Périodiquement, les magazines proposent à leurs lecteurs une enquête sur la franc-maçonnerie ; on stimule ainsi la vente en promettant du confidentiel et du croustillant sur une société secrète ; la vérité est que le résultat apparaît décevant. Quelques généralités, quelques banalités, quelques noms connus de tous et on en reste là. Et surtout on se garde bien d’indiquer l’identité des « frères » qui font la pluie et le beau temps dans le monde politique, économique, culturel, syndical et associatif.

Rien de nouveau donc avec l’article « franc-maçonnerie et politique, une histoire morbihannaise » publié dans Le Mensuel du Morbihan (septembre 2018). Pour la période contemporaine, le lecteur reste sur sa faim. On se contente de rappeler  qu’« en 1965, Lorient renoue avec la gauche. Yves Allainmat (affilié au Grand Orient) rafle le poste de maire. En 1973, il devient député. Avant de passer la main à son héritier politique en 1978 : Jean-Yves Le Drian, 30 ans. Trois ans plus tard, ce jeune socialiste prendra à son tour la mairie de Lorient, toujours parrainé par Yves Allainmat. Le Drian n’est alors pas membre de la franc-maçonnerie. Si le principal intéressé n’a jamais voulu s’exprimer publiquement sur la question, il apparaît qu’il serait entré au Grand Orient lorientais, via Yves Allainmat, en 1982. Soit plusieurs mois après son accession à l’hôtel de ville ».

Initié, en 1982, dans la loge Nature et philosophie de Lorient

Un journaliste précis aurait indiqué que Jean-Yves Le Drian a été initié, en 1982, dans la loge Nature et philosophie de Lorient (L’Express, 19 septembre 2012). L’appartenance de Le Drian au Grand Orient est indiscutable, comme le montre une invitation des loges « Science et Travail André Crémieux », « Patriam recuperare », « Liberté 89 », à assister au temple de la rue Cadet (Paris), à une conférence « au cours de laquelle « notre frère Jean-yves Le Drian (député-maire de Lorient, vice-président de la commission de la Défense nationale) traitera «  vers un nouvel ordre géopolitique mondial ? » (vendredi 15 décembre 1989) » (Faits et documents, 1er décembre 2012).

Dans ce numéro du Mensuel du Morbihan, on apprend également qu’à Vannes on trouve plus de sept obédiences, dont le Grand Orient. Près de 350 francs-maçons fréquentent le Temple unique, situé à Saint-Avé. A Lorient, sept obédiences également, dont le Grand Orient. De deux loges et 120 frères dans les années 1960, la franc-maçonnerie lorientaise compte au moins douze loges aujourd’hui, pour environ 350 membres, répartis dans trois temples différents.

La force des francs-maçons : leur capacité à fonctionner en réseau au-delà de leur appartenance politique

Tout cela est bien gentil mais il serait très utile de connaître l’identité des membres de ces loges – comme l’exige la transparence de notre société moderne. Ainsi beaucoup de choses s’éclaireraient : telle décision de justice, tel arrangement électoral, telle attribution de marché public, telle remise de Légion d’honneur, telle combine entre députés et sénateurs… On veut des noms ! Il reste donc à Donovan Potin – le journaliste du Mensuel du Morbihan – qu’à s’attaquer au plus important : les « frères la gratouille » qui peuplent Lorient et Vannes (élus, magistrats, avocats, professeurs…)

La force des francs-maçons : leur capacité à fonctionner en réseau au-delà de leur appartenance politique. Un exemple : Paul Anselin, homme « de droite » et ancien maire de Ploërmel appartenant à la Grande Loge nationale de France, accomplit des missions pour Charles Hernu et Jean-Yves Le Drian. Tous deux ministres de la Défense nationale et hommes « de gauche ». On vit Anselin se surpasser lors des élection régionales de 2015 lorsqu’il appela à voter pour Le Drian qui « à la Défense s’est révélé être un véritable homme d’État et un grand ministre » (Ouest-France, Bretagne, mercredi 2 décembre 2015). La franc-maçonnerie est une grande famille.

Bernard Morvan

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