Jean Chocun (Tri Yann) : « Il nous faut mériter ce qualificatif d’ambassadeur de la Bretagne » [Interview]

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Les trois Nantais du groupe Tri Yann (Jean-Louis Jossic, Jean Chocun et Jean-Paul Corbineau) se réunissent en 1970 en lançant, aux côtés d’autres artistes comme Alan Stivell ou Gilles Servat et pour longtemps, la vague celtique. Depuis lors, le groupe Tri Yann n’a cessé de chanter la Bretagne, source de son inspiration.

Les mythiques « Prisons de Nantes », « Filles des Forges », « Jument de Michao », « Si Mort a mors » ont voyagé et enthousiasmé un public fidèle. Avec une vingtaine de disques enregistrés et 3,4 millions d’albums vendus, et plus de 4000 concerts à leur actif dont de nombreuses tournées Zénith, une dizaine d’Olympia, et un concert événement au Stade de France, difficile d’avoir un meilleur bilan en Bretagne.

Sur scène, mises en scène, scénographies et costumes élaborés sont autant d’atouts qui font des concerts de TRI YANN des moments privilégiés où alternent les climats graves ou intimistes, les rythmes endiablés, les harmonies vocales intenses ou les mélodies simplement chaleureuses.

Le dernier album, « La belle enchantée », est un recueil de douze chansons inédites sur le thème des contes et légendes de la Bretagne et des pays celtes.

A l’occasion de la préparation de la tournée 2019, nous avons interrogé le groupe, via Jean Chocun, l’un des Tri Yann (Trois Jean), pour savoir comment celle-ci s’annonçait, et quelle était l’actualité du groupe.

Breizh-info.com : Tri Yann repart en tournée pour 2019. Y a-t-il déjà des dates sélectionnées, des évènements programmés ? 

Jean Chocun (Tri Yann) : En effet il y a bon nombre de contacts mais nous ne publions les dates des concerts sur le site officiel du groupe www.tri-yann.com que lorsque les contrats sont revenus signés et que les organisateurs se sont définitivement engagés. Quoi qu’il en soit nous ne prévoyons pas de spectacles pendant l’hiver, nous allons nous consacrer au travail de composition, d’écriture, d’arrangement et de studio.

Breizh-info.com : N’est-ce pas difficile, après une telle longévité, de vous renouveler sans arrêt ?

Jean Chocun (Tri Yann) : En effet, rien n’est simple ! La difficulté principale étant de faire évoluer notre démarche tout en conservant « le son Tri Yann ». Donc lorsque nous souhaitons étoffer notre répertoire nous devons faire des choix parfois douloureux parmi les idées soumises par chacun des membres du groupe… et nous sommes 8 sur scène ce qui implique un nombre de propositions parfois assez conséquent.

Finalement ce qui est retenu doit correspondre au thème défini pour le nouvel opus, mais parfois une nouvelle mélodie ou une idée de paroles peut faire évoluer le thème initial… tout est interdépendant !

Try Yann

Breizh-info.com : Comment expliquez-vous que finalement, le public, encore aujourd’hui, retienne plus vos chansons des années 70-80, voir 90, que les dernières, qui rencontrent moins de succès ?

Jean Chocun (Tri Yann) : Ça n’est pas tout à fait exact… évidemment des « tubes » comme la « Jument de Michao » ou « Les Prisons de Nantes » sont des incontournables mais nous avons à cœur de mettre en valeur les derniers titres enregistrés lorsque nous présentons un spectacle. Nous tentons de réaliser un équilibre entre ces « inévitables » et les nouveautés. Et objectivement l’attention du public est très intense sur les nouvelles chansons qui sont moins connues parce que plus récentes et ont évidemment été moins diffusées sur les ondes locales, nationales ou internationales .

Et puis, que les chansons soient anciennes ou nouvelles, nous sommes toujours agréablement surpris par le fait que les spectateurs fidèles en connaissent parfaitement les paroles et les ambiances .

On peut même parfois parler de « ferveur », ce qui nous fait un plaisir immense.

Breizh-info.com : Avez vous conscience du travail que vous avez accompli, au service de la culture bretonne, et même de la conscience bretonne, durant toute votre carrière ?

Jean Chocun (Tri Yann) : Bien sûr… notre démarche initiale était spontanée et ne se voulait ni intellectuelle ni didactique.

