06/07/2017 – 06h45 Durban (Breizh-Info.com) –  Le 91ème numéro de la revue l’Afrique réelle, édition de juillet, est disponible (commander ici). Au sommaire ce mois-ci, un dossier sur l’Afrique du Sud .

Retrouvez ci-dessous l’éditorial de Bernard Lugan :

Afrique du Sud et RCA, le mythe démocratique à l’épreuve des réalités

En trois décennies, Nelson Mandela, président de la République du 10 mai 1994 au 14 juin 1999, puis ses successeurs, Thabo Mbeki (1999-2008) et Jacob Zuma (depuis 2009), ont transformé un pays qui fut un temps une excroissance de l’Europe à l’extrémité australe du continent africain, en un Etat du « tiers-monde » dé- rivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences, réalité en partie masquée par quelques secteurs ultraperformants de plus en plus réduits encore dirigés par des Blancs. Pouvait-il en être autrement quand depuis 1994, la « Nouvelle Afrique du Sud » s’est construite sans tenir compte de la réalité ? La « nation arc-en-ciel », paradis post-apartheid, moderne version de la « société sans classes » qui était postulée naître de la fin du régime blanc est en effet vite apparue comme un « miroir aux alouettes ». Produit de la niaiserie occidentale, ce dernier a interdit de voir que l’Afrique du Sud ne constitue pas une Nation, mais une mosaïque de peuples différents rassemblés ou juxtaposés par le colonisateur britannique.

Des peuples dont les références culturelles sont étrangères et même irré- ductibles, les unes aux autres. Durant des années, le culte planétaire quasi religieux rendu à Nelson Mandela, le dithyrambe outrancier chanté par des hommes politiques opportunistes et des journalistes tant incultes que formatés, a masqué le réel. Aujourd’hui, la messe est dite et à travers les dernières fumées de l’encens, le cercueil de la vieille Afrique du Sud apparaît bien vermoulu…

En Centrafrique, nous assistons au dé- but d’une situation « à la libérienne ». Mais à l’échelle de l’Afrique centrale car, en raison des apparentements transfrontaliers, des risques de contagion se profilent déjà en Ouganda, en RDC, au Soudan, au Cameroun, au Congo et au Tchad. Le risque de résurgence de conflits pré- coloniaux alimentés par la prédation était connu et c’est pourquoi il importe de désigner ceux qui, par ignorance ou par idéologie ont permis leur extension : – Le premier est Nicolas Sarkozy qui décida d’évacuer l’emprise militaire française de Birao, clé de toute la ré- gion et axe traditionnel des invasions venues du Soudan en direction à la fois du fleuve et du lac Tchad. – Le second est François Hollande.

Alors qu’il aurait dû ordonner de « traiter » les coupeurs de route du Seleka avant leur marche sur Bangui, il les laissa au contraire agir. Puis, quand, début 2014, il lança l’Opération Sangaris, il ne donna pas de mission claire à nos troupes, se refusant à désigner l’« ami » et l’« ennemi », plaçant nos soldats entre le marteau et l’enclume. Plus grave encore, il les encalmina à Bangui alors que l’objectif eut dû être Birao afin de couper le Seleka de ses bases soudanaises. Prisonnier du postulat démocratique François Hollande ne cessa ensuite d’affirmer que la résolution de la crise se ferait par la reconstruction de l’Etat à travers des élections, ce qui conduisit automatiquement à une ethnomathématique.

L’élection, le 14 février 2016, de Faustin-Archange Touadéra à la présidence de la République, fit en effet que les plus nombreux, c’est à dire les sudistes, revinrent automatiquement au pouvoir, alimentant encore davantage la furie des moins nombreux, c’est à dire les nordistes…

Bernard Lugan

Sommaire du numéro :

L’ISOLEMENT DU QATAR VA-T-IL FAVORISER UN RÈGLEMENT DE LA QUESTION LIBYENNE ?

CENTRAFRIQUE : TOUS CONTRE TOUS… ET CONTRE LES PEUL

DOSSIER AFRIQUE DU SUD

EN 25 ANS, L’ANC A RÉUSSI À RUINER UN PAYS PROSPÈRE…

LA FAILLITE ÉCONOMIQUE

UNE AGRICULTURE FLORISSANTE MAIS MENACÉE

JACOB ZUMA PEUT-IL SURVIVRE AU « GUPTA GATE » ?

Crédit photo :  DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

2 Commentaires

  1. Hé oui, l’ Afrique revient à l’ époque précoloniale, quand on voit ce qu’ est devenue l’ Afrique du Sud en 30 ans quand à Madagascar vaut mieux ne pas en parler, c’est vrai que ce pays est indépendant depuis 1960, déjà 57 années, !!!!!

  2. Autant les articles de BL sont pertinents lorsqu’il souligne à juste titre comment le colonisateur a tout fait pour empêcher la constitution de véritables nations en Afrique, autant nous sommes étonnés qu’il se cantonne toujours à cet aspect du problème. Nous voulons savoir si pour lui aujourd’hui, les frontières issues du crime colonial doivent être remises en cause ? Il a raison quand il souligne l’irresponsabilité des dirigeants français qui, intervenant ou n’intervenant pas, commettent toujours des fautes en Centrafrique. Enfin, BL reprend inconsciemment à son compte l’hérésie galvaudée par ceux qui tirent la ficelle du complot ourdi contre le peuple centrafricain, insinuations qu’il s’agit d’un conflit entre chrétiens majoritaires et musulmans minoritaires. Rien ne prouve que le nord de la Rca n’est peuplé que de musulmans et vice-versa pour le sud. N’est-ce pas là une façon de faire croire à l’opinion internationale que la partition du pays est réalisée ?

Comments are closed.