Lombardie et Vénétie : victoire des autonomistes du nord de l’Italie

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24/10/2017 – 04h50 Milan (Breizh-Info.com) – Ce dimanche 22 octobre avait lieu un référendum – reconnu et accepté par Rome – dans deux régions qui représentent près d’un quart du PIB de l’Italie, la Lombardie et la Vénétie. Organisé par la Ligue du Nord qui dirige les deux régions, cette consultation pour espérer gagner plus d’autonomie fiscale, a été un succès tant en participation qu’en votes, supérieurs aux attentes. Elle est aussi un pas en avant vers une éventuelle indépendance de la Padanie, le seul nationalisme européen qui n’est pas lié à une identité historique et culturelle, et ce bien que la Ligue du Nord s’en défende.

En Lombardie, 95% des électeurs ont voté pour le oui à plus d’autonomie fiscale, avec 40% de participation – au-dessus de 34%, c’était considéré comme un succès. En Vénétie, il y a un seuil de 50% en-dessous duquel un référendum n’est pas valable. Il a été enfoncé : il y a eu 57% de votants qui ont approuvé à 98% l’autonomie fiscale. Les deux gouverneurs de la Ligue du Nord sont donc confortés dans leurs négociations à venir avec Rome – ils vont demander 23 compétences, les 9/10e des taxes collectées et le fédéralisme fiscal – tel qu’il est prévu dans la Constitution italienne. Car le oui était attendu – les deux régions versent 70 milliards d’euros de plus qu’elles n’en reçoivent de l’Etat central – mais pas à ce point.

Rome a tiré les leçons de l’opposition entre Catalogne et Espagne

Bien que ce référendum est longtemps passé inaperçu, il a pris de l’importance à mesure que la situation se tendait en Catalogne. D’autant que la position de Rome, comme des organisateurs, est tout à fait diffèrente. Barcelone ne cachait guère ses intentions de faire sécession, ni Madrid les siennes d’empêcher par tous les moyens la Catalogne de prendre le large : à ce jour, la mise sous tutelle (article 155 de la Constitution) a été décidée par le gouvernement espagnol, qui continue à refuser tout dialogue avec les séparatistes.

Rome en revanche a autorisé les votations des deux provinces du Nord, malgré leur effet potentiellement encourageant pour d’autres séparatismes intérieurs (val d’Aoste, Haut-Adige, Sardaigne etc.). Et se montre d’autant plus ouverte à des négociations sur lesdites compétences que d’autres régions bénéficient déjà de dispositions semblables (Sicile, Sardaigne, Vénétie julienne, Trentin, Vallée d’Aoste). Par ailleurs la Ligue du Nord s’est défendue d’attenter à l’unité de l’Italie et a respecté la nécessité de consulter les électeurs – ce qui n’est pas le cas de l’Emilie-Romagne dont l’exécutif régional s’est dispensé de l’étape référendaire. Moins d’une heure après la fermeture des bureaux de vote le 22 octobre, le sous-secrétaire d’Etat aux affaires régionales, Gianclaudio Bressa, a annoncé que le gouvernement était prêt à négocier.

Les deux situations sont donc très différentes – mais aussi très intéressantes par leur point de départ commun, car c’est le refus en 2012 par Madrid à la Catalogne d’un statut fiscal aussi favorable que celui du Pays Basque qui a donné un coup de fouet au séparatisme catalan. Tout porte à croire que Rome a réussi à tirer les leçons des erreurs de Madrid.

La Ligue du Nord voit ses positions confortées ; Luca Zaia, le président de la Vénétie, a évoqué un « big bang » institutionnel » ; la volonté d’autonomie est selon lui « portée par la population entière » et non un seul parti. En réalité, le Mouvement des 5 étoiles (populiste), Forza Italia de Sivio Berlusconi (droite) et plusieurs syndicats ou organisations patronales portaient le référendum.

On peut aussi voir dans cette volonté d’autonomie soutenue par un peu moins de 56% des électeurs – une fois que l’on rapporte la participation aux résultats – la réminiscence de plus en plus forte du mouvement autonomiste vénitien. La Vénétie n’est italienne que depuis 1866 et a été une République indépendante – ainsi qu’une thalassocratie et l’une des puissances dominantes de l’Europe. Industrialisée sur le tard dans les années 1970, elle a connu dès son rattachement à l’Italie une phase d’important déclin – trois millions d’habitants la quittèrent, alors qu’aujourd’hui elle a presque cinq millions d’habitants après quatre décennies de croissance démographique et économique.

