Philippe Noguès se réveille tardivement. Député de la circonscription Hennebont – Gourin pendant le mandat précédent (élu sous l’étiquette PS, puis dissident), notre homme avait tout le loisir de s’occuper des dossiers bretons plutôt que de passer son temps à contester la politique de François Hollande ; quand on est un « petit », on ne cherche pas à jouer dans la cour des « grands ».

Devenu un frondeur très activiste, Philippe Noguès avait même créé un mouvement « Voix de gauche », riche d’« une cinquantaine d’adhérents » (Ouest-France, vendredi 25 mars 2016) après avoir démissionné du PS. Son explication : « Je crois qu’il n’y a pas de changement possible à l’intérieur du Parti socialiste ni du groupe parlementaire. La ligne social-libérale a gagné, avec Manuel Valls, Emmanuel Macron. » Et sur son ambition : « Je m’emploierai à rassembler la gauche ». (Ouest-France, Morbihan, jeudi 25 juin 2015). Très content de lui, il raconte : « L’autre jour, j’ai mis deux heures à faire mes courses au Leclerc d’Hennebont. Les gens me tapaient sur l’épaule ! » Il se croit même investi d’une mission : « Mon geste rencontre un écho. C’est impressionnant, mais on se sent responsable » (Libération, mercredi 29 juillet 2015).

« Sorti » dès le premier tour des législatives de juin 2017

Jusqu’à ce qu’arrive l’heure de vérité : les élections législatives de juin 2017. Noguès est « sorti » dès le premier tour : seulement 10,70% des suffrages exprimés, alors qu’il n’y avait pas de candidat PS face à lui et qu’il était soutenu par les Verts et le Front de gauche. Tandis que le candidat marcheur Jean-Michel Jacques arrive en tête avec 35,41% des voix. C’est l’humiliation pour Noguès : « Je suis dégoûté. Abasourdi. Quand je vois le score réalisé par le candidat LREM, c’est le syndrome des moutons » (Ouest-France, Morbihan, lundi 12 juin 2017).

Redevenu un citoyen de base, Philippe Noguès découvre l’existence de la Bretagne. Il s’intéresse tout d’un coup à l’affaire du CMB – ce qu’il se gardait bien de faire lorsqu’il siégeait à l’Assemblée nationale. Il voit juste lorsqu’il note : « que les sociétaires comprennent réellement ce qui se passe à Arkéa n’est évidemment pas la volonté des dirigeants. En maintenant le flou autour de leur projet, il est plus facile pour eux de limiter le débat interne à quelques administrateurs beaucoup plus faciles à convaincre »  (Ouest-France, jeudi 7 juin 2018)

Philippe Noguès aurait portant pu se rendre utile au Palais-Bourbon…

Lorsqu’il était parlementaire, Philippe Noguès aurait pu se rendre utile au Palais-Bourbon en déposant une proposition de loi visant à contraindre le Crédit mutuel en général – et le CMB en particulier – à retrouver son esprit mutualiste, afin d’empêcher qu’un clan ne s’empare de la direction de l’établissement bancaire et que les sociétaires n’aient plus leur mot à dire. Au lieu de cela, Noguès a cru devenir un homme politique d’envergure nationale (!) : « Maintenant il est préférable de provoquer un électrochoc », affirme-t-il, convaincu « d’être le détonateur de quelque chose de nouveau » après son départ du PS. « J’espère rassembler et faire en sorte que toutes les forces de gauche puissent se retrouver pour être unies au législatives et bien avant », telle est son ambition (Le Figaro, jeudi 2 juillet 2015). Un homme modeste…

A coup sûr, Noguès aurait gagné à s’intéresser non seulement au fonctionnement des caisses locales (assemblées  générales souvent bidon grâce à la technique des « portes ouvertes » ; conseil d’administration composé de figurants), mais encore à celui de la fédération. Une question parmi d’autres : comment les dirigeants du CMB (président, directeur général, membres du conseil d’administration) parviennent-ils à s’octroyer des rémunérations aussi juteuses ? Noguès aurait pu susciter la création d’une commission d’enquête parlementaire pour y voir plus clair. Mais notre homme avait d’autres chats à fouetter : « co-construire (…) une démarche politique cohérente et collective, qui ne soit pas seulement d’opposition mais surtout force de propositions » (Libération, vendredi 11 septembre 2015) en créant un groupe rouge-rose-vert à l’Assemblée nationale.

Question à Philippe Noguès : de quel bilan peut-il s’enorgueillir après avoir passé cinq ans au Palais-Bourbon ? Qu’a-t-il fait de concret ? Quels services a-t-il rendu à la Bretagne ?

Bernard Morvan

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