22/02/2017 – 05H35 Rennes (Breizh-info.com) –  Se demander si le panda est une erreur de la nature, c’est un peu provocateur, mais pas sans fondements :

Superstar du monde animal, il est aussi une icône de la protection de l’environnement. Le World Wide Fund (WWF) en a même fait son emblème.

En effet, l’espèce est depuis longtemps menacée d’extinction. Récemment, sa population a enfin connu une augmentation. Pourquoi « enfin » ? Parce que des moyens colossaux ont été mis en œuvre depuis des décennies pour éviter sa disparition et les résultats se sont fait attendre. Des moyens dont ne disposent pas d’autres espèces tout aussi en danger et qui ont pu faire dire à Chris Packham, célèbre défenseur anglais de la cause animale: « Je serais prêt à manger le dernier panda si je pouvais disposer des sommes dédiées à la conservation de cette espèce pour la consacrer à d’autres ». Mais cette position pour le moins tranchée ne s’explique pas seulement par ces fonds disproportionnés alloués à la protection du panda ; pour certains en effet, l’animal ne vaudrait même pas la peine d’être sauvé.

Il faut dire que le panda semble cumuler deux lourds handicaps pour la survie :

Il se nourrit presque exclusivement de bambou, dont il ne tire que très peu d’énergie puisque seulement 20% de l’énergie de cette plante déjà pauvre en calories sont assimilés par son organisme. Ce qui l’oblige chaque jour, pendant près de 14h, à en dévorer jusqu’à 25kg.

La période de fécondité de la femelle est extrêmement brève : un seul jour par an. Ce qui réduit fortement les chances de rencontre fructueuses entre un mâle et une femelle. Et le nombre de petits à chaque portée ne vient même pas compenser la courte période de fécondité de la femelle car malgré la taille minuscule des petits à la naissance, les portées comptent généralement un ou deux bébés, et rarement davantage.

Alors à quoi bon s’obstiner à sauver cette espèce qui engloutit autant d’argent que de bambou pour un rendement tout aussi faible ? Pourquoi s’acharner si le panda est manifestement une impasse de l’évolution, une erreur de la nature vouée de toute manière à disparaître ?

Depuis quelques années, des études ont montré que le cas du panda est plus complexe qu’il n’y paraît. L’animal est dépourvu de gènes permettant la dégradation du cellulose contenu dans le bambou, et son appareil gastro-intestinal court, typique d’un carnivore, rend la digestion de végétaux peu efficace. Les bactéries présentes dans ses intestins sont celles qui composent fréquemment la flore intestinale des carnivores. Pourtant, d’autres études montrent que l’animal dispose également de molaires larges et plates permettant la mastication intensive de végétaux, ainsi que d’un crâne épais capable d’en supporter les chocs répétés.

Panda-Science&Vie

Ses pattes présentent une excroissance ressemblant à un pouce lui permettant d’attraper facilement le bambou. Il apparaît donc que malgré la digestion difficile de cet aliment, il est armé pour s’en nourrir. Il compense par ailleurs cette mauvaise digestion par une utilisation économique de son énergie : un métabolisme lent et une activité physique très modérée.

Toujours pas convaincu ? Le choix du bambou comme base alimentaire paraît toujours un peu saugrenu ? Charles Raubenheimer, chercheur en écologie nutritionnelle à l’université de Sydney trouve au contraire que se nourrir d’une plante très abondante dans son milieu et que pratiquement aucune autre espèce ne consomme est en fait une très bonne stratégie évolutive.

Certains font aussi remarquer qu’une mutation génétique survenue il y a 4,2 millions d’années lui aurait fait perdre le goût pour la viande, ce qui pourrait correspondre plus ou moins à l’époque à laquelle il se serait tourné vers la consommation de bambou. Or si ce choix avait été une impasse, il serait peu probable que le panda ait pu survivre aussi longtemps.

Le raisonnement se tient mais on est obligé de reconnaître que si cette étude donne de nouveaux arguments pour justifier la préservation du panda, elle confirme bien que cet animal est un paradoxe vivant et que l’évolution prend parfois des chemins assez tortueux.