Le Sud fragilisé ou au contraire poussé à ne plus vivre à crédit ?

Peu suspect d’épouser les thèses de la Ligue du Nord, le journal Il corriere della sera a expliqué les raisons du ressentiment des habitants du nord de l’Italie et leur sentiment d’injustice fiscale. Les régions du Nord ont généré en 2012 un excédent de 94 milliards d’euros d’impôts, tandis que celles du Centre sont en déficit de 8 milliards et celles du Sud de 63 milliards. La même situation se retrouve pour la Sécurité sociale : sur 134,823 milliards d’€ collectés en 2015, 63,54% provenaient des huit régions du Nord, 20% des 4 régions d’Italie centrale et 16,44% des 8 régions du Sud. Pour les prestations versées en revanche qui s’élèvent à 176. 947 milliards d’euros, seuls 55.86% sont absorbés par les régions du Nord, 19.74% par les quatre régions centrales et 24.40% par les régions du Sud – qui reçoivent le double de ce qu’elles donnent.

Le déséquilibre est ancien et est aussi économique : les usines et les emplois sont concentrés au nord, avec un petit rééquilibrage cependant depuis les années 1960 dans le centre de l’Italie (Latium, Molise, Abruzzes) pour le PIB par habitant. Contrairement au FC Nantes où il y a huit buteurs diffèrents pour neuf buts marqués, il n’y a que peu de régions italiennes qui contribuent de façon significative au PIB. En 2012, il s’agissait ainsi de la Lombardie (22% du PIB), du Latium (11.5%), la Vénétie (9.1%), l’Emilie-Romagne (8.9%), le Piémont (7.8%), la Toscane (6.6%), la Campanie (6%) et la Sicile (5.2%). On peut encore y ajouter les Pouilles (4.2%), mais les autres donnent moins de 2.5% au PIB chacune. Sur les cinq régions qui représentent plus de 7.5% du PIB, quatre se trouvent au nord, dont l’ensemble des régions pèse 55% du PIB national.

L’article – qui s’appuie sur une étude des trajectoires budgétaires des provinces de 1980 à 2015 – constate que le rapport entre régions du nord excédentaires et régions du Sud déficitaires « n’a pas changé depuis les 36 dernières années, montrant que le Pays est immobile ou quasi. Le Sud produit encore la moitié du déficit total du pays ». Jusque là, le Nord compensait – mais il ralentit aussi, notamment à cause de la crise, de l’euro fort, du vieillissement (le taux de natalité est de 1,34 enfants par femme au niveau national, mais il est plus bas dans le Sud que dans le Nord, sans dépasser 1,78 en 2016) et les aides de l’UE à l’Italie qui rendaient le déséquilibre moins visible ont baissé pour privilégier les derniers pays entrés dans l’Union.

Une illustration parmi d’autres de la méforme économique (relative) du nord de l’Italie : le canton suisse italophone du Tessin espère que l’autonomie fiscale accrue de la Lombardie améliorera son économie : en effet, la Lombardie a près de 350.000 chômeurs qui se reportent sur le Tessin pour trouver un emploi ; des 230.000 emplois du canton, 65.000 sont occupés par des frontaliers italiens, relève Marco Chiesa (UDC), vice-président de la délégation parlementaire suisse pour les relations avec l’Italie. A moyen terme la décentralisation pourrait profiter à l’économie lombarde et par ricochet au Tessin voisin, tout en relâchant la pression sur l’emploi local, espèrent les élus du canton, toutes forces politiques confondues.

