Charles-Henri Gallois (UPR) : « L’Union Européenne ne protège pas du reste du monde »

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Charles-Henri Gallois, deuxième en partant de la droite

Le samedi 17 mars à 19 heures à la salle de la Manufacture à Nantes, l’UPR (Union populaire républicaine, fondée en 2007 par François Asselineau, Charles-Henri Gallois, trésorier et responsable national de l’UPR pour l’économie, donnera une conférence sur l’euro, l’UE et les accords de libre-échange actuellement signés ou en cours de préparation (TAFTA, CETA, Mercosur).

Nous l’avons interviewé sur ce qu’il appelle « les illusions économiques » de l’Union Européenne.

Breizh Info : Charles Henri Gallois, pouvez-vous vous présenter brièvement à nos lecteurs? 

Charles-Henri Gallois : J’ai 29 ans. Je suis diplômé de l’école de commerce EM Lyon et je travaille actuellement dans un grand groupe français en contrôle financier et consolidation.

Breizh Info : Pourquoi avez-vous décidé de rejoindre l’UPR?

Charles-Henri Gallois : L’école de commerce apprend peu l’économie. J’avais néanmoins une formation économique dès le lycée et je me suis toujours fortement intéressé à l’économie en lisant de nombreux ouvrages à ce sujet. Par moi-même, j’avais compris que l’euro était un édifice bancal, suicidaire pour les pays du sud et qui ne marcherait jamais.

Il me manquait les clés de compréhension pour savoir pourquoi des dirigeants intelligents comme Mitterrand ou Chirac appuyaient une décision néfaste pour la France. Les conférences de François Asselineau m’ont données les clés de compréhension sur les origines de la construction dite « européenne » et de la dimension géopolitique qu’il y avait derrière. J’ai aussi été séduit par la dimension de vaste rassemblement hors du clivage gauche-droite de l’UPR. Les partis euro-critiques (mais qui ne proposent pas le Frexit) sont traditionnellement très marqués à droite (DLF ou FN) ou à gauche (FI). Ce sont des impasses qui empêchent toute victoire du Frexit puisque le « non » du référendum de 2005 sur la Constitution européenne a montré la nécessité de rompre ce clivage puisque les 55% étaient composés à 30% de gauche et 25% de droite.

Breizh Info : que pèse l’UPR en France et dans le 44 en particulier ?

Charles-Henri Gallois : L’UPR compte 30 536 adhérents, ce qui en fait le 4e partie de France à ce niveau-là. Cela rend encore plus ahurissant notre censure totale par les grands médias puisque cela ne vous aura pas échappé que nous ne passons nulle part depuis le vendredi précédent le 1er tour de l’élection présidentielle. Nous étions le parti présentant le plus de candidats aux élections législatives, ce qui constitue un vrai tour de force, et nous avons eu le droit à 0 heure 0 minute et 0 seconde. Pour ce qui est du 44, nous y comptons à l’heure actuelle 594 adhérents.

Breizh Info : Qu’est-ce que l’UE apporte à la France actuellement?

Charles-Henri Gallois : Économiquement pas grand-chose comme je l’expliquerai dans ma conférence. J’en profite pour souligner le fait que chaque année, nous versons 9 milliards d’euros de plus à l’UE que l’on en reçoit. On pourrait faire beaucoup de choses avec ces 9 milliards d’euros qui représentent rien de moins que l’embauche de 50 000 infirmières, l’ouverture et le fonctionnement de 2 500 crèches, la construction de 60 hôpitaux, l’entretien de 20 000 km de routes nationales ainsi que l’embauche de 10 000 policiers/gendarmes.

Pour ce qui est des apports que l’on entend souvent, notamment chez les jeunes dont je fais partie, à savoir Erasmus ou le fait de ne pas changer de monnaie quand on passe la frontière, je réponds qu’Erasmus n’est qu’une bourse que l’on peut maintenir nationalement, que les échanges universitaires existaient avant et existeront après l’UE, et qu’ils ne se limitent pas aux seuls pays européens (dieu merci !). Concernant le changement de monnaie en passant la frontière, si l’intérêt pouvait exister à l’époque de la monnaie 100% physique, à l’heure où l’on peut payer presque partout par carte et que l’on peut retirer de l’argent avec sa carte, l’intérêt est plus que limité. J’ajoute que ces micro-apports très relatifs ne peuvent pas justifier la destruction d’une nation !

Breizh Info : A-t-elle encore des marges économiques alors que la nécessité de soutenir les nouveaux adhérents se fait de plus en plus nette ces dernières années?