La controverse sur la préservation du panda est en fait l’expression d’une immense problématique quant à la conservation des espèces : Quel critère de sélection utiliser pour déterminer les espèces à sauver en priorité ?

Faut-il sauver celles qui nous sont les plus utiles comme les abeilles ? Comprendre qu’il est dans notre intérêt de sauver certaines espèces peut emporter l’adhésion de nos sociétés, mais cette vision des choses est très anthropocentrée.
Faut-il sauver les plus proches de l’extinction ? Cela semble plutôt sensé mais certaines espèces sont si proches de l’extinction que leur sauvetage est peut-être perdu d’avance et demanderait bien trop d’argent.
Faut-il sauver les espèces les plus belles ? Cette option semble absurde mais après tout, si le panda a réussi à obtenir autant d’argent pour sa préservation, c’est bien grâce à sa belle gueule ! De fait, la beauté est un critère déjà utilisé par les associations de protection de l’environnement : les espèces les plus mignonnes sont mises en avant dans leurs politiques de communication pour susciter chez le public l’empathie, l’adhésion… et enfin les dons financiers. Et pourquoi pas ? Car ne soyons pas hypocrites, nous savons très bien que nous favorisons les plus beaux, qu’ils soient de notre espèce ou d’une autre.

Faut-il choisir les espèces à protéger en fonction de l’impact qu’aurait leur disparition sur l’environnement ? Les dégâts sur le milieu marin seraient bien plus importants si l’on permettait que disparaissent les requins plutôt que les baleines. Il faudrait dans ce cas accorder bien plus de moyen à protéger ceux-là plutôt que celles-ci. On supporterait pourtant plus mal la disparition de ces mammifères intelligents et majestueux.

Faut-il raisonner en termes de biodiversité ? La notion même de biodiversité reste assez floue bien qu’elle évoque quelque chose à nous tous. S’évalue-t-elle de manière arithmétique ? N’importe quelle espèce ayant la même « valeur » de biodiversité que n’importe quelle autre ? La disparition de l’ours polaire dont le milieu abrite un faible nombre d’espèces n’entraine-t-elle pas une perte en biodiversité plus importante que la disparition d’une espèce de perroquet en Amazonie qui est un lieu foisonnant d’espèces animales ?

Le luxe serait évidemment de disposer des fonds nécessaires pour ne pas avoir à choisir entre les espèces à préserver. Ou mieux encore, ne pas arriver au stade où un sauvetage est nécessaire.

Mais il faut être réaliste : la question du choix des espèces à protéger va se poser encore longtemps. Même si on préfèrerait ne pas avoir à se la poser, elle a tout de même le mérite d’interroger notre conception de la nature et le rapport que nous entretenons avec elle.

Victor Séchard

Crédit Photo : wikimedia commons (cc)
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4 Commentaires

  1. Tout un mammifère autant le croiser avec un spécimen de son espèce ce qui pour les zoologistes un ‘animal attachant’ et docile ‘ aimant se reposer et prendre le temps de vivre en Chine dans la forêt asiatique celle ‘boréale’ si j’ai bonne information,,,,!

  2. L’article ne répond pas à une question. Pourquoi le Panda est en voie de disparition. A cause de l’activité humaine ou par évolution naturelle ?

    Quant à la sélectivité des espèces à protéger. ( Je pense que c’est Rousseau ) Il décrivait très bien l’émotivité sur le malheur d’un animal en fonction de sa taille du même ordre de grandeur que l’humain. Ainsi une abeille est trop petite, les requins sont invisibles.

  3. La science moderne entrave l’évolution et la sélection naturelle. En préservant les espèces inadaptées, elle maintient artificiellement des animaux qui ont fait leur temps.

    Mais là où c’est encore plus polémique, c’est que la médecine fait la même chose en empêchant la mort naturelle des spécimens les moins adaptés de l’espèce humaine, permettant la préservation des tares et la reproduction des plus faibles qui risquent d’entraver l’évolution humaine à très court terme.

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