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Le restaurant Anne de Bretagne à la Plaine sur Mer est une institution gastronomique bretonne, pas de celles qui embaument la lande ou les froids embruns de la côte nord, mais plutôt de cette Bretagne méridionale au septentrion des marches avantagères où, sitôt franchie la Loire, on sent un changement de climat, de végétation, quand l’ardoise cède la place à la tuile romaine et le cidre s’incline devant le vin.
Ce sont les aléas de l’existence qui m’ont conduit à cet établissement. La Mare aux oiseaux en Brière affichant complet, même la mangeoire des grues était retenue, je me suis résolu à chercher plus loin et, sur les conseils du guide Michelin, je suis parvenu à la Plaine sur Mer.
Tout d’abord, il faut y arriver. Les habitants de la Bretagne nord ont à passer le pont de Saint-Nazaire et c’est déjà toute une aventure. Non seulement parce que le spectacle est superbe, notamment les navires sur cale en cours de construction, mais aussi parce que le fleuve montre ici toute sa dimension, autre chose que le méchant filet d’eau qui traverse Nantes.
Ensuite, une longue pérégrination par d’interminables zones grises où pullulent depuis 1936 les constructions basses destinées à accueillir les théories de citadins en mal d’iode. Après un ultime rond-point, nous parvenons en vue de la mer qui nous accueille par une brise si chargée d’embruns et d’odeurs d’algues que l’on a l’impression de gober des huîtres. L’hôtel restaurant est là, tout près, avec un parking qui donne sur le petit port de la Plaine sur Mer.
D’inspiration moderne, tout de verre vêtu, le bâtiment fait face à l’océan et les clients sont amenés vers des tables qui ont vue sur mer. Le mobilier moderne se marie bien à la décoration d’ensemble sobre et élégante. Le personnel, jeune et aimable, est présent sans être pesant, un art que seules les grandes maisons maîtrisent à merveille.
Après un amuse-bouche à base de sardines, dont des sardines au beurre salé croustillantes et superbement réussies, nous avons opté pour un menu Bacchus avec un accord mets et vins, cela pour épargner à mes convives mes propres goûts bachiques, d’autant que je n’avais pas vu de Crozes Hermitage blanc dans une carte des vins survolée, épaisse comme un Bottin téléphonique (mais qui au moins comportait un sommaire).
Il n’en faut pas moins pour une cave réunie par Michèle Vetelé, l’épouse du chef, élue sommelière de l’année en 2009, dont les loges, dit-on, abritent trente mille cols et plus de mille vins différents. C’est cette maîtresse femme qui se charge d’assortir les nectars aux mets et je me suis dit que, sous sa guidance, nous allions naviguer hors des routes balisées, de quoi tenter le scion d’une lignée de marins.
En entrée des langoustines royales en cassolette, parfaitement cuites, même si pas assez chaudes à mon goût, avec un accompagnement original où l’on identifie des fruits. Le vin proposé est, comme je l’avais supposé, un gewurztraminer qui se révèle parfait et inattendu pour accompagner des fruits de mer.
A la suite, un turbot pour les uns, un carré d’agneau pour les autres. Une esthétique parfaite dans la présentation des plats techniquement sans faute. J’apprécie la présence de pousse pieds et de palourdes dans l’accompagnement du poisson. De mon côté, des légumes encadrent cinq médaillons d’agneau qui se battent en duel dans une assiette immense. Ici le vin proposé avec la viande est un bourgueil. Je n’avais pas deviné un vin de Loire, penchant plutôt pour un vin plus à l’est.
Enfin, avec le dessert arrive l’apothéose. Sous la main de maître de Jérémie Bousseau, un chef pâtissier qui n’a pas trouvé son diplôme dans une pochette-surprise, nous voyons arriver des constructions élaborées qui réservent des éblouissements à chacun des convives. Pour les uns une préparation de framboise où un oeuf se fait briser à la fourchette pour dévoiler un contenu époustouflant, pour les autres, une préparation de chocolats en étages qui croque et qui fond en même temps. Cette fois, pour accompagner le chocolat, un vin doux naturel, où je ne perçois pas d’ajout d’alcool. Après quelques hésitations, j’opte pour un vin doux espagnol, sans doute un malaga. Le jeune sommelier me corrige, ce n’est pas un malaga, mais un vin doux naturel de la région de Grenade car il n’est pas muté contrairement au malaga. Je suis étonné par l’affirmation du jeune homme qui semble sorti du ventre de sa mère mais qui porte quatre ans d’expérience sous le tablier. Vérification faite par la suite, c’est vrai et je l’ignorais.
Il est temps de retrouver la rive droite de la Loire et nous quittons les lieux à regret tant cet établissement est accueillant, le service impeccable et un personnel jeune et emphatique. L’endroit idéal pour se retrouver entre amis ou pour convier un client pour lequel on a de l’amitié.
Pourquoi alors me reste-t-il comme comme un sentiment d’inachevé ? Pourquoi en roulant me viennent à l’esprit les aventures de Lemuel Gulliver à Lilliput que j’avais lues pendant mon enfance ? Sans doute parce que je ne suis pas sorti rassasié du restaurant Anne de Bretagne.
Certes, on ne demande pas à sortir repu d’un deux étoiles Michelin, mais quand le carré d’agneau annoncé à la carte se transforme en médaillons, on reste sur sa faim.
Ne jugeons pas un homme de l’art à l’aune d’un nourrisseur. Philippe Vetelé cherche à éblouir, pas à gorger tout comme son épouse cherche dépayser les papilles, pas à étancher.
Chapeau bas à un lieu exceptionnel, à un couple qui récolte aujourd’hui les fruits d’un labeur passionné, l’un devant les fourneaux, l’autre au fond des loges. Une maison à recommander pour se faire plaisir.
Tristan M
Hotel restaurant Anne de Bretagne
Port de la Gravette | 163 blvd de la Tara, 44770 La Plaine-sur-Mer
Photos : DR
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