21/07/2016 – 08H00 Paris (Breizh-info.com) –Régulièrement, la rédaction de Breizh-Info interroge Alain de Benoist, intellectuel majeur de la Nouvelle Droite, sur l’actualité et sur les évènements qui s’enchainent, en France, en Europe, dans le Monde.

Breizh-info.com : Nice, Turquie, Brexit : est-on en train d’assister à une accélération de l’histoire ?

Alain de Benoist : Il y a déjà eu des attentats en France (et il y en aura d’autres), comme il y a déjà eu des coups d’État en Turquie (et ce n’est sans doute pas le dernier). Le Brexit est plus important, surtout s’il s’avère qu’il aura marqué le début de la déconstruction européenne. Mais cela suffit-il à parler à d’« accélération de l’histoire », expression dont une définition précise est encore à donner ? Plus intéressante me paraît être l’accélération sociale, à laquelle Hartmut Rosa a consacré un excellent livre : « L’accroissement de la vitesse, écrit-il, constitue le véritable moteur de l’histoire moderne ».

Mais cette accélération-là n’a pas grand-chose à voir avec les événements qui font la une des médias. C’est une accélération silencieuse, d’autant plus efficace qu’elle ne fait pas de bruit. Si l’on recherche le décisif, plus que vers Ankara, c’est vers la Silicon Valley qu’il faut se tourner.

Breizh-info.com : Les responsables européens sont-ils à la hauteur des événements ?

Alain de Benoist : Vous connaissez très bien la réponse. Ces gnomes ne sont même pas à la hauteur d’eux-mêmes.

Breizh-info.com : Que vous inspire la tentative de coup d’État en Turquie ?

Alain de Benoist : Ses auteurs s’y sont véritablement pris comme des manches, ce qui confirme une fois de plus que les militaires putschistes sont rarement intelligents. Erdogan, comme de Gaulle en avril 1961, a au contraire réagi avec une rapidité et un sens du moment historique qui méritent l’admiration. C’est une belle illustration du propos de Carl Schmitt : « Est souverain celui qui décide dans le cas d’exception ».

Le président turc est évidemment le grand vainqueur de ce coup d’État avorté : ses adversaires lui ont offert sur un plateau d’argent les circonstances qui vont lui permettre de museler son opposition. Reste à savoir si l’événement ne va pas également dégrader les relations de la Turquie avec les Etats-Unis, ceux-ci n’ayant condamné le coup d’État qu’avec un retard assez suspect. Il faudrait alors s’attendre à une confirmation du rapprochement entre Ankara et Moscou. Mais rien n’est sûr. La Turquie étant une spécialiste du triple ou quadruple jeu, il est difficile d’en dire plus pour le moment.

Breizh-info.com : Du Front national au Parti communiste français, il semblerait que la solution du « tout sécuritaire » soit prisée pour combattre l’islamisme. Partagez-vous cet avis ? Le mal n’est-il pas plus profond, et à traiter à la racine ?

Alain de Benoist : La quasi-totalité de la classe politique estime que la réponse au terrorisme doit être avant tout « sécuritaire ». Cela revient à vouloir agir sur les conséquences plutôt que sur les causes, c’est-à-dire à chercher à régler en aval ce qui doit se régler en amont. Les mesures dites de sécurité ne servent en outre pas à grand-chose. La présence des militaires dans les rues rassure, mais ne protège pas. Le renseignement reste inefficace aussi longtemps qu’il n’est pas orienté vers le décèlement précoce. Quant aux mesures d’exception, que réclament les hystériques, elles ne font que restreindre les libertés sans améliorer la situation.

Comprendre le djihadisme, afin de mieux lutter contre lui, implique un changement radical des mentalités. Nos contemporains estiment pour la plupart que rien n’est pire que la mort, idée dont ils ignorent qu’elle est assez récente (mais à laquelle l’idéologie libérale apporte sa caution : l’Homo œconomicus étant posé comme fondé à toujours rechercher son meilleur intérêt, il n’est objectivement rien au nom de quoi on puisse lui demander de sacrifier sa vie).

