Quelles sont les raisons qui ont conduit les pêcheurs normands et britanniques à s’affronter violemment en mer le 28 août dernier autour d’un gisement de coquilles Saint-Jacques ?

Bataille navale pour les coquilles Saint-Jacques 

Bien que les tensions entre pêcheurs français et britanniques en Manche ne datent pas d’hier, elles ont pris une nouvelle dimension le 28 août dernier. En Baie de Seine, 35 navires français et 5 navires anglais se sont effectivement livrés à ce qui pourrait s’apparenter à une bataille navale. Les premiers cherchant à faire fuir les seconds.

Avec les insultes, des jets de pierre ont aussi fusé entre les unités de pêche normandes et anglaises. Plus grave encore, des bateaux se sont littéralement abordés volontairement avec des collisions particulièrement dangereuses. Si aucun blessé n’a été à déplorer, trois navires ont eu leur coque perforée par ces abordages !

Coquilles Saint-Jacques : deux poids deux mesures

Si les incidents ont eu lieu au large des côtes normandes, les navires anglais se trouvaient pourtant bien dans les eaux communautaires européennes. C’est une zone dans laquelle tous les navires de pêche des pays membres de l’UE peuvent travailler. Quelles sont donc les motivations des marins français ?

Alors que le gisement de coquilles Saint-Jacques est exploité par les flottilles des deux pays, les pêcheurs français protestent contre les différences de réglementation. Elle est plus contraignante pour les Normands que pour les Anglais. Ainsi, du côté de l’Hexagone, les marins ne peuvent pêcher la coquille Saint-Jacques qu’entre le 1er octobre et le 15 mai. Il en va tout autrement pour les navires du Royaume-uni et d’Irlande. Ces derniers ont la liberté de capturer de la coquille Saint-Jacques toute l’année !

D’accords en désaccords

Face à ce paradoxe réglementaire concernant la pêche dans une même zone, les marins normands et britanniques ont signé un premier accord (annuellement reconductible) en 2013 pour tenter de parvenir à une relative cohérence des pratiques. Les navires d’outre-Manche se voyant alors imposer les mêmes dates de pêche à la coquille Saint-Jacques que leurs homologues français. Avec une nuance toutefois : les bateaux britanniques mesurant moins de 15 mètres n’étaient pas tenus de respecter ces dates. De quoi passablement agacer les esprits dans les ports de Normandie où les marins demandent depuis longtemps que cette exception prenne fin…

À tel point que les pêcheurs hexagonaux ont décidé de ne pas signer à nouveau l’accord pour cette année. Dans cette situation de flou réglementaire, les bateaux britanniques de toutes tailles sont donc venus pêcher la coquille Saint-Jacques bien avant le 1er octobre sur le gisement de la Baie de Seine. Et ce, avec des navires de taille supérieure à 15 mètres.

Quelles suites ?

Après ces incidents du 28 août, les pêcheurs normands n’auraient pour l’instant fait l’objet d’aucune sanction. Mais la colère se fait aussi ressentir en Grande-Bretagne, notamment dans les ports des Cornouailles. Un territoire où est élue la députée conservatrice Sheryll Murray, laquelle a vivement critiqué sur la BBC l’attitude des marins français : « Ces pêcheurs [NDLR : britanniques] étaient en train de travailler pour gagner honnêtement leur vie, et c’est absolument inacceptable que des pêcheurs issus d’autres pays membres [NDLR : de l’UE] puissent lancer des projectiles tels que des pierres ou des pièces en métal, puissent allumer des fumigènes et mettre en danger leur vie. »

Du côté de la Commission européenne, c’est un règlement du litige « à l’amiable » qui est proposé. Avec l’entrée en vigueur du Brexit le 29 mars 2019, des rebondissements sont encore à prévoir concernant l’accès des britanniques aux zones de pêches situées dans les eaux communautaires européennes.

Dans l’immédiat, le prochain épisode de cette bataille maritime de la Manche aura lieu dans le courant de « la semaine prochaine » (sans date précise pour l’instant) avec la tenue d’une réunion entre pêcheurs britanniques et français afin de parvenir à un nouvel accord. C’est ce qu’a affirmé le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Stéphane Travert le 31 août. Des discussions qui s’annoncent agitées !

Crédit photo : Flickr (CC BY SA 2.0/Frédéric Bisson)
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