Si l’on en croit les médias et les politiciens, tout le débat démocratique serait contenu dans la confrontation entre droite et gauche. L’historien des idées Arnaud Imatz vient de publier un ouvrage d’une grande richesse dans lequel il met en évidence l’artificialité contemporaine de cette confrontation ainsi que la nébulosité de ces concepts dont les contenus n’ont cessé de changer.

Une droite éternelle introuvable

                        Des gens, forts sympathiques au demeurant, qui se disent de droite, essaient de réaliser une union de ‘’la’’ droite sans que la nature de cette droite n’ait été au préalable précisée. Cette initiative ne soulève pas l’enthousiasme des partis dits de droite, c’est le moins que l’on puisse dire, ce qui n’est pas pour nous surprendre tant il est vrai que la classe politicienne dite de ‘’droite’’ est imprégnée des idées diffusées depuis cinquante ans par la gauche et l’extrême-gauche.

                     Henri de Lesquen, l’actuel président de Radio Courtoisie, pense que la droite est ordonnée à l’idée de liberté tandis que la gauche est, quant à elle, ordonnée à l’idée d’égalité, ce qui ne va pas soi parce que, d’une part, les gauches n’ont pas ignoré l’idée de liberté et d’autre part, elles ne détiennent pas une exclusivité de l’idée d’égalité.

De plus, les concepts d’égalité et de liberté sont polysémiques et les droites comme les gauches en ont adopté des significations très diverses. Quant à Denis Tillinac, qui croit que le clivage droite/gauche est inscrit de manière indélébile dans la culture politique française depuis 1789, il pense que le fondement de la droite éternelle  ne serait pas de l’ordre des idées mais de celui de l’imaginaire (à défaut d’idées communes, il y aurait un imaginaire commun !).

De quel imaginaire parle Tillinac ? De celui des monarchistes, ou plutôt de celui des bonapartistes, ou encore de celui des libéraux-libertaires de ‘’droite’’ façon Juppé….. ? Il y a eu, depuis 1789, au moins une douzaine d’imaginaires de ‘’droite’’, différents et, le plus souvent, inconciliables.  Son point de vue n’est pas convainquant et celui de ceux qui militent en faveur de l’union des partis dits de droite l’est aussi peu parce qu’une coalition électorale qui rassemblerait ces partis et le Front National est impensable ; les positions des uns et des autres sont inconciliables sur les questions essentielles (Union Européenne, OTAN, relations transatlantiques, immigration…….).

Nous parlons là des appareils partisans. Quant aux électeurs, il en va différemment ; nous savons qu’une moitié des électeurs de la droite sont très proches de ceux du Front National ; c’est à ce niveau que se situe la possibilité d’une hypothétique union, mais les partis dits de gouvernement ont encore la maîtrise du système électoral.

                       Arnaud Imatz rappelle très justement dans son ouvrage que la notion de droite recouvre des réalités très diverses et recèle des oppositions insurmontables. En fait la seule droite authentique a été celle de 1789, c’est-à-dire celle qui s’est opposée aux révolutionnaires radicaux et qui militait pour le maintien ou la réforme de la monarchie.

Si on veut élargir un peu le périmètre de cette droite, on peut éventuellement inclure dans cette première et seule vraie droite, les ultras de 1815 et, éventuellement, les orléanistes, mais l’idéologie nationaliste de l’Action Française, bien que monarchiste, est en fait très différente de celle des premiers légitimistes.

Quant aux bonapartistes, qui se sont retrouvés à droite consécutivement à l’apparition de mouvements républicains radicaux et socialistes, ils sont des héritiers des Jacobins dont Bonaparte fut un proche et tous les groupes de droite qui, à partir de 1875, se sont ralliés à la République (sans avoir pris le temps d’analyser ce qu’était vraiment le corpus républicain), adoptèrent des idées totalement étrangères à celles de leurs prédécesseurs monarchistes.