Charles-Henri Gallois : La France dans l’UE n’a en tout cas plus de marges de manœuvre économique puisque nous n’avons plus notre propre monnaie et que l’on doit à la fois présenter la copie budgétaire à Bruxelles tous les ans et appliquer les instructions européennes. Savez-vous par exemple que la hausse de la CSG, l’imposition à la source, la remise en cause des services publics (EHPAD, SNCF, etc.) viennent directement des Grandes Orientations des Politiques Économiques (GOPÉ). On aurait eu exactement la même politique avec Fillon, Hamon, Dupont-Aignan, Mélenchon, Le Pen, etc. puisqu’ils ne proposent pas de sortir de l’UE et que toute notre politique économique découle des traités européens que l’on ne peut pas changer (il faut l’unanimité des 28 États membres).

Pour ce qui est de l’UE, la grande problématiques budgétaire va venir du Brexit puisqu’il faudra pour l’UE trouver près de 10 milliards d’euros pour compenser le départ du Royaume-Uni. Plusieurs pays du nord de l’Europe prône une baisse du budget car ils ne veulent pas payer plus. Pendant ce temps, la France, en dindon de la farce, a déjà voté une hausse de la contribution pour les années à venir. La réalité est que notre appartenance à l’UE nous coûte de plus en plus cher et sert à payer des pays qui nous font de la concurrence déloyale et bénéficie des délocalisations.

Breizh Info : L’UE protège-t-elle des marchés concurrents dans le reste du monde (notamment de la Chine et du Mercosur) ?

Charles-Henri Gallois : L’UE ne protège pas du reste du monde puisque les droits de douanes extérieurs sont très faibles (moins de 3%) et qu’elle ne cesse de signer des accords de libre-échange. Les derniers en date étant le CETA avec le Canada et celui avec les pays d’Amérique du sud (Mercosur). Il faut savoir que cela va entre autres détruire notre élevage. Au niveau de l’élevage bovin, le prix de revient du bœuf est par exemple 4 fois moindre en Argentine ou au Brésil par rapport à la France et 2 fois moindre en ce qui concerne le Canada.

L’UE interdit aussi de se défendre contre les délocalisations ou le pillage de notre patrimoine puisque l’article 106 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) impose la libre circulation des mouvements de capitaux, non seulement entre les pays de l’UE, mais aussi avec tout le reste du monde…

Breizh Info : L’euro protège-t-il du chômage et du dérapage de la gestion des finances publiques?

Charles-Henri Gallois : Non, il suffit de voir que la zone euro est la zone dans le monde avec le plus de chômage et que parmi les pays de l’UE, la zone euro a un chômage plus fort que les pays qui sont dans l’UE et n’ont pas accepté l’euro.

Pour ce qui est des finances publiques, là aussi la dette a explosé en Europe depuis l’adoption de l’euro et en particulier pour les pays du sud qui ne peuvent fonctionner avec cette devise.

Breizh Info : Peut-on sortir de l’euro sans enterrer l’économie française ou se retrouver avec un franc très fortement dévalué?

Charles-Henri Gallois : La propagande européiste joue sur les peurs à ce sujet. Je démonte les principales peurs une par une dans ma conférence. Pour ce qui est du nouveau franc, la dépréciation ne sera pas cataclysmique. Selon le FMI, l’euro est surévalué de 6% pour la France. Des études réalisées par Natixis, Nomura ou ING montrent également une dépréciation de cet ordre de grandeur en cas de retour au franc. Nous sortirons au taux de 1 pour 1 et il serait ensuite souhaitable que la dépréciation soit plutôt de 10% pour relancer la machine économique française. Un pilotage pourra être fait par la Banque de France pour arriver à cet objectif. Cela sera d’ailleurs facilité par le contrôle des mouvements de capitaux permis par la sortie de l’UE.

Je rappelle à cet égard qu’une dépréciation de notre monnaie de 10% ne veut en aucun cas dire une perte de pouvoir d’achat de 10% ! Cela supposerait que tous les produits consommés soient importés. Il y a en réalité qu’environ 30% de produits importés, ce qui signifie que la hausse des prix serait au maximum de 3%. Dans un marché très concurrentiel, la hausse est en réalité encore moindre. On n’a pas vu les prix augmenter significativement quand l’euro s’est fortement déprécié, passant de 1€=1,39$ à 1€=1,06$ (-25%) entre avril 2014 et mars 2017. D’ailleurs, l’euro s’est apprécié de 16% entre janvier 2017 et janvier 2018 et j’imagine que vous n’avez pas vu votre pouvoir d’achat augmenter de 16% !

Breizh Info : A quoi sert le TAFTA et mettra-t-il en péril l’économie?

