Jean-Yves Le Drian était l’invité de Jean-Pierre Elkabbach sur la chaîne CNEWS mercredi 13 juin. Interrogé sur la politique migratoire de Matteo Salvini et sur le cas de l’Aquarius, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a tenté de passer entre les gouttes. Avant de finir par prendre l’eau.

La tempête Salvini 

Depuis le début de la semaine, les médias français font leurs choux gras avec le sujet de l’Aquarius et de ses 629 migrants embarqués. Le cas de ce navire appartenant à l’ONG SOS Méditerranée a secoué une bonne partie de la classe politique européenne ces derniers jours. Plus précisément, c’est surtout la décision du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini d’interdire à l’Aquarius d’accoster en Italie qui a suscité des réactions en cascade.

Sans surprise, les dirigeants français n’ont pas manqué de fustiger la nouvelle politique du patron de la Lega Nord. « Comment jugez-vous le nouveau gouvernement « d’extrême droite » d’Italie avec Mario Salvini […] qui se réjouit de ce qui s’est passé parce qu’il a secoué toute l’Europe ? », lui demande Jean-Pierre Elkabbach.

La réponse de Jean-Yves Le Drian résume alors à elle seule tout l’embarras dans lequel se trouve l’exécutif de l’Hexagone. Tandis qu’Emmanuel Macron n’avait pas hésité à qualifier les Italiens de « cyniques » et d’« irresponsables », l’ancien président du Conseil régional de Bretagne a visiblement saisi la complexité de la situation.

Difficile en effet d’attaquer frontalement Matteo Salvini pour quiconque connaît réellement les difficultés auxquelles l’Italie a dû faire face ces dernières années avec ces arrivées massives de migrants dans les ports. Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères constate ainsi qu’il y a « un accroissement du défi migratoire en Europe » et que « la réponse apportée n’est pas suffisante ».

Le Drian et la géographie

Plutôt que de se mettre à dos une partie de l’Europe qui s’affiche désormais clairement hostile à l’arrivée de nouveaux migrants, Jean-Yves Le Drian préfère fustiger les passeurs « qui sont en train d’organiser des trafics ». « Nous devons les punir […] S’il n’y a pas de collégialité et de coopération en Europe, le défi migratoire sera permanent ».

Toutefois, une autre déclaration interpelle sur la volonté du ministre quant à l’accueil de l’Aquarius dans un port français. Lors des questions au gouvernement du mardi 12 juin, Jean-Yves Le Drian a suscité une polémique en déclarant que le port espagnol de Valence était « le plus proche et le plus sûr ».

« Ce sont les principes de la Convention internationale sur la recherche et le sauvetage maritime qui doivent s’appliquer. Et il est très regrettable qu’ils ne soient pas appliqués », déplore, devant l’Assemblée nationale, l’ancien député-maire de Lorient impuissant face au coup d’éclat de Matteo Salvini.

Mais Jean-Yves Le Drian ne s’était, semble-t-il, pas penché sur une carte de la Méditerranée avant de prendre la parole. L’Aquarius était effectivement plus proche de certains ports français comme Marseille. Il n’en fallait pas plus pour créer un « bad buzz » autour du ministre, et tout particulièrement à gauche. Une gauche qui a déploré le non-accueil de ces migrants par la France mais qui peut tout de même se rassurer : l’occasion risque de se représenter rapidement !

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