                     Quelles sont les idées communes à la fois aux légitimistes, aux catholiques traditionnalistes (de Maistre…), aux orléanistes, aux bonapartistes, aux nationaux-monarchistes (Maurras), aux fascistes (Vallois ; Doriot), aux démocrates chrétiens, aux conservateurs chrétiens (De la Tour du Pin….), aux républicains conservateurs (de la Rocque), aux libéraux de droite, aux radicaux de droite, aux gaullistes et aux nationaux-populistes ? Il n’y en a pas ; il est impossible de définir un corpus commun à tous ces courants qui ne s’associèrent que face à un ennemi commun (la république corrompue au cours des années trente du siècle dernier ; le communisme entre 1917 et 1990….).

La notion de droite (qui apparut au tournant du vingtième siècle seulement) a toujours servi à désigner des coalitions éphémères ; il n’y a pas d’essence de la droite ou alors, si on considère qu’il y en a une, il faut choisir parmi tous les corpus intellectuels dits de droite celui auquel on accorde le label ‘’de droite’’ ce qui rejette tous les autres à gauche.

C’est ce que fit Jacques Anisson du Perron qui écrivit en 1990 que seul le courant ‘’contre-révolutionnaire’’ pouvait être considéré comme étant de droite, tous les autres courants politiques étant nécessairement de gauche ! Quant au général De Gaulle, il refusait le qualificatif ‘’de droite’’ et ce n’est que très récemment que Sarkozy revendiqua cette appellation que ses prédécesseurs refusaient obstinément depuis la seconde guerre mondiale.

Une gauche très diverse

                     L’histoire de la gauche (ou plutôt des gauches) est presque aussi complexe que celle des droites. De la gauche libérale de 1789 à la gauche libérale/libertaire de 2016 en passant par le jacobinisme terroriste de 1793, les socialismes, les communismes, les anarchismes et le gauchisme soixante-huitard, il n’est pas très facile d’identifier un fil conducteur.

Néanmoins, il y a une constante dans l’histoire des gauches, c’est l’idée d’égalité mais le sens donné à cette dernière a beaucoup changé au fil des temps ; elle concerna d’abord l’égalité politique et juridique (bien qu’en fait le régime souhaité par les révolutionnaires de 1789 visait à donner le pouvoir à la bourgeoisie) puis, avec l’apparition de l’idée d’égalité sociale et économique (souvent associée au rejet de l’aliénation liée au salariat), s’ouvrit l’ère des socialismes avant celle des communismes et depuis 1990, nous assistons à la mutation de l’idée d’égalité en idée d’indifférenciation, laquelle en est une forme extrême; indifférenciation entre nationaux et étrangers (mondialisme ‘’sansfrontièriste’’), entre hommes et femmes (théorie du genre)….. . Toutes les gauches actuelles (à de rares exceptions près) se sont ralliées à cette folle interprétation de l’idée d’égalité qui est une conséquence de la croyance absurde dans l’égalité de nature des êtres humains.

Il n’y a pas d’égalité naturelle dans ce monde et la plus sophistiquée des ingénieries sociales n’a jamais réussi à corriger les inégalités naturelles.

                        L’idée commune d’égalité, qui n’avait pas la même signification pour tous les courants de la gauche, n’a pas toujours permis leur unification. Ces courants (républicains, socialistes, anarcho-syndicalistes, communistes….) se sont opposés frontalement jusqu’à l’affaire Dreyfus, laquelle provoqua leur convergence provisoire.

Mais leur histoire fut par la suite très chaotique ; ainsi lors de la création du parti communiste français en 1920. La formation d’un front populaire éphémère en 1934 – 1937 fut aussi difficile que celle de l’union de la gauche de 1981. Actuellement, la gauche se divise à nouveau entre, d’un côté, ceux qui sont partisans d’une réelle égalité économique et, de l’autre, les libéraux/libertaires qui acceptent les inégalités économiques générées par la mondialisation libérale (ces derniers se donnent bonne conscience en défendant les droits des immigrés et des minorités sexuelles).   

