulmane, le gouvernement régional a adopté de nouvelles dispositions réglementaires pour contrôler plus étroitement les affaires religieuses et bannir toutes les pratiques religieuses non autorisées. Le gouvernement a continué d’imposer des restrictions considérables aux monastères bouddhistes tibétains. Le Comité des Nations unies contre la torture a déploré le fait que les recommandations émises précédemment n’aient toujours pas été appliquées.».

De l’Appel de Carhaix pour la démocratie et les droits de l’homme à la soumission à la Chine totalitaire

Tout cela n’a pas empêché Christian Troadec, maire de Carhaix, conseiller départemental du Finistère, de déclarer mercredi 6 avril 2016 que « pour la Bretagne, la Chine, c’est le Pérou ». Celui qui est également un des fers de lance de l’appel de Carhaix, « collectif breton pour la démocratie et les droits de l’homme » ne s’est visiblement jamais intéréssé, lors de ses fréquents voyages en Chine, aux 46 crimes passibles de la peine de mort dans ce pays, ou aux milliers d’individus exécutés chaque année au pays de Synutra – soit davantage que dans l’ensemble du monde rassemblé. L’appel de Carhaix a pourtant « été lancé le 28 octobre 1999 à Carhaix, à l’initiative d’un groupe de citoyens de l’ensemble de la Bretagne. Il propose que se joignent à ceux qui font vivre la Bretagne d’aujourd’hui. En respectant les principes fondamentaux de la démocratie, des Droits de l’Homme et de l’attachement à la diversité et l’expression culturelle de tous les peuples. N’est donc pas concernée par cet appel toute personne dont les actes ou les propos relèvent du racisme et n’accepte pas la différence culturelle.». Les Droits de l’homme s’arrêtent-ils à la frontière économique chinoise pour M. Troadec ?

Même topo, même silence du côté de Richard Ferrand (PS), député du Finistère, conseiller régional de Bretagne et, accessoirement, ennemi intime de Christian Troadec :

Seule la création d’emplois et l’investissement en Bretagne compte ! Terminées les leçons et les grandes envolées « contre le racisme et la haine, pour la diversité » , pas un mot sur les minorités persécutées , ou sur les droits de l’homme. Anne Gallo (PS), maire de Saint-Avé et vice-présidente de la région Bretagne se réjouit, sur son compte twitter, d’accueillir au nom de la région Bretagne l’ambassadeur de Chine et représentant du Parti communiste chinois en France, Zhai Jun, cette semaine. Ce dernier venait en effet donner le feu vert afin d’annoncer la construction de nouvelles usines chinoises à Carhaix, tout en profitant pour d’autres rendez-vous à travers la Bretagne.

La diplomatie et les perspectives économiques ont donc fait oublier à la région Bretagne, gérée par une gauche « solidaire et humaniste » qu’en 2015 en Chine, selon Amnesty International, « la torture et les autres formes de mauvais traitements restaient très répandues en détention et pendant les interrogatoires, en grande partie à cause de carences dans la législation nationale, de problèmes structurels au sein du système judiciaire et des difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des règles et procédures face à des pratiques bien ancrées.». 

Salami Forough, vice-présidente du conseil régional de Bretagne, qui pourfendait récemment encore « les propos scandaleux du FN » durant la dernière session parlementaire à la région Bretagne, était par contre toute radieuse, réjouie de recevoir elle aussi, l’ambassadeur de Chine, à Brest puis à Carhaix la semaine dernière. La promesse de 700 emplois fait donc fermer les yeux à celle qui est chargée de l’Europe et des relations internationales de la région Bretagne sur la situation du Tibet et des Tibétains  toujours réprimés par le gouvernement chinois. «  Les Tibétains étaient toujours en butte à des discriminations et leurs droits à la liberté de religion, d’expression, d’association et de réunion pacifique restaient soumis à des restrictions. Plusieurs moines, écrivains, manifestants et militants tibétains ont été placés en détention, notamment le moine tibétain Choephel Dawa et l’écrivain et blogueur Druklo12. À la fin de l’année, on ignorait pour quelles charges ils étaient détenus et l’endroit où ils se trouvaient. », indique Amnesty International.

La presse applaudit …un pays dans lequel des journalistes disparaissent

Et que dire du Télégramme, qui, sur le compte twitter officiel « Le Télégramme Eco », écrit : « Très bonne nouvelle pour Carhaix; Synutra va construire deux nouvelles usines 700 emplois à la clé », sans rappeler, à aucun moment dans ses colonnes, le sort des journalistes en Chine. Là encore, rien que pour l’année 2015, le rapport d’Amnesty International est frappant : « En janvier, le gouvernement a annoncé qu’Internet serait son principal « champ de bataille » en 2015, dans le cadre de la campagne qu’il mène pour « combattre la pornographie et [les informations] illégales ». Le même mois, le gouvernement a annoncé avoir fermé 50 sites et comptes WeChat – souvent en lien avec des débats sur l’actualité, les affaires militaires ou des plateformes anticorruption – ainsi que 133 comptes diffusant des informations qui « déformaient l’histoire du Parti communiste et l’histoire nationale ». En janvier également, le ministre de l’Éducation a déclaré que les manuels étrangers seraient interdits afin que cesse la diffusion de « valeurs occidentales immorales » et a mis en garde contre l’infiltration de « forces hostiles » dans les universités.

