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13/01/2017 – 05H15 Bruxelles (Breizh-info.com) – Le mercredi 11 janvier est sorti l’album « Tintin aux pays des soviets » d’Hergé. Il s’agit de la première aventure de Tintin, qui n’était jamais parue en version colorisée jusqu’ici et qui parait aux éditions Moulinsart (Casterman).

Un tirage exceptionnel de 300.000 exemplaires va être mis en place dans toute la France et un tirage de luxe pour les inconditionnels de 50.000 exemplaires. Sur Amazon, la bande dessinée figure déjà en tête des ventes, tous livres confondus. Une véritable razzia donc.

Tintin est né sous la plume d’un jeune auteur surnommé Hergé, un beau jour de janvier 1929 dans les pages du supplément Le Petit Vingtième.  Cette aventure « au pays des Soviets » se situe au temps de l’URSS de Staline. Tintin, un jeune reporter accompagné de son chien Milou, fraîchement dépêché par le journal du Petit Vingtième, s’apprête à monter dans un train à destination de Moscou…

Parsemé d’actions et d’un nombre incommensurable de péripéties, ce récit voit Tintin et Milou s’efforcer sans relâche à se sortir de situations dangereuses. Plusieurs scènes peuvent dès lors être interprétées comme clairement anti-communistes. A souligner également que Milou prend place aux côtés de son indissociable maître dès la première bulle de cette aventure…

Restée introuvable en librairie jusqu’en 1973, cette première grande histoire marque la naissance de Tintin. C’est avec un plaisir presque enfantin, guidé par l’esprit du jeu et le désir de vitesse qu’Hergé s’adresse au lecteur dans cette course-poursuite où avions, voitures, trains, hors-bords et motos filent à toute allure. Si le dessin ne s’inscrit pas encore dans la perfection du style  » ligne claire « , le jeune auteur de 21 ans démontre déjà son habileté de romancier en images. Le sens dynamique du mouvement, la maîtrise de l’enchaînement des plans et la construction des pages expriment ce talent de raconter par l’image qui fera d’Hergé un grand maître de la bande dessinée.

Le sujet d’actualité commandé par l’abbé Wallez, patron du quotidien Le XXe siècle, permet également à l’humoriste de se révéler visionnaire, à contretemps de son époque. Planche après planche, les révélations contre les dérives et les mises en scène du régime communiste se changent en gags survoltés. Certaines séquences satiriques, qui présentent le simulacre d’élections démocratiques, la misère et la famine ou encore la visite d’une usine en trompe-l’oeil organisée pour la presse occidentale, apparaissent très justes dans leur impertinence, quelques années après la chute du Mur de Berlin. La mise en couleurs amplifie la lisibilité du récit, la clarté des dessins, et surprend par sa modernité, comme s’il s’agissait d’un nouvel album. Elle a été confiée dans le cadre des Studios Hergé à Michel Bareau, assisté de Nadège Rombaux.

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L’ancien secrétaire d’Hergé dénonce la colorisation

Alain Baran, ancien secrétaire d’Hergé, a quant à lui, dénoncé la colorisation de cet ouvrage, dans un communiqué reproduit ci-dessous :

« En mémoire d’Hergé dont j’ai eu l’immense privilège, d’être à la fois l’ultime secrétaire particulier et le proche ami jusqu’aux derniers instants de sa vie, je ne puis malheureusement pas me réjouir à propos de la publication d’une version en couleurs de la toute première aventure de Tintin, dont l’on célèbre aujourd’hui le 88ème anniversaire.

Quoique fort réussie au plan technique, la mise en couleurs de Tintin au Pays des Soviets et surtout le fait de la publier sous le nom d’Hergé sont des atteintes au principe qu’après le décès d’un créateur, et de toutes les façons durant la période protégeant le droit d’auteur, le respect de toute oeuvre due à ce créateur impose qu’elle restât dans l’état où celui-ci l’a laissée.

En effet, contrairement aux autres premières aventures de Tintin, en tout cas celles publiées à l’origine en noir et blanc, Tintin au Pays des Soviets ne fut jamais ni remanié, ni mis en couleurs par son auteur. De mes conversations avec Hergé à ce propos, j’ai en plus retenu que cette oeuvre de jeunesse n’avait pas vraiment sa place parmi les albums Tintin traditionnels, avant tout destinés au jeune public, faut-il le rappeler?

L’auteur avait donc volontairement figé Tintin au Pays des Soviets dans sa version originale parue en album en 1930. Il fallut attendre 1973, soit plus de 40 ans après sa création, pour que l’ouvrage soit à nouveau accessible au public, mais sous la forme clairement affirmée d’archives.

Il ne fait dès lors aucun doute que personne, en dehors d’Hergé lui-même, ne pouvait entreprendre la mise en couleurs de Tintin au Pays des Soviets aux fins d’un album entier commercialisé au même titre que les 22 autres aventures de Tintin portant la signature ‘Hergé' ».

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A noter que cet album sort quelques mois avant les commémorations du centième anniversaire de la révolution d’Octobre 1917. 

Sur Hergé, nous ne pouvons que vous conseiller par ailleurs le livre de Francis Bergeron paru dans la collection « Qui suis-je ?» aux éditions Pardès et qui présente ainsi le père de Tintin :

La vie d’Hergé pourrait se résumer en quelques lignes, tant elle est banale. Son destin est le contraire d’une aventure: il n’a jamais eu de véritable engagement, dans aucun domaine : politique, syndical, humanitaire, caritatif. Il ne lui est jamais rien arrivé d’extraordinaire, si ce n’est d’avoir passé une journée – et une seule – dans une prison, en 1944. Une journée qui l’a profondément marqué.
Mais Hergé, c’est bien autre chose: c’est une oeuvre. C’est une vie passée presque entièrement derrière la planche à dessin, un pur travail artistique et d’imagination. Il est, comme l’écrit Robert Poulet, un « “Belge moyen” [qui] avait une sensibilité d’aristocrate». Jusqu’à Tintin, les bandes dessinées s’adressaient aux enfants, et uniquement sur un mode comique.

Elles ne faisaient pratiquement jamais allusion à la politique, à l’actualité, aux faits divers contemporains. Jusqu’à Tintin, aucune histoire dessinée n’avait jamais donné lieu à un vrai scénario. Jusqu’à Tintin, aucune BD ne pouvait se lire «comme un roman». Jusqu’à Tintin, aucun adulte ne pouvait trouver un intérêt soutenu et renouvelé à ce genre de lecture.
Le travail d’Hergé appartient désormais au patrimoine universel.

Depuis les rivages américains, sous l’impulsion de Steven Spielberg, une marée cinématographique va formidablement relancer le mythe, convertir d’autres générations et d’autres continents au culte hergéen. Eux aussi, à leur tour, «y en a verront Tintin, le boula-matari!», comme nous disent les petits Africains, à la fin de Tintin au Congo.

Photo : DR
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1 COMMENTAIRE

  1. Passionnant. Est-ce qu’il y aura aussi bientôt une série avec les personnages et les petites voitures à collectionner ?
    On s’en fout comme de l’an 40 de tes bêtises

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