La droite parisienne a de la chance de posséder en Maël de Calan un penseur de choc. Accessoirement conseiller départemental (Saint-Pol-de-Léon) et conseiller municipal de Roscoff, sa préférence va à la grande politique, celle qui pourrait faire de lui un personnage d’importance nationale. On le voit donc candidat à la présidence des Républicains. Le résultat fut médiocre : seulement 9,25% des suffrages des adhérents (9013 bulletins) alors que Laurent Wauquiez l’emportait très facilement, dès le premier tour, avec 74,64% (73 564 bulletins).

Le soir même, Maël de Calan expliquait que 10 000 adhérents c’était suffisant pour peser sur la ligne des Républicains. Très concrètement, il demande que les Républicains disent clairement que leurs alliés sont au centre, qu’ils sont prêts à combattre le FN et ses idées, et qu’ils défendent les valeurs européennes (Le Télégramme, lundi 11 décembre 2017). On le voit ensuite s’agiter au sein du mouvement de Valérie Pécresse « Libres », où il a pu décrocher la modeste carte de visite de vice-président.

Pas vraiment la gloire en Bretagne

Sur le plan breton, ce n’est pas la gloire non plus. Candidat aux élections législatives de 2017 (circonscription de Morlaix), il fut battu par une débutante en politique, une marcheuse nommée Sandrine Le Feur, 26 ans, paysanne bio à Pleyber-Christ où elle exploite 10 hectares de légumes et autant de céréales et de prairies. Au second tour, elle obtient 52,14% des suffrages, contre 47,86% pour de Calan ; la messe est dite. L’entre-deux tour fut curieux puisque, depuis la présidentielle, Maël de Calan ne cache pas ses affinités avec le programme En Marche ! Ce qui lui permet d’affirmer : « On aura deux candidats « Macron » au second tour avec deux personnalités différentes, deux manières différentes d’envisager la politique ». Très prétentieux, il ajoute : « Avec d’un côté, un candidat capable, armé pour défendre le territoire pendant cinq ans et d’un autre, une candidate…qui a de la volonté » (Ouest-France Finistère, lundi 12 juin 2017).

 En résumé, pour lui, « les électeurs ont le choix entre un candidat qui a les armes et la capacité de peser pour le pays de Morlaix, et une autre qui n’en a pas, qui ne connaît pas les dossiers et qui n’a pas de réseaux » (Le Télégramme, mardi 13 juin 2017). Ayant axé sa campagne sur son côté Macron-compatible, de Calan sort son arme secrète dès le lendemain du premier tour en utilisant les réseaux sociaux : des images où on le voit discuter avec le Premier ministre, assis dans un jardin. En s’affichant aux côtés d’Édouard Philippe, de Calan croit mettre toutes les chances de son côté : avec la jambe droite il est Républicain, avec la jambe gauche il est marcheur ; il suffisait d’y penser.

« l’opportunisme d’un candidat qui n’attend qu’une chose : son poste de député. »

Sandrine Le Feur a donc raison de rappeler que « lui (Maël de Calan) autant que Gwenegan Bui (PS) sont des apparatchiks, des technocrates. La politique appartient pourtant à tout le monde ! » (Ouest-France, Finistère, mardi 13 juin 2018). Il lui est encore plus facile de dénoncer « l’opportunisme d’un candidat qui n’attend qu’une chose : son poste de député. » (Ouest-France, Finistère, 12 juin 2017). Effectivement, de Calan cherche à se faire élire député à Morlaix afin de disposer d’un mandat national qui lui permettra de faire son trou à Paris et d’y jouer un rôle, la Bretagne étant le cadet de ses soucis.

Récemment, le conseiller municipal de Roscoff a abandonné sa fonction de président de la fédération LR du Finistère. Il justifie son choix par son décalage avec « la ligne politique imprimée par la nouvelle direction » du parti : « Je n’y adhère pas toujours sur le fond, je crois qu’elle nous isole et qu’elle ne nous permettra pas de remporter les prochains scrutins » (Ouest-France, Bretagne, vendredi 3 août 2018). Mais il ne quitte pas LR. Sans doute faut-il rechercher une explication plus terre-à-terre à cette démission. A cour sûr, la majorité des adhérents penche davantage du côté de Wauquiez que de celui de Juppé. Bref, le noyau dur des militants se retrouve davantage dans la « droite de conviction » qua dans la « droite molle ». Dans ces conditions, il était préférable pour le président Maël de Calan de partir avant de se faire virer, ce qui n’aurait pas manqué de se produire lors du prochain renouvellement du bureau de la fédération.