A nos débuts nous nous basions sur un répertoire plutôt « haut-breton » qui correspondait à notre niveau de conscience identitaire de l’époque… notre 1er disque incluait également des chansons traditionnelles (ou composées) québécoises par exemple. Nous n’avions pour seule ambition que de nous faire plaisir ! Et il s’avère qu’en suivant notre instinct nous avons touché une large audience et correspondu à une attente.

Il nous a fallu ensuite mériter cette estime du public et nous renouveler le plus sérieusement possible en nous documentant, en apprenant sans cesse et en faisant appel à des conseils avisés.

Alors quand en Auvergne, en Alsace, en Provence, en Occitanie etc. ou à l’étranger on nous considère comme des ambassadeurs de la Bretagne il nous faut mériter ce qualificatif et ne pas trahir maladroitement cette confiance.

Nous sommes donc bretons « en conscience » comme le définissait Morvan Lebesque.

Breizh-info.com : Bretagne des années 70, Bretagne des années 2010. Que d’évolution et de changements… positifs, négatifs, qu’en dites-vous ?

Années 70 : un renouveau, une prise de conscience culturelle et artistique. La Bretagne est riche de ses racines et de son histoire, trop longtemps relégués au chapitre « folklorique ». Et tout à coup de nouvelles expressions se font jour avec cette émergence « folk » ou « folk-rock » que nous participons à établir au même titre que Gilles Servat, Sonerien Du, Alan Stivell et tant d’autres qui sont encore, comme nous, présents sur les scènes en Bretagne et parfois très loin de Bretagne.

Années 2010 : il n’est plus question de folklore dans la démarche, même si ce qu’on nomme « folklore » est une composante de l’identité bretonne. Il s’agit, maintenant que les bases sont posées, de s’y appuyer et de continuer à créer en ne reniant en aucune façon le passé. Les concerts existent toujours, les artistes sont créatifs, le fest-noz est rentré dans les mœurs… et on peut extrapoler en matière de mode, de théâtre, de danse, d’art pictural etc….

Breizh-info.com : Nantes n’est toujours pas de retour en Bretagne, malgré toutes ces années…

Jean Chocun (Tri Yann) : Ça traîne un peu, malheureusement, et certains s’ingénient à « doucher » les espoirs, mais nous osons croire que cette réintégration de la Loire-Atlantique au sein d’une Bretagne à 5 départements est inéluctable… donc patience !

Breizh-info.com : Une de vos spécificités, par rapport à Alan Stivell par exemple, est de chanter essentiellement en Français, pourquoi ?

Grave erreur !!! Bien que « haut-bretons » nous nous faisons un devoir (et un plaisir) d’inclure systématiquement des titres en breton dans nos disques et dans nos concerts. Donc nous chantons en français, en breton, en gallo, en gallois, en anglais etc… il suffit de se référer à nos derniers CD par exemple « Rummadoú » ou « La Belle enchantée » pour s’en convaincre. Bien entendu n’étant pas bretonnants d’origine nous nous faisons aider par des spécialistes qui nous épaulent ou nous corrigent pour nous éviter de chanter phonétiquement… bref, nous savons ce que nous chantons et pourquoi nous le chantons. Et en outre nous sommes nantais, donc bretons !

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Crédit photo : Pascal Bourdieu

Breizh-info.com : Que peut-on vous souhaitez pour les prochains mois, années à venir ? Un nouvel album est-il prévu ?

Jean Chocun (Tri Yann) : En effet, nous avons mis en chantier un nouveau CD dont il est prématuré de divulguer le thème précis, disons qu’il s’agira d’un travail sur l’Histoire de notre Pays. Nous allons rentrer en studio courant octobre et tenter d’être efficaces pendant l’hiver… Ensuite, quand les concerts vont reprendre ça sera un peu plus difficile de mener de front la scène et les enregistrements. Mais on espère bien qu’en 2019 notre travail portera ses fruits.

Quelques idées ont également germé pour la suite mais nous avons le défaut de travailler lentement… Sauf quand on décide de « mordre dedans » et dans ce cas tout peut aller très vite.

On peut donc nous souhaiter de continuer à être motivés… et d’avoir la forme physique nécessaire pour disposer de l’énergie indispensable.

Pour organiser un concert, il faut contacter TRI YANN B.P. 49 44260 – SAVENAY tel : 02.40.58.42.54. [email protected] . Sylvie, notre secrétaire est joignable à : [email protected], tel 06.98.28.42.54.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : DR et Pascal Bourdieu
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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