Nicolas Girardin, premier Breton à descendre sous les 100 m en apnée [Interview]

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25/11/2017 – 08h00 Lorient (Breizh-info.com) –  Fin octobre, le Breton Nicolas Girardin est devenu le premier Breton a passer le cap des 100 m de profondeur en apnée. Une descente remarquable réalisée en 2min33. Un nouveau Jacques Mayol donc, made in Bzh. Le tout en un peu plus de deux minutes…

Nous avons interrogé ce sportif hors norme de 37 ans, pratiquant l’apnée depuis 15 ans, vivant à Lorient, et se définissant comme « Apnéiste, sportif, amoureux de la mer et Breton! ». Un champion qui recherche par ailleurs des sponsors, pour aller toujours plus loin dans sa course vers les profondeurs…

Breizh-info.com : Expliquez nous le record que vous venez de battre ?

Nicolas Girardin : A la fin du mois d’octobre, je suis parti à Villefranche sur mer, près de Nice, pour faire de l’apnée, retrouver des sensations et du plaisir sans contraintes de compétitions.

En moins d’une semaine je suis à -95m en poids variable, discipline où l’on descend avec un poids et où on remonte par ses propres moyens,pour moi ce sera la monopalme.

Le lendemain de ces 95m, je décide de tenter -101m.

Un peu stressé par ce chiffre rond et mythique pour les apnéistes, j’arrive tout de même à me mettre rapidement dans ma bulle. Une dernière grosse inspiration et le poids m’emporte doucement vers le fond au début, puis de plus en plus vite à mesure que la profondeur augmente. Arrivé au fond, je prend quelques secondes pour regarder autour de moi, ce bleu qui m’entoure, et j’entame ma remontée, avec un peu plus de rythme que d’habitude. Au bout de 2min33 d’apnée, et un voyage vers les abysses, je reprend ma respiration, avec un énorme sourire: -101m J’y suis allé! Et facile!

Breizh-info.com : Comment devient-t-on apnéiste (hormis à regarder trente fois le Grand Bleu) ?

Nicolas Girardin : J’aurais dis un peu moins de trente fois…! J’ai toujours aimé l’eau et vivant près de la mer, j’y allais souvent pour faire de la balade juste avec un masque.  A 20 ans je décide de m’acheter une combinaison pour commencer à aller prendre quelques araignées et du poisson, et là, le virus avait pris.

Quelques années à faire de l’apnée en piscine aussi et pas mal de compétitions, je commence en 2008 l’apnée profonde.  Deux championnats du monde( vice champion du monde par équipe en 2012, et 8ème en championnat du monde individuel en 2013)

Alors on devient apnéiste( profondiste) en aimant la mer, et en voulant aller chercher des sensations à l’intérieur de soi.

Et le mieux, c’est comme moi, d’intégrer un club pour pouvoir s’entrainer en toute sécurité.

Breizh-info.com : Quelles sont les qualités intrasèques qu’il faut ? Et quel entrainement pratiquez vous ? Y’a t »il un régime alimentaire particulier ?

Nicolas Girardin : Savoir lacher prise dans l’eau est primordial dans ces disciplines de profondeur. Mon entrainement d’aujourd’hui n’est plus le même qu’avant. Je passe beaucoup moins de temps à faire de l’apnée en piscine maintenant.

Une fois par semaine, je plonge en carrière(-50m). Sinon je nage, je palme, je cours.

Et j’accorde une part de plus en plus importante au mental( que j’ai travaillé avec  Johanna Leguen, ma préparatrice mentale).

Sans oublier les indispensables séances d’étirements, de yoga, de pranayama(yoga de la respiration).

Pour ce qui est de l’alimentation, on dira que c’est mon point faible….

Breizh-info.com : Allez vous vous attaquer à d’autres défis ?

Nicolas Girardin : Oui. Aller encore plus profond mais cette fois en poids constant( descente et remontée à la palme). Pour le chiffre, on verra. Je suis d’ailleurs à la recherche de partenaires pour pouvoir continuer cette quête des profondeurs!!

Breizh-info.com : Parlez nous de cette ivresse des profondeurs ?

Nicolas Girardin : Elle existe, ce n’est pas une légende. On l’appelle la narcose. C’est un gros sentiment d’euphorie, vraiment comme si l’on était bourré!!!

Par contre il y a une autre ivresse des profondeurs, passé une certaine profondeur, plusieurs facteurs physiologiques font que l’on ne ressent plus l’envie de respirer. On se sent bien au fond de l’eau, complètement centré sur nos ressentis. Mais ça ne nous fait jamais oublier de remonter, on aime trop respirer.

Breizh-info.com : Quels sont les endroits où vous prenez le plus de plaisir à pratiquer la plongée en apnée ?

Nicolas Girardin : Villefranche sur mer est un paradis pour les apnéistes. La Dominique, où pour la première fois je plongeais dans une eau à 29 degrés, et presque jusqu’au fond!

L’Egypte aussi, avec son fameux Blue Hole, un trou d’eau de mer abrité, de 92m de profondeur.

Mais j’ai toujours un plaisir immense à retrouver nos eaux bretonnes, moins claires, moins chaudes, mais tellement belles et vivantes! Mon endroit préféré serait de la pointe du Raz à Ar men, au large de l’île de Sein.

Et j’aimerais remercier mes partenaires d’entrainements et coachs, Simone et Renaud, ainsi que Katy, car l’apnée a beau être un sport où l’on est tout seul pour descendre et remonter, sans eux, je n’en serai pas là.

Breizh-info.com : Plus vous allez bas, plus c’est dangereux ; cela ne vous fait donc pas peur ? Y compris si vous deviez un jour y rester ?
Nicolas Girardin :  Ce qui est dangereux c’est de descendre sans connaitre ces limites. C’est pour ça que la progression, à partir d’un moment, ce fait de mètre en mètre. Il serait inconscient et dangereux de descendre à une profondeur, sans savoir si je peux remonter, sans savoir si mon apnée sera suffisante, ce qui n’est jamais le cas.
Le jour où j’aurais peur de descendre, il sera temps d’arrêter.
Quant à y rester, je n’ai aucune intention de faire comme dans le grand bleu et rester avec d’hypothétiques sirènes au fond. On remonte aussi pour pouvoir partager ces sensations avec ceux qui nous entourent, donc les retrouver.

A+ sous la mer!

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : Daan Verhoeven (DR)
Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine.

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