Des munitions pour la droite ?

De Calan pense ; il veut fournir des munitions à la droite. Vaste programme ! Il avait donc entrepris de lancer un think tank dénommé la Boite à idées, avec deux compères, Enguerrand Delannoy et Matthieu Schlesinger ; tous les trois se présentent comme des « têtes chercheuses de la droite». La mission de cette petite armée de l’ombre : produire des notes sur les sujets économiques et sociaux pour alimenter les élus UMP. Et préparer les réformes que la droite mettra en œuvre une fois revenue au pouvoir. « Nous sommes un Terra Nova de droite», affirme Maël de Calan (Le Monde, mardi 18 février 2014). Après l’effet d’annonce dans la presse parisienne, on n’entendit plus jamais parler de cette petite boutique qui devait faire beaucoup et qui fit peu.

Travailler seul s’imposait donc pour de Calan. Dans un premier livre, La vérité sur le Front national (Plon), il analyse, proposition par proposition, le programme de Marine Le Pen. « Il s’agit d’un manuel de combat contre le FN, pour l’empêcher de gagner les 5 ou 10 points qui le sépare du pouvoir », explique-t-il (Challenges, 28 avril 2016). Dans un second, La tentation populiste, où va la droite ? (Les Éditions de l’observatoire), il dénonce les trois éléments constitutifs du populisme : démagogie, simplisme, mensonge. Car ce livre a été conçu comme « un petit manuel de combat pour convaincre la droite de résister tout en défendant fièrement ses idées ! » (Le Figaro, 25-26 août 2018). Plein de bonnes intentions, de Calan veut « réintroduire de la morale » dans la politique. Il est également capable de clarté : « Je suis opposé à toute forme de rapprochement avec le Front national ». Sans oublier des reproches adressés à Laurent Wauquiez : « Il ne rassemble pas » ; « il ne fait pas de propositions » (France Inter, matinale 6/9, dimanche 2 septembre 2018).

Devenu LA référence en matière de « manuel de combat », Maël de Calan gagnerait à poursuivre son œuvre. Car la veine est inépuisable : le chômage, la ruralité, l’immigration, l’insécurité, le capitalisme fait social total, les fondements idéologiques de l’Union européenne, la situation dans les hôpitaux et les maisons de retraite, les petits soldats de la French-American Foundation, le réchauffement climatique, la franc-maçonnerie dans les cercles du pouvoir, les objectifs de la super-classe mondiale… Ce que serait le moyen de vérifier l’exactitude de sa proclamation : « La droite doit être intelligente » (Aujourd’hui en France, 4 décembre 2017).

Une immigration choisie ?

Excellente occasion également de voir comment Maël de Calan pourrait se dépatouiller d’une affirmation aussi ambiguë que « la droite a échoué à mettre en œuvre une immigration choisie » (France Inter, matinale 6/9, dimanche 2 septembre 2018). Car on entrerait dans une forme de discrimination, avec des quotas ; les garçons de café, les plâtriers et les infirmières, par exemple, auraient le droit d’entrer, mais pas les autres… Or la discrimination est un délit puni par la loi. De toute manière, Conseil constitutionnel et Conseil d’État s’opposeraient à une pareille décision contraire à la jurisprudence découlant du préambule de la Constitution. Question à M. de Calan : avec l’Aquarius, entre-t-on dans l’« immigration choisie » ?

Cela dit, rien n’est perdu pour Maël de Calan puisqu’il se réclame de « la droite ouverte qui a envie de travailler avec Macron » (Ouest-France, Finistère, mardi 13 juin 2017). Et comme le mandat de ce dernier se termine en 2022, il conserve toutes ses chances !

Bernard Morvan

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