Il corriere della sera remarque aussi que « la plupart des gouvernements qui se sont succédés ces 40 dernières années ont pensé leurs politiques économiques comme si [l’Italie] était un ensemble de territoires homogènes sans se pencher sur les diffèrences territoriales de chaque région. Or sans connaissance réelle des comptes régionaux (les recettes issues des impôts et taxes et les dépenses d’investissement, d’exploitation et de prestations sociales) il est difficile d’élaborer des politiques pour résoudre les problèmes spécifiques de chaque région. C’est comme si une entreprise avait 20 sites et ne savait pas lequel gagne et lequel perd de l’argent, elle ferait faillite en peu de temps ». En l’occurrence, c’est la dette extérieure de l’Italie (132.6% du PIB prévus en 2017) qui indique la faillite du système.

Il corriere della sera plaide pour une réforme de la fiscalité qui permette aux régions d’arriver à 75% d’autonomie fiscale, afin d’alléger le poids de la dette qui pèse sur les jeunes – de moins en moins nombreux – de l’Italie et d’éviter qu’au niveau local, les investissements qui deviennent de plus en plus nécessaires dans les infrastructures vieillissantes, y compris au Nord, ne soient suspendus ou ralentis par la nécessité de servir les prestations sociales.

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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2 Commentaires

  1. Oggi è anche una bellissima giornata … e viva la Catalogna!
    (Je ne sais malheureusement pas l’écrire en catalan).

    Mais au fait j’ai trop souvent entendu de fausses et confuses affirmations du genre ‘’La Savoie est italienne’’ ou ‘’Nice est une ville italienne’’ pour ne pas ressentir le besoin de vous expliquer ce qu’est réellement une identité charnelle et en l’occurrence ici la mienne : celle d’un italien du nord.
    Alors je vous propose de remonter les confins qui limitent l’Italie du nord de la ‘’République française’’ actuelle :

    http://www.histoire-passy-montblanc.fr/wp-content/uploads/2011/02/Carte_duche_Savoie_1430_Dec_Hist_Savoie_p103_web.jpg

    Les dernières provinces à avoir été rattachées à la République Française (ce fût en 1860 pendant le second Empire de Napoléon III) furent la Savoie et le Comté de Nice (dit aussi Nouvelle-Provence).
    Des provinces francophones (et provençalophones) justement limitrophes des pays de langue et de culture italiennes et de peuplement nord italien.
    Pour avoir une idée sur ce qu’était le domaine des ducs de Savoie, Il faut penser à une sorte de Suisse ducale de l’ancien temps dont la partie romande serait devenue française, et la partie de langue italienne … aurait unifié l’Italie.
    A cheval sur les Alpes, elle était, comme la Suisse, constituée de contrées très diverses :
    D’abord les 2/3 puis 1/3 (par suite de l’échange de la Bresse et du Bugey contre le Marquisat de Saluces) du côté français actuel, où la (les) langue usuelle, hormis les patois francoprovençaux, avait toujours été le français pour les gens instruits (et idem côté italien actuel en Val d’Aoste et dans quelques franges frontalières).
    Et 1/3 puis 2/3 du côté italien où les gens cultivés avaient l’italien pour langue usuelle … avec les différents dialectes gallo-italiens (hormis le haut des vallées alpines patoisantes en savoyard ou en occitan).
    Il est à noter que les tentatives de la maison de Savoie pour imposer l’Italien comme langue de culture en Comté de Nice n’ont pas réussi (hormis pour quelques notables), et que finalement la ligne Nice / Vallée du Paillon (le rocher de Monaco étant l’ultime cap tout au ponant de la Ligurie, juste avant le provençal Comté de Nice) fut la limite est du français langue de culture, limite purement théorique au début puisque le Comté de Nice resta fidèle à son provençal nissard (utilisé même dans des actes officiels) jusqu’à son annexion par la France.
    Puis les Ducs de Savoie installèrent leur résidence de Chambéry en Savoie à Turin en Piémont et une sacrée promotion leur fût accordée sous Napoléon III : De Duc de Savoie ils devinrent, en 1861, Rois d’une Italie … qu’il leur restait à unifier.
    En compensation ils avaient donc rétrocédé le Comté de Nice et la Savoie propre en 1860 au IIème Empire (redevenu en 1870 République française) … ce qui finalement était assez logique vu que ces pays n’avaient jamais été ni de peuplement, ni de culture italienne.
    Pour ce qu’il en est du Val d’Aoste personnellement je ne verrais pas de problème à vous le filer vu les scores minables qu’y fait la Lega Nord (humour).

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