ONPL (orchestre national des Pays de la Loire) : musique céleste à la française

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31/10/2016 – 05H45 Nantes (Breizh-info.com) – En ce début de novembre, voici deux œuvres majeures du répertoire français au programme de la saison de l’ONPL (Orchestre national des Pays de la Loire). Les mélomanes de Cholet, Angers et Nantes peuvent se précipiter.

Ils entendront, tout d’abord, le Requiem (1947) de Maurice Duruflé. Publié un demi-siècle après celui de Gabriel Fauré, et joué partout dans le monde au même titre que celui-ci, il est certainement l’une des plus belles partitions de déploration du XX° siècle. Moins théâtral que celui de Verdi (1874), que le War Requiem (1962) de Benjamin Britten, ou que le Requiem polonais (1984) de Penderecki, l’œuvre de Duruflé suit la thématique grégorienne de la ‘Messe des Morts’ et l’amplifie en une polyphonie chorale de première grandeur.

Combinant des rythmiques non mesurées, des arabesques enserrant de leurs volutes la tradition grégorienne, et une harmonie modale reprenant les leçons du Saint Sébastien de Debussy ou des chœurs angéliques de Fauré, ce Requiem sera servi par le chœur de l’ONPL que Valérie Fayet a guidé dans ses répétitions.

Trop négligée en France alors qu’elle est adulée sur le reste de la planète, cette partition vaut à elle seule le déplacement. Elle montre assez que des tentatives d’accord entre musique savante et sensibilité ordinaire, telles que celles explorées par le compositeur estonien Arvo Part dans les années 1980, avaient déjà trouvé en France une voie de résolution une génération plus tôt avec Duruflé, sans aucun besoin de doctrine dite ‘minimaliste’.

Jamais le conflit entre héritage et modernité n’aura trouvé une pacification aussi profonde que dans cette œuvre majeure de l’art français, celui qui, depuis Couperin, sait concilier les contraires sans les heurter de front.

La sublime Symphonie en ré mineur de César Franck sera donnée en seconde partie des concerts de l’ONPL. Créée en février 1899, elle fut incomprise à son époque par la quasi totalité de la critique dormante, sauf par un Claude Debussy de 27 ans qui écrira avoir été « saisi de manière ébouriffante » par cette symphonie testamentaire. Venu d’un jeune homme qui œuvrera bien loin de l’école franckiste, sauf peut-être dans son Quatuor (1893), c’était un hommage prophétique.

Pour ses contemporains, Franck était réputé orchestrer « comme un organiste », c’est-à-dire comme un pied. Ce qui n’empêchera pas toutes les grandes formations internationales du XX° siècle de mettre cette symphonie à leur répertoire. Le problème que pose l’œuvre est moins à chercher dans son orchestration que dans son exécution. Magnifiquement instrumentée, la partition demande un chef capable d’en équilibrer les subtilités, de respecter le rôle des différents solistes, de laisser s’exprimer les reprises cycliques des thèmes, et de faire entendre les basses qui en soutiennent l’architecture, sans les surligner.

Les plus réputés des maestros (pas moins de quatre-vingt dix enregistrements internationaux) s’y sont cassés la baguette. Faut-il être français pour retrouver l’esprit du compositeur liégeois naturalisé, qui enseigna au Conservatoire de Paris et marqua de son empreinte toute la fin du XIX° siècle musical ? Gageons que le chef belge Patrick Davin, lui aussi formé au Conservatoire de Liège, comme César Franck, et qui dirigera l’ONPL pour ces concerts, saura retraduire l’esprit tour à tour véhément, mystique et pacifié de l’une des très rares grandes symphonies (avec celle de Berlioz) du répertoire français du XIX° siècle, due à un compositeur que l’un de ses successeurs aux orgues de Sainte-Clotilde à Paris qualifia de « Père séraphique ».

Cholet, le 5 novembre ; Angers, les 6 et 10 novembre ; Nantes, les 8 et 9 novembre. Réservations ici.

JF Gautier

Photo : DR
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