17/11/2016 – 06H30 Washington (Breizh-info.com) – Par rapport à la précédente élection présidentielle (2012), Trump a obtenu une majorité de voix dans six états (Floride, Iowa, Michigan, Ohio, Pennsylvanie, Wisconsin qui « pèsent » 99 grands électeurs) dans lesquels Mitt Romney avait été battu, tout en remportant la victoire dans tous ceux dans lesquels ce dernier était arrivé en tête. Tout s’est donc joué dans ces six états dont trois (Floride, Iowa et Wisconsin) sont traditionnellement indécis d’un point de vue électoral (« états pivots » ou « swing states ») ; les trois autres (Michigan, Ohio et Pensylvanie), qui comptent 54 grands électeurs, appartiennent à la « rust belt », cette région anciennement industrialisée qui est très sinistrée et dans laquelle le vote démocrate était majoritaire.

De 12 à 18% des électeurs ayant voté pour Sanders (qui avait obtenu 13 millions de voix lors des primaires du parti démocrate) ont voté pour Trump , ce qui signifie qu’une partie des ouvriers et employés démocrates a préféré Trump et ses projets de rupture avec le libéralisme échevelé qui est pratiqué, depuis Reagan, par les administrations tant républicaines que démocrates. De plus, une partie des électeurs démocrates ont préféré s’abstenir plutôt que de voter pour la représentante de l’oligarchie, ce qui a renforcé la position de Trump.

La bobosphère a dénoncé le caractère racial de l’électorat qui s’est porté sur Trump, ce qui est partiellement vrai mais pas nouveau. En effet, Mitt Romney avait bénéficié des voix de 59% des électeurs euro-américains tandis que 58% d’entre eux ont voté pour Trump. Le vote en faveur de Trump n’a été ni plus ni moins « racial » que ne le fut le vote des républicains en 2012. Il y a belle lurette que les choix électoraux, aux Etats-Unis, sont polarisés par les appartenances ethniques ; c’est si vrai qu’on en parlait déjà voilà un siècle !

La communauté d’origine européenne pèse de moins en moins lourd aux Etats-Unis, ce qui crée un malaise de plus en plus palpable en son sein mais ce malaise n’a pas été à l’origine d’un bouleversement électoral qui n’a existé qu’à la marge de l’électorat démocrate, chez les victimes de la mondialisation libérale.

Contrairement à ce qui a été dit, l’électorat de Donald Trump n’est pas constitué que de « red-necks » alcooliques et incultes. 49% des euro-américains ayant fait des études supérieures ont voté pour lui tandis que 45 % d’entre eux seulement ont voté pour Clinton. Par contre, il est vrai que 67% des euro-américains sans diplômes d’études supérieures ont voté pour lui (28% pour Clinton). Clinton a, quant à elle, fait un tabac au sein des communautés d’origine extra-européennes (81% environ !), ce qui est comparable aux résultats de notre parti socialiste dans les « banlieues ».

Les médias dominants avaient annoncé un raz de marée du vote féminin en faveur de Clinton ; ce raz de marée n’a pas eu lieu mais le vote des femmes euro-américaines favorables à Trump a été de 10 points inférieur à celui des hommes de même origine. Les femmes d’autres origines ont voté massivement pour Hillary Clinton.
L’analyse des résultats au niveau des comtés met en évidence l’existence d’une Amérique périphérique qui a voté majoritairement pour Trump ; le vote démocrate étant concentré dans les grandes métropoles boboïsées. La situation est très comparable à celle que nous connaissons en France et, ailleurs, en Europe.

Une stratégie intelligente

Donald Trump a eu l’intelligence de porter ses efforts sur quelques états traditionnellement indécis qui sont, pour certains d’entre d’eux, confrontés aux ravages de la mondialisation libérale (les états de la « rust belt ») et de ne pas perdre son temps dans les États qu’il savait perdus d’avance (Californie par exemple où il ne s’est pas rendu). Il avait bien compris que les électeurs acquis aux républicains voteraient pour lui, malgré la campagne de dénigrement à laquelle il a été soumis, et que, pour l’emporter, il lui fallait convaincre une frange de l’électorat démocrate des « swing states », ce que n’a pas fait le très conformiste et très libéral Mitt Romney en 2012.

Ce qu’il y a eu de nouveau au cours de cette campagne électorale c’est le fait que le candidat républicain a tenu un discours en décalage complet avec celui de l’oligarchie : rupture avec le reaganisme, le mondialisme, le libre-échangisme, le sans-frontiérisme, l’idéologie politiquement correcte, le féminisme égalitariste, l’immigrationnisme, l’interventionnisme guerrier des « néo-cons »……Ce qui lui a valu la haine de tout l’establishment et de 194 des 200 grands journaux étatsuniens ! Ce qui est étonnant dans cette victoire, c’est qu’il ait pu gagner malgré les torrents de haine et les montagnes d’argent qui ont été utilisés pour lui interdire l’accès à la Maison Blanche.

En fait, comme en France, où les états-majors des partis dits de « droite » sont en décalage complet avec leurs électeurs sur les sujets les plus « sensibles », les électeurs républicains, aux Etats-Unis, sont hostiles à l’immigration et à la transformation ethnique de leur pays. Le discours de Trump n’a pas choqué ces derniers qui pensent, en grande majorité, comme lui sur tous les sujets dont l’oligarchie dit qu’ils sont « controversés ». De plus, la classe moyenne (de sensibilité républicaine ou démocrate) dont le niveau de vie a tendance à stagner voire à régresser depuis la présidence Reagan, a été sensible à sa volonté de restaurer la croissance de ses revenus (taxation des profits financiers et des produits importés, ré-industrialisation….).