Ils se sont par ailleurs habitués à penser que la religion trahit sa vocation quand elle encourage le fanatisme. Cela leur interdit de comprendre la dimension existentielle d’un activisme islamiste dont les protagonistes, non seulement ne craignent pas la mort, mais la recherchent volontairement avec passion. Cela leur interdit aussi de comprendre ce fait brutal qu’à l’heure actuelle, le djihadisme est apparemment la seule cause pour laquelle des milliers de jeunes sont prêts à aller mourir loin de chez eux. L’explication psychologique par la « folie » et la « radicalisation » des « déséquilibrés » arrange tout le monde. Grande différence culturelle, que les Américains ont déjà éprouvée en Afghanistan : quand un Occidental est tué, sa famille le pleure ; quand un djihadiste est tué, sa famille prend les armes. Les armes ou les larmes : il faut choisir.

Breizh-info.com : La France peut-elle basculer dans la guerre civile ?

Alain de Benoist : Vous m’avez déjà posé la question, et ma réponse est la même : pour l’instant, c’est non. Des colères ne suffisent pas à déclencher une guerre civile, et il en va de même des actes de violence, même répétés, ou des éventuelles dérives individuelles ou groupusculaires de sociopathes du type Breivik.

Il ne peut y avoir une guerre civile que lorsque des masses ont le désir, la volonté et les moyens de se battre. Je ne vois rien de tel actuellement. Les réactions qui font suite aux attentats le démontrent amplement : ce que les Français veulent aujourd’hui, ce n’est pas la guerre, mais la paix – et même la paix à tout prix.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : Marsault
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

9 Commentaires

  1. Deuxième essai après subreptice disparition (raison technique souhaitée et non crime de lèse-benoisterie) :

    _____________________________________________
    Quelques lignes raisonnables au sein d’un délire racialo-belliciste :

    « La quasi-totalité de la classe politique estime que la réponse au terrorisme doit être avant tout « sécuritaire ». Cela revient à vouloir agir sur les conséquences plutôt que sur les causes, c’est-à-dire à chercher à régler en aval ce qui doit se régler en amont. Les mesures dites de sécurité ne servent en outre pas à grand-chose. La présence des militaires dans les rues rassure, mais ne protège pas. Le renseignement reste inefficace aussi longtemps qu’il n’est pas orienté vers le décèlement précoce. Quant aux mesures d’exception, que réclament les hystériques, elles ne font que restreindre les libertés sans améliorer la situation. »

    http://www.breizh-info.com/2016/07/21/46809/alain-de-benoist-gnomes-brexit-turquie-nice

    Alain de Benoist se montre par ailleurs étrangement naïf devant le prétendu coup d’Etat turc !

    Mais son manque d’objectivité éclate surtout quand il reproche aux foules occidentales de vouloir « la paix à tout prix ». Il ferait bien d’accorder au moins une brève attention à l’hypothèse rivale qu’elles regardent à deux fois avant d’admettre qu’elles seraient d’ores et déjà en guerre, sans que le prix en ait été annoncé et encore moins débattu.

    • Mais son manque d’objectivité éclate surtout quand il reproche aux foules occidentales de vouloir « la paix à tout prix ».

      Non,
      là, je suis d’accord avec AdB. C’est par la tête qu’on peut résister,
      non par la tripe. Et la déstructuration ethnique – le génocide culturel –
      a atteint un tel degré que le système immunitaire des peuples semble
      irrémédiablement bousillé. La France, par exemple, est un pays défiguré
      et qui n’a plus de « forme intérieure ». Déjà, presque tous les Français
      d’un peu de valeur se sont expatriés (je parle des jeunes). Restent des
      gens qui ne présentent pas de différences fondamentales avec les
      « néo-Français » qui nous veulent tant de bien. Je répète cette évidence
      un peu bas de plafond (mais vraie): c’est par le sommet que les peuples
      se distinguent et résistent, pas par la base qui au mieux constitue une
      matrice avec un poptentiel de renouvellement des élites naturelles. Mais
      admettons. Vous croyez que les derniers Français « de souche » sur place
      se battraient pour quoi? Pour défendre Hollande? Le string? Les
      hamburgers? Le rap francophone? Ils ramperont pour quémander la paix à
      n’importe quel prix. Ils le font déjà. AdB a raison. Et j’en suis
      personnellement accablé, mais qu’est-ce que vous voulez faire?

