L’organisation professionnelle britannique de l’aéronautique (ADS Group), qui rassemble plus de mille entreprises et 85 milliards d’euros de chiffre d’affaires, a écrit le 7 juin à Michel Barnier, chef négociateur de la Commission européenne pour le Brexit, pour réclamer d’urgence des négociations techniques entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Plus qu’une lettre (la voir ici) c’est un cri d’alarme. L’industrie aéronautique, qui apporte plus de 200 milliards d’euros à l’économie européenne, risque d’entrer dans une crise gravissime après le retrait britannique de l’union le 29 mars 2019 si cette sortie se fait sans un accord préalable.

La division du gouvernement britannique, son incapacité à proposer un cadre juridique qui réponde aux exigences minimales de la Commission, notamment l’absence de frontière entre les deux Irlande, fait craindre le pire.

Or les conséquences d’un départ du Royaume-Uni sans entente, le fameux Brexit dur que réclament les conservateurs les plus radicaux, aurait des suites immédiates et catastrophiques pour le secteur aérien, tant sur les îles que sur le continent.

Comme le souligne dans sa lettre l’ADS Group, sans accord, à partir de minuit le 29 mars 2019, les règles européennes ne s’appliquent plus pour le Royaume-Uni qui est devenu un pays tiers comme le sont les États-Unis ou le Brésil, deux autres importants acteurs de l’aviation.

Saint-Nazaire, arrêt des chaînes de montage

Dès le 30 mars, sans compromis préalable, les pièces détachées, les composants, les moteurs produits au Royaume-Uni ne peuvent plus être inclus dans des appareils européens. Or, dans l’état actuel d’intégration de l’industrie, cette situation conduirait à l’arrêt immédiat des chaînes de montage d’Airbus partout en Europe et notamment à Saint-Nazaire.

 Les ateliers installés à Montoire de Bretagne assemblent, équipent et testent des tronçons avant de tous les Airbus de l’A318 à l’A380, des tronçons centraux des Airbus A330, A350 XWB et A380, les pointes avant de l’A400M (avion militaire).

 Tous ces travaux introduisent des éléments britanniques et sans cet accord préalable, les ouvriers bretons ne pourront plus les incorporer dans les avions qu’ils construisent et se retrouveront en chômage technique.

 L’aéronautique est l’industrie la plus en péril en cas de Brexit dur car l’apport insulaire est irremplaçable à court terme. En revanche, le transport aérien sera en mesure de poursuivre ses activités en Europe, mais ce sont les compagnies basées au Royaume-Uni qui se verront dans l’impossibilité de se poser sur un aéroport du continent, un grave sujet de préoccupation pour les milliers de Britanniques résidant en Bretagne qui devront s’inscrire sur les listes d’attente des ferries pour rentrer en Angleterre.

 Les conséquences d’une absence d’accord préalable à la sortie du Royaume-Uni de l’Union sont si considérables qu’il semble invraisemblable qu’une solution ne soit trouvée à la dernière minute. Mais si le Brexit nous a habitués à quelque chose c’est bien que l’improbable peut devenir réalité.

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