Plusieurs ouvrages ont été consacrés à l’histoire du Célib (Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons). Mais il était logique qu’à son tour, Claude Champaud nous livrât le sien.

Ayant activement participé à cette aventure qui relança l’idée bretonne après la guerre 39-45, il ne pouvait que nous fournir des éclairages de première main. C’est ce à quoi il s’est consacré avec Quand les Bretons éveillèrent la Bretagne – le Célib (Centre d’histoire de Bretagne).

Pourtant, il est historiquement intéressant de revenir sur les conditions dans lesquelles Joseph Martray fonda le Célib. Rédacteur en chef de La Dépêche (aujourd’hui Le Télégramme) pendant l’Occupation, alors que le directeur politique en était Yann Fouéré et l’administrateur Marcel Coudurier, Joseph Martray appartenait à un réseau de résistance (Défense de la France). Ce qui lui permit à la Libération d’échapper à l’épuration et de posséder un certificat de bonne conduite : il était résistant authentique. Si bien que lorsqu’il eut à s’expliquer devant le juge d’instruction, il s’en sortit avec un non-lieu. Dans les milieux autonomistes, il était l’un des rares journalistes à n’avoir travaillé ni au quotidien La Bretagne (Yann Fouéré directeur), ni à l’hebdomadaire L’heure bretonne (Parti national breton).

N’étant pas grillé, il accepta – à la demande de deux anciens du PNB (un chef d’entreprise et un libraire qui fournissaient l’argent) – de lancer après-guerre un revue qu’il appela Le peuple breton. Mais une fois le plafond de 500 abonnés atteint, Joseph Martray comprit que cette opération ressemblait fort à une impasse. Il laissa tomber après quelques numéros et s’attela à lancer le Célib.

La réunion fondatrice du Célib eut lieu à Quimper dans une salle municipale (22 juillet 1950). La première année, le président en fut Joseph Halléguen (RPF), député-maire de la ville. Mais cette situation ne convenait pas à Joseph Martray qui voulait faire du Célib une grande affaire, ce qui exigeait d’avoir comme président la star bretonne de l’époque, René Pleven, qui était régulièrement soit président du conseil, soit ministre de quelque chose. Martray « voulait » Pleven…

Il ne restait plus à Joseph Martray qu’à convaincre le président Pleven de devenir le grand homme du Célib. Ce fut chose faite au cours d’un dîner-débat qui eut lieu en juillet 1951, dans une brasserie parisienne, Le Poccardi, auquel participaient les députés et sénateurs de Bretagne. Pour rien au monde, ces derniers n’auraient séché une réunion où le président Pleven était présent !

La petite histoire nous apprend également que, pour lancer le navire, des fonds étaient nécessaires. En cours d’année, difficile d’obtenir des subventions des conseils généraux. François Tanguy-Prigent (SFIO) conseilla alors à Joseph Martray de frapper à la porte de la directrice de cabinet de René Pleven. Ce qui fut fait. Si bien que, grâce aux fonds secrets du gouvernement, le lancement du Célib fut possible.

B. Morvan

Claude Champaud (CELIB) : « le mouvement breton actuel préfère se raconter des histoires plutôt que de faire l’Histoire » [Interview]

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