Charles-Henri Gallois : Le TAFTA est un traité de libre-échange avec les États-Unis. Il est peut-être intéressant pour l’Allemagne qui est très compétitive et pourrait écouler en masse ses grosses berlines outre-Atlantique mais il est aussi un suicide pour notre agriculture puisque les exploitations américaines sont bien plus vastes et une production ultra intensive. Après, le CETA et le traité avec le Mercosur, ce serait assurément le coup de grâce pour nos agriculteurs. C’est aussi pour les consommateurs, l’arrivée du poulet chloré ou du bœuf aux hormones. Au niveau de l’industrie, cela serait aussi très compliqué car les États-Unis sont globalement plus compétitifs, notamment au niveau énergétique avec l’utilisation du pétrole de schiste qui a fait passer les États-Unis comme premier producteur mondial de pétrole devant l’Arabie Saoudite.

Breizh Info : Un traité de libre-échange avec le Mercosur est en passe d’être signé, il inquiète fortement les agriculteurs qui ont manifesté contre. Ont-ils raisons de s’inquiéter? 

Charles-Henri Gallois : J‘y ai répondu auparavant. Cela va balayer une grande partie de notre agriculture et c’est la mort programmé de l’élevage en France ! Je rappellerais juste que ces traités sont entièrement négociés par un Commissaire européen et que la France n’intervient pas du tout et n’est plus libre de défendre ses intérêts !

Breizh Info : Trump a décidé de protéger l’industrie lourde américaine en taxant les importations d’acier et d’aluminium, notamment chinois, qu’en pensez-vous?

Charles-Henri Gallois : Trump dit et fait beaucoup de bêtises mais il a raison sur ce point-là. D’une part, hormis pays membre de l’UE, tous les pays du monde se protègent et cela n’est pas une nouveauté que les États-Unis se protègent. D’autre part, les autres pays n’ont aucun intérêt à riposter car pour la plupart ils se protègent déjà et surtout les États-Unis ont un déficit commercial abyssal donc les autres pays bénéficient du commerce avec eux !

C’est d’ailleurs la même chose pour la France qui ne cesse d’engranger des déficits commerciaux ! Il serait au contraire temps de se protéger !

Breizh Info : Que pensez-vous en général du système de libre-échange et de la mondialisation?

Charles-Henri Gallois : Le libre-échange n’est pas une mauvaise chose en soi lorsqu’il est fait sur des secteurs précis avec des pays qui sur ces secteurs ont des normes sociales, fiscales ou environnementales relativement proches. En revanche, la mondialisation qui consiste en un libre-échange total est une pure folie. Il met en concurrence les salariés avec toujours la prime au moins-disant social, fiscal et environnemental. Cela aboutit à des inégalités croissantes et à un système qui va rapidement atteindre ses limites.

Breizh Info : Que proposez-vous pour l’améliorer/le remplacer ?

Charles-Henri Gallois : Nous proposons de revenir au bons sens ! Les échanges commerciaux se développaient aussi en période protectionniste. Comme je l’ai dit auparavant, il faudra remettre de la régulation et au niveau de la France, cela passera par se protéger davantage sur les secteurs ou nos concurrents n’ont pas les mêmes normes sociales ou environnementales. Cela ne veut pas dire vivre en autarcie mais avoir un protectionnisme ciblé et intelligent comme le fait la majorité des pays du monde ! Intelligent veut aussi dire que l’on ne va pas se mettre des barrières douanières sur des produits qu’on ne produit pas encore ou plus en France. Il s’agira de se servir de ces outils pour réindustrialiser la France. Je rappelle que cela est crucial au niveau de l’emploi car pour 1 emploi dans l’industrie créé, cela amène la création de 2 à 3 postes dans les services liés.

Breizh Info : Quelles sont vos prévisions pour l’économie française d’ici 2022 si le cours mondialiste est maintenu (avec adoption des divers traités de libre-échange, TAFTA, CETA, Mercosur…) 

Charles-Henri Gallois : Je ne suis malheureusement guère optimiste dans le cadre des traités européens et de l’euro. Il y a actuellement une croissance mondiale dont la France bénéficie comme les autres pays. Néanmoins, tous les déséquilibres restent là et il est fort à parier que les politiques suicidaires d’assouplissement quantitatif (« Quantitative Easing ») qui ont construit des bulles colossales n’amènent une nouvelle crise financière. Cette crise montrerait alors tous les déséquilibres de l’euro et de l’UE et les boulets qu’ils représentent pour la France. Sur le plan social, la casse sociale que nous impose l’UE, via son serviteur Emmanuel Macron, va aussi amener beaucoup de destruction sociale et de mécontentement.

Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe

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