Pour Charles Dickens, Clinton et Trump, même combat !

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En cette année d’élection présidentielle aux États-Unis, alors que les médias français livrent une vision déformée, sinon caricaturale des deux candidats principaux Donald Trump et Hillary Clinton, il est plaisant de tomber sur un extrait de l’essai de Charles Dickens, « American Notes a General Circulation » paru en 1842, jamais traduit en français.

A cette date, Dickens est l’écrivain britannique le plus connu (Walter Scott est mort en 1832). Il est très lu et admiré aux Etats-Unis. Il s’y rend donc et reçoit un accueil enthousiaste de la haute société à Boston et à New-York. Le romancier qui s’est déjà révélé un contempteur féroce du capitalisme dans son pays (il rejoint, sur bien des points, Friedrich Engels), visite, observe et retient beaucoup de son voyage. Au retour, il livre un constat et des conclusions beaucoup moins flatteuses que celles de Tocqueville dans son essai  De la démocratie en Amérique (1835, 1840).

En 1954, Les Editeurs français réunis (maison liée au Parti communiste) publient, de Charles Dickens, « Martin Chuzzlewit ». La traduction est de Pierre Daix. Communiste à 17 ans, rentré de Mauthausen à 23, Daix est alors un des intellectuels les plus brillants du P.C.F. Après sa rupture avec les staliniens, il deviendra un remarquable critique d’art, en particulier sur Picasso.

En 1954, il a encore la foi du charbonnier. Dans sa longue introduction à « Martin Chuzzlewit », il ne résiste pas au plaisir de livrer ce jugement de Dickens sur les Etats-Unis : « Je pense qu’il n’y a pas de pays sur terre où il y ait moins de liberté d’opinion. La presse est en grande partie responsable de la terreur politique et sociale. C’est une presse corrompue, vénale… Son mauvais œil pénètre dans chaque maison, sa main noire touche à chaque nomination dans l’Etat, du président au portier… c’est la seule lecture d’une masse énorme de gens qui doivent trouver leur pâture dans un journal sans quoi ils ne lisent rien du tout. C’est possible parce que le système du gouvernement est lui-même corrompu jusqu’à la moelle. Fraudes les plus méprisables aux élections ; tripatouillage en sous-main avec les fonctionnaires ; lâches attaques contre l’opposition, couvertes par les journaux les plus orduriers, avec des plumes serves en guise de poignards ; abaissements honteux devant des valets mercenaires, dont la seule raison d’être considérés est que, chaque jour, ils sèment de nouvelles moissons de ruines dans leur presse vénale : Soutien et encouragement de chaque mauvais penchant dans l’esprit populaire ; habile élimination de toutes les bonnes influences, voilà qui vous sautait aux yeux dans chaque recoin (de la Chambre des Représentants à Washington). En un mot la faction du déshonneur dans sa forme la plus dépravée, la plus éhontée. La liberté aux Etats-Unis n’est que la liberté d’extension du pouvoir de l’argent. »

La notice « Charles Dickens » de Wikipedia (remarquable) précise que pour satiriser les Américains, l’écrivain dresse un tableau de l’anglais usité par eux, un « newspeak » qui anticipe sur la « novlangue » du « 1984 » de Georges Orwell. Des verbes passe-partout, de l’enflure rhétorique, « une déviance linguistique exprimant la déviance d’une nation corrompue et fière de l’être ».

Jean Heurtin

Crédit photo : DR
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2 réponses à “Pour Charles Dickens, Clinton et Trump, même combat !”

  1. Pschitt dit :

    Faut-il s’arrêter à ce que Pierre Daix disait des Etats-Unis en 1954 ? A une époque où comme vous le dites « il a encore la foi du charbonnier », il n’en connaît sans doute rien d’autre que ce qu’il a lu dans la presse communiste ! Et s’il complète cette connaissance par la lecture de « Martin Chuzzlewit », il a tout faux. Ce livre est un roman et pas un essai comme « De la démocratie en Amérique ». Dickens y fait du Dickens.
    Et puis, il a été fortement déçu par son voyage de 1842 car il s’était imaginé une Amérique toute différente. Et il n’a pas aimé les Américains. Il y a sans doute du règlement de comptes personnel dans son roman.
    De plus, comme il était courant à l’époque, « Martin Chuzzlewit » s’est vendu par épisodes ou « livraisons » mensuelles et les premiers épisodes, qui se situent en Angleterre, ont été un échec commercial, et l’on dit que Dickens a alors modifié son intrigue pour que la suite du roman se déroule en Amérique, en faisant appel aux sentiments anti-américains de beaucoup d’Anglais. Et les ventes ont progressé.
    Enfin, il faudrait ajouter que Dickens a fait en 1867-1868 un second grand voyage en Amérique à l’issue duquel il a complètement viré sa cuti ! A l’en croire, les Etats-Unis ont changé du tout au tout en un quart de siècle. En bref, la vision de « Martin Chuzzlewit » est tout aussi « déformée, sinon caricaturale » que celle de la presse française contemporaine, et en plus elle est périmée !

  2. Anton Gualli dit :

    la belle référence ! une crapule stalinienne…

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