En août, d’après les médias officiels, 197 personnes ont été « punies » pendant une campagne spéciale menée par le ministère de la Sécurité publique. Elles étaient accusées d’avoir répandu des rumeurs à propos du marché boursier, de l’explosion chimique dans la ville côtière de Tianjin survenue plus tôt dans le mois, et d’autres sujets.

À la fin du mois, Wang Xiaolu, journaliste pour le magazine financier Caixin, a été placé en détention car, selon le gouvernement, il avait écrit un article contenant des informations «forgées de toutes pièces » sur le marché boursier. Il a été contraint de faire des « aveux », qui ont été diffusés à la télévision nationale, puis a été placé en « résidence surveillée dans un lieu désigné ». Selon des observateurs des médias chinois, il a servi de bouc émissaire et d’avertissement pour empêcher la presse de donner des informations négatives sur la chute du marché boursier.

En octobre, le journaliste d’investigation Liu Wei a été placé en détention après avoir révélé une affaire de corruption mettant en cause des représentants du gouvernement. Le célèbre historien Yang Jisheng a été contraint de démissionner de sa fonction de rédacteur en chef du journal progressiste Yanhuang Chunqiu après que l’Administration générale de la presse, des publications, de la radio, du film et de la télévision eut reproché au magazine d’avoir publié des dizaines d’articles « contraires aux règles ».»

Nul doute que les opposants politiques à la gauche en Bretagne, où les rivaux des décideurs économiques ayant encouragé ce rapprochement entre la Chine et la Bretagne, ne manqueront pas de renvoyer dans les cordes les donneurs de leçon lors des débats locaux, régionaux, nationaux, sur la démocratie, les droits de l’homme, la République …

Christian Troadec, qui vient d’annoncer sa candidature « régionaliste » à l’élection présidentielle, entend bien sûr défendre les minorités. En France. Pour la Chine, intérêt économique oblige, c’est manifestement un autre sujet.

Yann Vallerie

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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7 Commentaires

  1. A quel article bien-pensant !
    Sous prétexte que la Chine est bien connue pour ne pas respecter les droits de l’homme, il ne faudrait pas accueillir les investissements chinois à Carhaix?
    Que c’est beau et cela donne la larme à l’oeil. Et alors que faut-il faire sachant que les opportunités de développement économique du Poher ne sont pas légions.
    Demander à la Russie? à l’Iran? Aux USA. Vous voulez rire car quelque soit le pays vous trouverez toujours un prétexte pour dire que le pays en question est ceci ou cela?
    Ne rien faire donc! Cela est tout à fait encourageant car cela signifie hélas laisser crever la population locale et regarder les trains du développement passer, un peu comme le héron de la fable de la Fontaine….

    Entre l’espoir de vivre 20 ans de plus même si on n’est pas forcément d’accord sur la nationalité de l’investisseur et mourir de suite, je pense que le choix est vite fait

    Parce que vous croyez que ce sont les élus politiques qui doivent faire quelque chose? A part Troadec qui se bouge les fesses pour son pays (Certes cela plait ou pas mais au moins il fait quelque chose), on ne peut pas dire que les autres élus (qu’ils soient de gauche , de droite ou de l’extrême droite) fassent de même. A part donner des leçons, il ne font rien car ils s’en sont incapables, parce que la vaste majorité d’entre eux n’a jamais été confronté directement au monde économique, tout fonctionnaires et apparatchiks qu’ils sont.

    • Bien pensant l’article ? Vous n’avez visiblement pas perçu qu’il s’agissait manifestement d’ironie ?
      M. Troadec passe sont temps à faire la leçon aux uns et aux autres sur les droits de l’homme, la démocratie, etc. Il est donc normal de lui demander pourquoi il ferme les yeux concernant la Chine. Ou en tout cas il est normal de signifier que ces élus de gauche ne sont plus légitimes pour donner une quelconque leçon de démocratie à leurs concurrents.
      Il ne semble pas que la Russie ou les USA soient des dictatures à la chinoise….

  2. « Christian Troadec, qui vient d’annoncer sa candidature « régionaliste » à
    l’élection présidentielle, entend bien sûr défendre les minorités. En
    France. Pour la Chine, intérêt économique oblige, c’est manifestement un
    autre sujet. »

    Et c’est très bien comme ça. Chacun est maître chez soi et ce principe empêche le paternalisme, le néo-colonialisme et l’ingérence. À tous d’en faire de même.

  3. Certes, le gouvernement communiste chinois est totalitaire, utopique, violent, coercitif, inhumain etc. Mais le vrai probleme est que nous laissons grignoter notre terre par des étrangers. Chinois ou américains, qataris ou suédois, ça ne ferait aucune différence. La France ne doit pas être bradée ainsi à l étranger! Quel avenir pour nos enfants dans un pays qui ne sera plus le leur? La mondialisation ainsi Vince est une dangereuse folie…

  4. Hors sujet. Je vois pas pourquoi on devrait parler des droits de l homme a tous les chinois qui investissent en france. Est ce que quand vous achetez des habilles ou des telephones made in china vous faites autant de tralala. Franchement , actuellement, c est le chaos eco’omique. Soyons des bretons opportunistes et conquerants , pas des francais chafouins et deprimes. Les chinois sont une chance. Ils apportent l envie d entreprendre et c est une belle lecon par les temps qui courent.

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