      • D’accord, a ceci pres que de Benoist, primo defend le role aristocratique des minorites agissantes (au rang desquelles evidemment il se place en toute modestie) et secundo n’a jamais rien fait de sa vie pour concretement agir contre toute la m## dont nous crevons. Loin de la, il a toujours condamne toute initiative populaire de resistance en etalant sa haine des « beaufs » et des « racistes » qui lui « soulevaient le coeur » a vouloir lutter. Donc il a ZERO lecon a donner.

  2. Je ne crois pas du tout que les gens veulent la paix a « tout prix. »Peut-être faut-il arrêter d’insulter les Français:ils ne sont pas des veaux,ils vont se réveiller et on verra leur courage et leur dignité

    • Effectivement,il semble que ,surtout dans la jeunesse,il y a un réveil du sens national,du patriotisme. Long,trop long à venir, le sursaut maintenant ,est inéluctable et se précisera au fur et à mesure des attentats et,n’oublions pas le rôle essentiel d’internet dans le développement de la conscience politique des jeunes …et des moins jeunes!

  3. […] La rédaction de Breizh-Info a interrogé Alain de Benoist, intellectuel majeur de la Nouvelle Droite, sur l’actualité et sur les évènements qui s’enchaînent, en France, en Europe et dans le monde. Nous reprenons ici cette entretien publié le 21 juillet 2016 par Breizh-Info.  […]

  4. Ce qu’il y a d’exaspérant, avec AdB, c’est qu’il change d’opinion
    comme de chemise, au gré des modes. Il n’y a pas de continuité de
    pensée, seulement du racolage afin de se faire passer pour un
    intellectuel à froid et plein de recul face aux événements, un peu façon
    Goethe ou Jünger. Seulement il n’est ni Goethe ni Jünger, qui étaient
    des héros virils et actifs, et des penseurs profonds. Je pense que c’est
    à cette totale absence de continuité qu’on peut juger qu’il n’est pas
    un philosophe. Et j’en viens même à douter avec le temps qu’il ait une
    véritable personnalité. Il n’assume rien (la Nouvelle Droite, il paraît
    qu’il n’aurait jamais inventé ça, que c’est une étiquette calomniatrice
    collée sur lui par le vilain BHL) et plagie même les autres dans un trip
    mytho-mégalo-gâteux bizarre et qui s’accélère de façon vertigineuse (il
    aurait inventé le concept de « mêmeté » – non, c’est Ricoeur, mon vieux –
    il aurait inventé l’expression de pensée unique… non, c’est JF Kahn,
    tout le monde le sait. etc. etc. etc.) Bref, ce n’est pas de l’avis de
    cette girouette dont nous avons besoin.

    • J’ai ete liee au titre de « Facebook friend » pendant deux ans a de
      Benoist. Aussi, j’ai ete tres surprise de lire « qu’il meprisait les
      reseaux sociaux » et n’avait jamais eu de compte Facebook. C’est le coup
      du renard et des raisins, avec de Benoist. Comme il n’avait aucun succes
      sur Facebook, il a fait comme s’il meprisait la chose. C’est la que je
      me suis rendue compte qu’il avait fait ca toute sa vie, avec tout. Ce
      n’est pas un type fiable. Vous avez raison. Trop vaniteux. D’ou son brouillard ideologique destine a entretenir l’ambiguite et ne pas se couper des gens mediatiquement influents derriere qui il court pathetiquement (Onfray, dernierement).

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