La réussite de Trump tient à l’association de trois choses : le rejet de la pensée unique, la volonté de mettre un terme à l’invasion des Etats-Unis et le souci d’un renouveau économique favorable aux classes moyennes et défavorisées par la ré-industrialisation et les grands travaux d’infrastructures (sur ce sujet il est très proche du président démocrate F.D.Roosevelt et très éloigné des reaganiens). En fait, il a fait campagne sur une ligne proche de celle de Marine Le Pen !

B. Guillard

11 Commentaires

  1. « Donald Trump a eu l’intelligence de porter ses efforts sur quelques états traditionnellement indécis », écrivez-vous. En réalité, la stratégie de focalisation sur les « swing states » est un « no-brainer », elle est pratiquée depuis longtemps aussi bien par les démocrates que par les républicains. Une campagne présidentielle ne vise pas à obtenir la majorité des suffrages mais la majorité des grands électeurs. Or dans presque tous les Etats, ceux-ci sont attribués selon un système de « tout ou rien ». Faire campagne là où l’on est sûr de perdre est du gaspillage. Idem là où l’on est sûr de gagner.
    Hillary Clinton ne s’est pas montrée moins « intelligente » que Trump : elle aussi a appliqué cette stratégie évidente. Mais elle a pu se tromper sur le classement des Etats « indécis » ou non. Ainsi, elle n’a pas visité une seule fois le Wisconsin, qui votait démocrate depuis plus de trente ans, et elle y a été battue.
    La stratégie de focalisation sur les « swing states » présente quand même un petit inconvénient psychologique. Si elle est menée avec une efficience, elle aboutit à perdre largement dans certains Etats et à gagner de justesse dans d’autres. Résultat : on peut obtenir la majorité des grands électeurs sans obtenir la majorité des voix, d’où légitimité contestée. C’est ce qui est arrivé à Trump.

    • Trump a été plus malin que Clinton en portant ses efforts là où il avait le plus à gagner !
      Ce n’est pas la première fois qu’un président est « mal élu » aux Etats-Unis. Bush Jr avait remporté l’élection en ayant moins de voix que Gore. C’est un travers de leur système électoral. Mais en France, le FN qui rassemble de 25 à 30% des électeurs n’a que deux députés ! Ce défaut de notre système électoral est bien pire encore; ce sont 150 députés qui sont « mal élus » !

  2. Et en France,où tous les électeurs ont le même poids, avec les voix totalisées par Trump, Marine le Pen aurait été battue … et les commentateurs en majorité auraient constaté que le mensonge ne paie pas . Et Monsieur Guillard, qu’aurait il écrit ?
    La victoire de Trump vient donc d’un dispositif électoral très spécial qui n’a rien à voir avec la démocratie .

    • @ Laurent Exactement! Le système électoral aux USA n’est que partiellement démocratique…..Heureusement car il a permis l’élection de Trump! Marine Le Pen N’ A RIEN COMPRIS,elle s’est jetée à pieds joints dans le piège:le vote du PEUPLE!….de quel peuple parle t-elle? Il n’y a pas UN peuple aux USA,mais au moins DEUX : les BLANCS et les NON- BLANCS. Il s’agit ,comme Christophe Guilly l’analysait très bien dans un article précédent,d’un vote ETHNIQUE,concluant fort justement que,vu la pression démogaphique des Non-Blancs,D. Trump sera probablement le dernier président BLANC des Etats Unis.
      Quant à la France,où l’élection du président de la République se fait au suffrage UNIVERSEL, et non partiellement « censitaire » comme au U S A,la situation est similaire:la France n’est PLUS habitée par UN peuple mais par DEUX.donc l’application littérale de la démocratie fera qu’elle ne sera jamais élue,les voix des traîtres collabos,Juppeistes ou Sarkozistes ,conscients ou pas,s’ajoutant aux voix des Non-Blancs.

    • « Et en France,où tous les électeurs ont le même poids, avec les voix
      totalisées par Trump, Marine le Pen aurait été battue … et les
      commentateurs en majorité auraient constaté que le mensonge ne paie pas .
      Et Monsieur Guillard, qu’aurait il écrit ? »

      LOL le mensonge c’est Hillary Clinton qui en fait usage, donc le conclusion aurait été que les gens sont suffisamment stupide pour élire une carriériste corrompue qui a elle même avoué avoir une discours public et un discours privé…

      Trump a été honnête il s’est présenté en disant ce qu’il dit depuis les années 90.

    • Personne ne peut dire ce qui se serait passé si l’élection avait eu lieu au suffrage national comme chez nous. 120 millions d’américains n’ont pas voté et nous ne savons pas comment ils auraient pu voter. De plus, l’organisation fédérale du scrutin a des effets multiples et sans aucun doute contradictoires. Ainsi dans les états qui votent majoritairement pour les démocrates, comme la Californie, les partisans des républicains votent peu. Or la Californie est l’état le plus peuplé des Etats-Unis (40 millions sur un total de 316) et un fort contingent d’électeurs républicains n’a pas voté.
      L’oligarchie essaie de se rassurer en mettant en avant le fait qu’il y eut plus de suffrages démocrates exprimés que de suffrages républicains. Les désespérés se réconfortent comme ils le peuvent !

    • United States = 50 etats. C’est une carateristique bien francaise de se croire le centre du monde et finalement la seule democratie. J’espere que vous remettez en cause la democratie du parlement EU dont les elus luxembourgeois pesent moins qu’1 francais, etc. ..

  3. 194 sur 200 journaux soutenaient Clinton. Cette election est pour moi la 1ere election qui se gagne grace aux medias low-cost internet. Les USA sont l’indicateur avance du monde. On y constate une defiance generalisee des grands medias, plus marquee chez les sympathisants republicains. C’est ainsi une election presentee surprise mais qui ne l’etait pas en analysant les reseaux sociaux.

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