Le clivage droite/gauche est un leurre

                       La droite et la gauche se ressemblent de plus en plus ; la gauche s’aligne sur le libéralisme économique de la droite et la droite se convertit au libertarisme des mœurs propre à la gauche tandis que le Front National, pour lequel votent près du tiers des électeurs, campe dans un no man’s land ‘’quelque part entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite, derrière le président et le dos tourné à l’Assemblée’’ !

Contrairement à ce que croient tous ceux qui accordent du crédit au pseudo-clivage droite/gauche contemporain, la véritable fracture ne se situe plus là où ils le pensent (le clivage droite/gauche a eu une réelle existence quand les droites avaient un ennemi commun, par exemple les communistes alliés du régime stalinien) mais entre ceux qui considèrent que la diversité (des peuples, des cultures, des civilisations, des traditions, des langues, des Etats….) est un bien et ceux qui militent en faveur de l’unification de l’humanité (dans le cadre d’un égalitarisme absolu qui se propose d’éradiquer toutes les différences y compris la différence entre les sexes ! ).

Parmi les premiers figurent  l’anthropologue Claude Lévy-Strauss, qui a exprimé très clairement dans ses derniers ouvrages et entretiens son point de vue différencialiste, aussi bien que l’historien et analyste des idées Alain de Benoist qui sont venus d’horizons intellectuels pour le moins éloignés, ce qui illustre le fait que des reclassements inattendus sont en cours.

Il est très probable que  la pression insupportable qu’exerce l’immigration sur les populations autochtones européennes finira par faire éclater les blocs électoraux de droite et de gauche ; cet éclatement provoquera le rapprochement puis l’association des partis politiques de droite et de gauche confrontés à la montée en puissance des partis patriotiques (nous avons assisté aux prémices de ce processus lors des dernières élections régionales et IL EST  lors de la prochaine élection présidentielle que le candidat de droite sera soutenu par la gauche au deuxième tour).

                     Le pseudo-clivage droite-gauche contemporain est un leurre qui permet de faire croire aux citoyens qu’il y a encore un vrai débat et une réelle opposition entre deux écuries électorales dont les différences idéologiques sont de plus en plus ténues. Mais nous sommes peut-être au début de la fin du processus de leur rapprochement qui débuta après 1981 et il est fort probable que le paysage politique changera très rapidement au cours des prochaines années. 

Un nouveau paradigme politique

                   En effet, comme l’a écrit le politologue italien Marcello Veneziani (cité par Arnaud Imatz) : ‘’la vieille opposition droite/gauche pourrait être remplacée ou régénérée par celle entre populisme et oligarchisme ou, pour être plus précis, par celle entre culture communautaire et culture libérale’’. Arnaud Imatz ajoute : ‘’La culture néolibérale et néosociale-démocrate représente, selon Veneziani, l’accomplissement du projet occidental humanitariste des Lumières et de la modernité, projet de civilisation universelle épuré de ses résidus subalternes jacobin et marxiste, sous le signe du progressisme, de la désaliénation, de la sécularisation, du mondialisme, du primat de la norme sur la décision, du droit individuel sur le droit des peuples ; à l’inverse, la culture communautaire est l’affirmation de la postmodernité, sous le signe du développement social, de l’enracinement, de la solidarité, de l’identité et de la diversité – religieuse, ethnique, culturelle, nationale -, du primat de la décision sur le formalisme juridique, de la reconnaissance du droit des peuples et de leur droit inaliénable à la différence’’.

                     L’apparition de mouvements patriotiques qui croissent très rapidement, dans presque tous les pays européens, et qui transgressent le pseudo-clivage droite / gauche au grand désarroi de l’oligarchie va transformer en profondeur le paysage politique. Un rassemblement des patriotes de toutes sensibilités est en cours et la panique commence à gagner les cadres des vieux partis politiques.

                                                                                                B. Guillard

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